Qui est le plus important, la démocratie ou le président ? Le Liban est bien une république propriété collective de tous, mais n'est malheureusement pas une démocratie qui, selon la célèbre formule d'Abraham Lincoln, doit être « le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple ».
Au Liban, le peuple n'est pas en train de se gouverner lui-même car ses soi-disant représentants n'ont pas reçu son aval constitutionnel préalable pour gouverner avec son mandat. Le peuple n'a pas été consulté pour choisir ses représentants selon les lois fondamentales qui par ailleurs lui ont été imposées par des accords préécrits dans les alcôves de pays qui n'ont rien à voir avec le Liban. Le peuple, de ce fait, exprime tous les jours son mécontentement et sa frustration par de simples déclarations en privé, dans les médias ou en manifestant dans la rue. Alors, dire que le Liban est un pays démocratique est un leurre. C'est un pays otage d'une oligarchie dont le seul but est sa survie et son bien-être.
Pour le peuple frustré, élire un président n'est pas du tout sa priorité. Sa priorité est de « se gouverner ». Élire un président n'est pas un but en soi. Élire un président doit être un objectif ultime qui lui donne la possibilité de se gouverner par son intermédiaire. Élire un président serait un but ultime si ce président pouvait lui redonner son droit principal qui est celui de se gouverner. La priorité des priorités est donc la démocratie et non le président ! La représentativité des personnes qui gouvernent est plus importante que les personnes elles-mêmes. Des personnes qui ne représentent pas le peuple et ses aspirations n'ont aucune place dans le système démocratique. Ils ne seraient que des usurpateurs de droits. Le peuple libanais est cultivé, intelligent, ambitieux, créatif... Il n'est surtout pas bête. L'oligarchie qui gouverne contre son gré a tort de le prendre pour un idiot et de lui faire avaler n'importe quoi. Cette oligarchie ne fait qu'exacerber son désespoir en lui imposant des « non-choix » car le seul choix qu'elle lui impose est le statu quo qui est une négation de la démocratie. Elle arrache de ce fait ses droits et le pousse encore une fois dans l'abîme du désespoir en constatant l'accélération de la dégénérescence du pays et de son avenir.
Le fin mot qui pourrait rendre au peuple son espoir est une vraie démocratie. Une démocratie qui puisse lui assurer ses choix à se gouverner et assurer l'avenir auquel il aspire. Il faudrait donc lui donner la possibilité de s'exprimer et de faire ses choix en toute connaissance de cause et en toute impartialité. Il faudrait qu'il puisse choisir ses représentants et élargir le potentiel de son choix en élargissant son éventail. Des élections législatives qui puissent porter à l'hémicycle un large éventail de représentants du peuple, même si sa configuration va se trouver complètement inédite, redonneraient espoir à un peuple qui n'aspire qu'à ça.
Verra-t-on un jour nos rêves se matérialiser ?
Joseph W. ZOGHBI


Ou, en "Pur" libanais(h) : N'ttôr yâ kdîsch ta yénboté-L-haschîch !
10 h 33, le 06 décembre 2015