Le chef du bloc parlementaire du courant du Futur, Fouad Siniora, est intervenu hier devant le Conseil des relations arabes et internationales, qui organisait au Koweït une cérémonie en hommage à Saoud el-Fayçal, l'homme qui a dominé de sa présence la politique étrangère de son pays quatre décennies durant et figure de proue de la diplomatie arabe depuis les années 80 et jusqu'à sa mort.
M. Siniora a commencé par rendre hommage au rôle joué par le diplomate dès 1976, au congrès de Beiteddine, pour mettre fin à la guerre au Liban (il n'était, à l'époque, ministre des AE que depuis huit mois). Même présence personnelle au Liban lors de l'invasion israélienne de 2006, à la tête d'une délégation de ministres arabes des AE, réclamant la fin de l'agression. Sans oublier l'accord de Taëf (1989). M. Siniora parlera aussi de l'intervention de l'Arabie après le départ des troupes syriennes du Liban, pour réglementer les rapports entre le Liban et le régime syrien, et l'aide de l'Arabie aux forces armées et aux forces de sécurité libanaises.
Sur le plan arabe, M. Siniora évoquera rapidement la tenue, à Beyrouth, du sommet arabe de 2002, « dont les résolutions demeurent à ce jour incontournables ».
L'Arabie face à l'Iran et la Turquie
Aujourd'hui, a insisté M. Siniora, l'Arabie, et avec elle les pays du Golfe jouent de nouveau un rôle essentiel pour « ramener l'espoir au Yémen (...) et sauver la Syrie de ce fléau que sont les régimes autocratiques et l'extrémisme, deux faces d'une même monnaie ».
Mais le jeu diplomatique a changé de façon drastique, souligne M. Siniora. Aujourd'hui, les Arabes sont appelés à prendre conscience du fait qu'ils doivent tenir en respect deux autres grands voisins musulmans, la Turquie et l'Iran, et tenir compte en particulier d'une « infiltration iranienne » en Syrie, au Liban et en Irak, accompagnée « d'ingérences pour diviser les collectivités locales et miner les régimes ». Avant d'engager un dialogue avec ces puissances, un équilibre stratégique doit être établi, croyait Saoud el-Fayçal.
M. Siniora le cite affirmant :
« La diplomatie peut faire beaucoup, mais les autres, petits et grands, doivent aussi sentir que vous avez des crocs, et vous pouvez montrer aujourd'hui pour qu'on tienne compte de vous. »
En conclusion, M. Siniora a appelé de ses vœux un effort des Arabes pour « retrouver leur foi dans un arabisme éclairé comme lien culturel et de civilisation, et non comme projet politique (...), un arabisme qui rassemble et encourage toutes les manifestations et les valeurs de la modération, de l'ouverture, du dialogue et la tolérance, de la liberté et de la démocratie, qui légitime la pluralité, respecte les cadres nationaux des États, respecte les différences, combate les exclusions sur base religieuse et le contrôle des consciences (...) un arabisme qui respecte le pluralisme, l'autre différent, les droits de l'homme, la nature civile de l'État, l'égalité entre tous sans discrimination sur base raciale, religieuse ou régionale ».
« Tout le monde affirme que le monde arabe tel que nous l'avons connu est condamné à disparaître, a conclu M. Siniora. Certes, ce processus est irréversible. Mais de quel changement parlons-nous ? Nous sommes aujourd'hui presque 400 millions d'Arabes, et 60 % des Arabes sont des jeunes, nous avons une extraordinaire culture et un fort sentiment d'appartenance. Il n'est pas question de revenir à un passé qui n'a pas toujours été pacifique. Mais le sentiment d'appartenance doit nous insuffler la volonté de léguer aux jeunes le désir de travailler pour l'avenir du monde arabe que Saoud el-Fayçal a voulu. »
En marge de la conférence, M. Siniora a été reçu hier par l'émir du Koweït Sabah el-Ahmad al-Jaber el-Sabbah, son Premier ministre p.i. Sabah Khaled Ahmad al-Sabbah, le ministre des Finances Anis Saleh ainsi que les dirigeants du Fonds koweïtien et du Fonds arabe.


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