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À La Une - Etats-Unis

Le Pentagone aura besoin d'un peu de temps pour déployer ses "GI Jane"

85% des soldats de forces spéciales interrogées déclarent s'opposer à la féminisation de leurs unités.

Les femmes forment aujourd'hui environ 15% des effectifs de l'armée américaine. Photo AFP

La "GI Jane", femme commando évoquée en 1997 dans un film de Ridley Scott, va devenir une réalité pour l'armée américaine, mais cela prendra encore un peu de temps.

Le ministre américain de la Défense Ashton Carter a annoncé jeudi que les femmes pourraient désormais accéder à tous les postes de l'armée américaine, sans exception. Mais "ça ne va pas se faire dans la nuit", a-t-il prévenu.

La grosse machine du Pentagone mettra des mois, voire des années, avant de déployer réellement ces femmes soldates d'infanterie, conductrices de chars ou membres de commandos d'opérations spéciales.
"Il va falloir commencer par le commencement, c'est à dire recruter et former" les candidates, a expliqué un responsable américain de la Défense.

La formation d'un Navy Seal, les prestigieux commandos de la marine qui ont notamment éliminé Oussama ben Laden en 2011, dure au moins 18 mois, souligne un autre responsable militaire. Sans compter une période d'entraînement supplémentaire d'au moins 12 mois avec l'unité d'affectation, avant de pouvoir être effectivement déployé sur le terrain, explique-t-on de même source.

Certains militaires doutent également du nombre de femmes - formant aujourd'hui environ 15% des effectifs de l'armée américaine - qui voudront réellement profiter des quelque 220.000 postes qui vont leur être ouverts. "Le plus gros défi" pour la féminisation des postes de combat "risque probablement d'être un faible nombre de volontaires", expliquait récemment le général David Perkins, en charge de la doctrine et de la formation dans l'armée de terre américaine. Dans les pays qui ont déjà généralisé l'ouverture des postes de combat, les pourcentages de femmes restent très faibles, avait-t-il ajouté. Au Canada par exemple, pionnier en 1989, les femmes comptent pour 0,5% dans l'infanterie, 2% dans les blindés et 4% pour l'artillerie, avait-il expliqué.

Les chefs militaires auront besoin par ailleurs de faire preuve de diplomatie pour assurer une transition en douceur, alors que l'arrivée des femmes est vue avec méfiance dans certaines unités.
Selon le site d'information Defense One, 85% des soldats de forces spéciales interrogées ont déclaré s'opposer à la féminisation de leurs unités, dans une enquête du centre de recherche Rand Corporation.

Les soldats d'élite s'inquiètent notamment d'une "érosion" des normes, notamment physiques, exigées pour accéder à ces unités. Le plus haut gradé de l'armée américaine lui-même, le général Joe Dunford, s'était opposé en septembre à l'ouverture complète des postes des Marines, alors qu'il commandait encore le prestigieux corps expéditionnaire américain.

 

(Pour mémoire : Michelle Howard, première femme amiral quatre étoiles aux Etats-Unis)

 

La conscription pour les femmes?
Mais pour Nancy Duff Campbell, vice-présidente d'un lobby de défense des droits des femmes, le National women's law center, les femmes finiront bien par s'imposer partout dans l'armée américaine, malgré les réticences.

L'armée américaine a appliqué "sans heurts" à partir de 2011 le principe permettant aux militaires de vivre ouvertement leur homosexualité, même si les Marines s'y étaient opposés dans les débats préparatoires, rappelle-t-elle. Et il n'y a aucun doute qu'il y aura de plus en plus de candidates pour les postes de combat, estime-t-elle, comme le montre l'exemple des trois femmes qui ont réussi la Ranger School, une formation d'élite de l'armée de terre américaine. "Quand les femmes se voient donner une chance, elles la saisissent", estime-t-elle.

L'ouverture de tous les postes aux femmes pourrait en tout cas avoir une conséquence inattendue: lancer un débat sur la conscription pour les femmes. Aujourd'hui, tous les Américains de 18 à 25 ans doivent s'inscrire sur un registre spécial pour pouvoir être mobilisés si les Etats-Unis décidaient de rétablir la conscription en cas de crise nationale.

Un groupe de défense des droits des hommes a lancé une procédure judiciaire en Californie contre cette loi jugée "sexiste". Et selon certains, les juges pourraient bien estimer désormais que les femmes, libres d'accéder à tous les postes militaires, doivent aussi pouvoir le cas échéant être mobilisées. Chiche, répond Nancy Duff Campbell. Egalité d'accès aux postes signifie aussi "obligation égale de s'inscrire pour la conscription", reconnaît-elle.

 

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