Les fidèles qui fréquentent l'église Saint-Joseph des pères jésuites, rue de l'USJ, le connaissaient bien et l'aimaient. Cordial, jovial, courtois avec tout le monde. Serviable, il était l'ami de tous, on recherchait sa compagnie.
Phalangiste jusqu'au bout des ongles, il fit son entrée au parti le même jour que le président Bachir Gemayel, se plaisait-il à répéter.
Le sourire aux lèvres, un cœur d'enfant, il aimait la vie, le sacristain de l'église.
Ce n'était pas un sacristain commun, il était surtout maître verrier. Il adorait son métier. Il est à l'origine de la restauration du vitrail de l'église des jésuites, et de bien d'autres églises à Beyrouth et dans sa banlieue. On appréciait son travail, on le louait pour son talent d'artiste.
Tous les matins, à son atelier, une vaste chambre rectangulaire avec établi et outils, il découpe le verre colorié, le colle, le soude, le chauffe au four, et d'une main de maître avec une précision rigoureuse et de la mesure, il en sort l'éblouissant vitrail. Les après-midi, il est à l'église le sacristain...
Les vendredis soir, pendant le concert de musique classique de l'Orchestre philharmonique du Liban, il conversait avec les dames souvent de sa maladie qui le perturbait beaucoup. Elles l'écoutaient silencieusement et l'admiraient pour son franc-parler.
Je l'ai pratiqué quelque temps. Nous nous attablions à la cafète de Spinneys à Achrafieh, lui pour siroter un cappuccino sucré, malgré son diabète, moi pour manger un gâteau. Un soir que nous parlions de tout et de rien, de sa maladie, il me demande à brûle-pourpoint en me regardant droit dans les yeux : « À ma mort, est-ce que tu écriras sur moi ? » Je lui réponds du tac au tac, tout aussi brusquement : « Je t'en prie, ne sois pas macabre ! »
Maintenant, c'est chose faite. On l'a hospitalisé maintes fois ; il en a beaucoup souffert, il a lutté autant qu'il a pu, on lui a remonté le moral tant qu'on pouvait... Dieu en a décidé autrement.
Hélas, la maladie a eu le dernier mot. Son chat, « Bargout » – drôle de nom pour un animal –, un vulgaire chat noir de gouttière qu'il affectionnait particulièrement, restera sans maître.
Adieu l'ami, adieu Nouhad, on t'aimait bien... On se reverra un jour ou l'autre... !
Agenda
Hommage à Nouhad Fawaz
OLJ / Par Bruno SPAGNOLO, le 09 décembre 2015 à 00h00


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