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Nos lecteurs ont la parole - Ronald Barakat

Ce qui me retient

Je suis de plus en plus dégoûté par l'état du monde, au point de me demander ce que je viens faire ici-bas et quand viendra l'heure de partir. Depuis que je suis venu, malgré moi, sans l'avoir demandé, j'ai vu plus de guerres que de paix, de malheurs que de bonheur, de folie que de sagesse, de malfaisance que de bienfaisance, de fanatisme que de tolérance, plus de haine que d'amour ; plus de morts que de vivants, de tueurs que de viveurs, plus de mal que de bien, plus d'égoïsme que d'altruisme, plus de coupables que d'innocents. On m'a inculqué, depuis petit, le concept d'un Dieu d'amour et de miséricorde, et j'ai vu plus tard des gens haïr, tuer, massacrer en son nom. Des gens de toutes races, nationalités et religions, à travers l'histoire. J'ai fini par me dire que s'Il n'existait pas ou si on ne croyait pas en Lui, on en serait sûrement plus digne, et le monde s'en porterait mieux... Mais j'ai vu aussi des athées tout aussi cruels et criminels, et je me dis que si les religions n'existaient pas, d'autres facteurs entreraient dans l'arène sanglante pour créer des conflits et des guerres. D'ailleurs, ces facteurs ont de tout temps délivré leurs colis piégés. On s'est bien battu aussi pour une question de langue, de culture, de race, de territoire, d'idéologie. Les clivages, de quelque nature qu'ils soient, sont dans la culture de l'homme ; et la violence, quelle que soit sa source, est dans sa nature, hélas. Il a bien raison celui qui a dit que « l'homme est un loup pour l'homme ». Ces « loups » trouveront toujours un prétexte pour s'entre-dévorer. Ils le faisaient bien avant de lever leurs yeux au ciel, au temps des cavernes. Mais il est dit aussi que les « loups ne se mangent pas entre eux ». C'est vrai pour les loups, mais pas pour les humains.
Et puis je me demande comment on peut se fondre dans cette danse infernale, faire don de sa vie, quelle que soit la « noble » cause, en délaissant le don de la vie. Le don d'exister, quelle que soit la personne ou la cause de cette existence, fût-ce un Créateur ou le hasard. Comment peut-on s'oublier, ne pas prendre conscience de sa conscience, sa merveilleuse conscience, pour l'éprouver, la chérir, s'en émerveiller et s'émerveiller des autres consciences, de sa création et de la Création. Comment peut-on se dessaisir de cette merveille d'être, se déprendre de la prise de conscience d'être, qui pousse à aimer tous les êtres, tous, sans exception, comme un prolongement de soi, sans avoir besoin d'un dieu pour le faire. Nous n'en aurions que plus de mérite, advenant notre « comparution ».
Comment peut-on traiter de la sorte ce corps, cette merveilleuse « mécanique » si complexe, qu'aucune force, aucune science, hormis la nature, n'est en mesure de faire fonctionner. Ce corps venu de nulle part (ou peut-être de quelque part), d'une fécondation, d'une conformation, elles-mêmes « miraculeuses ». Ce corps incroyablement organisé, depuis ses molécules ; ce corps à contempler sur un modèle anatomique. Comment peut-on le faire exploser ? Et faire de même à d'autres corps ? Selon quelle ou pour quelle croyance ? Appartenance ? Si vaines devant tant de haine ?
Mais malgré toute cette haine, tout cet aveuglement, il y a l'amour qui me retient encore ici : l'amour de ma rose, l'amour des jardins encore épargnés, et encore plus des jardins qu'on a brûlés, l'amour des proches, des amis, des étrangers, de toutes ces victimes d'hier, d'aujourd'hui et de demain, quelle que soit l'étiquette sociale collée à leur front naturel : martyrs, héros, patriotes... ou simples victimes. Je palpe encore cet amour du prochain envers moi, de moi envers lui, de ces « prochains » entre eux, sans que cet amour ne soit nécessairement dicté par quelque précepte évangélique ou coranique, ou par quelque lien instinctif de sang, d'intérêt ou d'appartenance quelconque. Je vois encore de la charité, du bénévolat, du secours, des gens qui se sacrifient pour d'autres, jusqu'à y laisser leur vie. Des gens qui sont morts et qui meurent sous la torture pour avoir secouru d'autres. On les oublie, mais ils ont existé et ils existent toujours. Je vois des bons Samaritains, ici et là, tendre la main à des mains en détresse, à des mains de couleur, des mains en douleur, des mains étrangères, des mains sales, des mains en griffe, ou avec des griffes. Et je me dis qu'il y a encore du bon ici-bas... et c'est ce qui me retient.

Ronald BARAKAT

Je suis de plus en plus dégoûté par l'état du monde, au point de me demander ce que je viens faire ici-bas et quand viendra l'heure de partir. Depuis que je suis venu, malgré moi, sans l'avoir demandé, j'ai vu plus de guerres que de paix, de malheurs que de bonheur, de folie que de sagesse, de malfaisance que de bienfaisance, de fanatisme que de tolérance, plus de haine que d'amour ; plus de morts que de vivants, de tueurs que de viveurs, plus de mal que de bien, plus d'égoïsme que d'altruisme, plus de coupables que d'innocents. On m'a inculqué, depuis petit, le concept d'un Dieu d'amour et de miséricorde, et j'ai vu plus tard des gens haïr, tuer, massacrer en son nom. Des gens de toutes races, nationalités et religions, à travers l'histoire. J'ai fini par me dire que s'Il n'existait pas ou si on ne croyait pas en Lui, on...
commentaires (1)

Simplement superbe! De la prose et de la poésie en même temps! De la dépression jusqu'au cauchemar, à l'espoir inspiré par l'AMOUR profond, sincère, qui n'a quad même pas disparu de ce bas Monde! Heureusement malgré tout! À lire absolument! À mon humble avis, il s'agit d'un texte attachant à garder.

Zaarour Beatriz

19 h 05, le 10 décembre 2015

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Commentaires (1)

  • Simplement superbe! De la prose et de la poésie en même temps! De la dépression jusqu'au cauchemar, à l'espoir inspiré par l'AMOUR profond, sincère, qui n'a quad même pas disparu de ce bas Monde! Heureusement malgré tout! À lire absolument! À mon humble avis, il s'agit d'un texte attachant à garder.

    Zaarour Beatriz

    19 h 05, le 10 décembre 2015

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