Le professeur Philippe Salem au côté de la statue inaugurée en son honneur à l’USJ. Photo Nabil Ismaïl
L’Université Saint-Joseph (USJ) a inauguré à Beyrouth le Centre Philippe Salem pour les études politiques libanaises, en présence de nombreuses personnalités politiques, culturelles et académiques. À cette occasion, le Jardin des droits de l’homme, rattaché au Centre, ainsi qu’une statue du professeur Philippe Salem ont également été inaugurés.
Le recteur de l’USJ, le père François Boëdec, a présenté le nouveau Centre comme un espace de réflexion destiné à réunir intellectuels, chercheurs, décideurs et acteurs du dialogue afin de promouvoir une pensée politique et éthique au service du Liban. Il a plaidé pour l’émergence d’une opinion publique fondée avant tout sur l’intérêt national.
Le ministre de la Justice, Adel Nassar, diplômé de la faculté de droit de l’USJ, a souligné le rôle que pourra jouer cette nouvelle institution dans l’analyse des enjeux politiques libanais et internationaux. Il a appelé à préserver le Liban des défis auxquels il est confronté sur les scènes régionale et internationale et estimé que le Centre contribuera à enrichir le débat public.
Directeur du Centre et président du département de science politique de l’USJ, Sami Nader a présenté les ambitions de cette nouvelle structure, appelée à accueillir conférences, colloques et travaux de recherche consacrés aux questions libanaises et internationales. Il a salué l’engagement du professeur Philippe Salem, tant pour son soutien intellectuel que pour la création du Jardin des droits de l’homme, aménagé autour d’oliviers centenaires et d’une statue à son effigie. Ce lieu, a-t-il indiqué, accueillera également des manifestations culturelles.
Prenant la parole, Philippe Salem a rappelé le rôle historique de l’USJ dans la promotion de la culture et de la pensée. Il a plaidé pour l’édification d’« un grand Liban, et non un Liban des communautés et des clans », appelant à la construction d’un État civil affranchi du confessionnalisme. Il a également défendu le principe d’une « neutralité active » du Liban, qu’il considère comme une condition essentielle à la résolution des grandes crises du pays. « Le Liban est une entité de civilisation universelle. Il a édifié en Orient une civilisation qui ne meurt pas », a-t-il affirmé.
Ancien recteur de l’USJ, le père Salim Daccache, sous le mandat duquel est née l’idée de créer le Centre Philippe Salem, a estimé que cette institution constitue « une nouvelle maison de la culture » et « un phare voué à la préservation de l’identité et de la mission du Liban ».
Dans une intervention consacrée à la notion de patrimoine, il a rappelé que la force d’une nation ne se mesure pas uniquement à ses richesses matérielles, mais aussi à sa capacité à préserver sa mémoire et à transmettre ses valeurs. Selon lui, protéger le patrimoine relève d’un véritable acte de résistance culturelle et d’une responsabilité nationale.
Évoquant les grandes figures de la pensée et de la création libanaises, il a cité notamment Gibran Khalil Gibran, Amine Rihani, Mikhaïl Naïmeh, Charles Malek, Michel Chiha, Philip Hitti, le père Louis Cheikho, Saïd Akl, les frères Rahbani, Feyrouz, Wadih el-Safi, Sabah, Georges Schéhadé, Onsi el-Hage, Salah Stétié, Nadia Tuéni, Amin Maalouf, Salim Abou et de nombreuses autres personnalités ayant contribué au rayonnement intellectuel et culturel du Liban.
Le père Daccache a également mis en avant le rôle de la diaspora libanaise, qu’il considère comme « un prolongement du Liban », à travers les médecins, chercheurs, universitaires, artistes, entrepreneurs et religieux qui contribuent au rayonnement du pays à travers le monde.
Rendant hommage à Philippe Salem, il a salué un homme ayant su conjuguer excellence scientifique, engagement humaniste et fidélité à son pays. Reconnu comme l’un des pionniers mondiaux de la recherche contre le cancer, le médecin aurait pu, selon lui, se satisfaire de sa carrière internationale, mais a choisi de mettre également son prestige au service de la mémoire et de la culture libanaises.
Il a également adressé un hommage à Wadad Salem, épouse du professeur, soulignant son rôle dans cette aventure commune et évoquant leur résidence de Batroun, devenue au fil des années un lieu d’accueil pour les intellectuels et les acteurs de la vie culturelle.
En conclusion, Salim Daccache a estimé que les centres Philippe Salem de l’USJ et de la Lebanese American University constituent un acte de confiance dans la capacité du Liban à se reconstruire en s’appuyant sur sa mémoire et son patrimoine.
« Protéger le patrimoine, ce n’est pas seulement préserver le passé ; c’est préserver l’homme libanais lui-même », a-t-il conclu, avant d’appeler à faire de la culture « la plus belle forme de résistance » et du patrimoine « la promesse d’un avenir plus humain, plus libre et plus beau ».

