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Moyen Orient et Monde - Incident Russo-Turc

Poutine promet de faire regretter son acte à Ankara

Le chef de la diplomatie turque rencontre Lavrov et lui présente ses condoléances.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlet Cavusoglu (à gauche) et son homologue russe Sergueï Lavrov. Patricia de Melo Moreira et Vasily Maximov/AFP

Le président russe Vladimir Poutine a promis hier de « faire regretter » la destruction d'un avion russe à la Turquie, en pleine tempête diplomatique entre les deux pays.
« Ce n'est pas la dernière fois que nous leur rappellerons ce qu'ils ont fait, ni la dernière fois qu'ils vont regretter ce qu'ils ont fait », a lancé M. Poutine. Tout en faisant la distinction entre les dirigeants et le peuple turc, « bon, travailleur et talentueux », le président russe a de nouveau accusé la classe politique du pays de « s'en mettre plein les poches » en protégeant les activités illégales de l'État islamique (EI) en Syrie. « Nous n'oublierons jamais cette complicité avec les terroristes. Nous considèrerons toujours la trahison comme l'une des actions les pires et les plus viles. » « Il semble qu'Allah ait décidé de punir la clique au pouvoir en Turquie en la privant de la raison et du bon sens », a-t-il poursuivi, provoquant les rires de l'assemblée devant laquelle il s'exprimait. Vladimir Poutine s'est en outre défendu de « brandir les armes » dans cette crise tout en promettant de nouvelles mesures de représailles contre Ankara, déjà victime d'un embargo sur ses produits alimentaires et de sanctions visant ses entreprises et son secteur touristique. Le ministre russe de l'Énergie, Alexandre Novak, a d'ailleurs annoncé dans la foulée que les négociations sur le projet de gazoduc TurkStream qui devait acheminer le gaz russe en Turquie avaient été « suspendues ».

 

(Lire aussi : La Turquie entretient-elle des liens avec les jihadistes ?)


Le président turc Recep Tayyip Erdogan n'a pas tardé à réagir, affirmant à son tour qu'il détenait des « preuves » de l'implication de la Russie dans le trafic de pétrole de l'EI en Syrie et promettant de bientôt « commencer à les révéler au monde ».
Les autorités russes exigent sans succès des excuses officielles d'Ankara pour la destruction de leur avion qui a provoqué la mort d'un des deux pilotes, première perte officielle depuis le début de l'intervention russe en Syrie le 30 septembre. La Russie était déjà passée mercredi aux attaques personnelles dans la crise qui l'oppose à la Turquie en accusant directement M. Erdogan et sa famille d'être impliqués dans le trafic de pétrole de l'EI, l'une des principales sources de financement du groupe jihadiste. M. Erdogan avait par la suite menacé les autorités russes de mesures de représailles si elles continuaient à « propager des calomnies ». Hier, le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, a de nouveau qualifié de « propagande soviétique » les accusations russes.

 

(Lire aussi : Pourquoi la Turquie a rendu service à Assad en abattant l'avion russe)


Dans ce contexte tendu, la rencontre entre les chefs des diplomaties russe Sergueï Lavrov et turc Mevlet Cavusoglu en marge d'une réunion ministérielle de l'OSCE à Belgrade a suscité un maigre espoir d'apaisement. « Nous avons exprimé notre tristesse et adressé nos condoléances pour la mort du pilote russe », a déclaré M. Cavusoglu, après son entretien avec M. Lavrov. Il s'agissait du premier contact à ce niveau entre les deux pays depuis la destruction d'un bombardier russe par l'aviation turque à la frontière syrienne le 24 novembre. M. Cavusoglu s'est félicité de l'atmosphère de cette rencontre d'une quarantaine de minutes, tout en reconnaissant qu'elle n'avait pas débouché sur une percée significative, ce que son homologue russe Sergueï Lavrov a également confirmé. « Nous nous sommes réunis avec M. Cavusoglu (...). Nous n'avons rien entendu de nouveau. Le ministre turc a confirmé la position qu'ils ont déjà exprimée, et nous avons confirmé la nôtre », a-t-il dit dans une déclaration à la télévision russe.

 

 

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