Pour le président sud-africain, Jacob Zuma, le partenariat entre la Chine et l’Afrique ne peut que « produire des résultats positifs pour l’Afrique ». Siphiwe Sibeko/Reuters
La Chine a lancé hier une nouvelle offensive majeure sur le continent africain en promettant 60 milliards de dollars d'aide lors d'un sommet sino-africain à Johannesburg, un engagement accueilli avec « gratitude » au moment où l'Afrique souffre du ralentissement de la croissance chinoise.
« La Chine a décidé d'octroyer un total de 60 milliards de dollars d'aide financière incluant 5 milliards de prêts à taux zéro et 35 milliards de prêts à taux préférentiels », a annoncé le président Xi Jinping dans un discours très attendu à l'occasion du premier sommet Chine-Afrique organisé sur le continent noir.
Cette enveloppe conséquente a été accueillie par des applaudissements nourris de la part de la vingtaine de dirigeants africains réunis dans le quartier des affaires de Sandton à Johannesburg. Cette annonce intervient alors que l'Afrique subit l'effondrement récent des cours des matières premières, en partie lié au ralentissement de la croissance chinoise. Les 60 milliards de dollars annoncés par Xi Jinping sont destinés à financer dix programmes de coopération sur trois ans dans les domaines notamment de l'agriculture, de l'industrialisation, de la réduction de la pauvreté, de la santé, de la culture, de la sécurité, de la protection de la nature ou encore du développement vert.
« C'est évidemment un gros montant, mais ce sont principalement des prêts. Tant qu'on ne connaît pas le délai de remboursement de ces prêts, c'est difficile de dire s'il s'agit du plus gros investissement jamais fait », estime Deborah Brautigan, de l'Institut Chine-Afrique, aux États-Unis.
Pékin a notamment promis un milliard de yuans (155 millions de dollars) sous forme d'aide alimentaire d'urgence aux pays touchés par les mauvaises récoltes liées à El Niño. M. Xi s'est également engagé à effacer les « dettes gouvernementales sans intérêt, échues fin 2015 » des pays africains les moins avancés. Il a aussi promis « une aide sans contrepartie à l'Union africaine de 60 millions de dollars » pour financer notamment ses opérations de maintien de la paix.
Les colonisateurs pointés du doigt
Cette série d'annonces a été qualifiée d' « historique » par le chef de l'État zimbabwéen Robert Mugabe, actuel président de l'UA. « Je suis sûr que vous serez d'accord avec moi pour réserver » à M. Xi « un tonnerre d'applaudissements », a-t-il lancé en prenant la parole dans la foulée de son homologue chinois. « Je saisis cette opportunité pour exprimer ma sincère et profonde gratitude » envers le président chinois, a déclaré M. Mugabe. Et le président zimbabwéen, paria de l'Occident, de profiter de cette tribune pour s'en prendre aux colonisateurs, un de ses sujets de prédilection : « Voici un homme qui représente un pays décrit un temps comme pauvre, un pays qui n'a jamais été notre colonisateur. Il fait ce que nous attendions de la part de ceux qui nous ont colonisés. »
L'hôte du sommet, le président sud-africain Jacob Zuma, a insisté pour sa part sur le potentiel économique du partenariat sino-africain. « La Chine est le principal partenaire commercial de l'Afrique, et l'Afrique représente l'un des principaux marchés pour les importations chinoises et le quatrième pour les investissements de la Chine. Ce partenariat peut seulement produire des résultats positifs pour l'Afrique », a-t-il estimé. « Ensemble, nous représentons près d'un tiers de la population mondiale. (...) Cela représente un potentiel immense », a-t-il ajouté.
En une décennie, les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont été « multipliés par dix environ » pour atteindre 300 milliards de dollars cette année, selon les estimations du Forum sino-africain industriel. Mais les investissements chinois en Afrique ont chuté de plus de 40 % au cours des six premiers mois de 2015 par rapport à la même période l'an dernier.
(Source : AFP)

