Liban

Une nouvelle pièce de théâtre de Lucien Bou Rjeily interdite par la SG

Censure

« De la répression pure et simple », proteste l'auteur de « Beirut Syndrome », qui critique dans sa pièce les services de sécurité.

28/11/2015

Habitué de la censure exercée par la Sûreté générale, le metteur en scène libanais Lucien Bou Rjeily a annoncé vendredi sur sa page Facebook que sa dernière pièce de théâtre, intitulée Beirut Syndrome, a été interdite par la SG. La pièce raconte « l'histoire d'un politicien corrompu à qui une citoyenne réclame des comptes, sans l'aide d'aucun organisme », explique M. Bou Rjeily sur sa page Facebook.
Contacté par L'Orient-Le Jour, le metteur en scène explique qu'il a été « notifié oralement aujourd'hui (hier), vers 10h30, de la censure totale de la pièce ».
« Après un an et demi passé à écrire cette pièce, ils (les censeurs de la Sûreté générale) me demandent de censurer une phrase de mon texte qui porterait atteinte à l'institution, chose que j'ai refusée », souligne Lucien Bou Rjeily. Il affirme qu'on lui a proposé, en échange de l'autorisation de la pièce, de la restreindre aux plus de 18 ans et de supprimer une phrase dans laquelle la SG est critiquée par l'un des personnages.
Une source haut placée au sein de la SG confirme cette version à L'Orient-Le Jour. « Cette pièce est bourrée de répliques obscènes. Malgré cela, nous avons proposé de l'autoriser si elle était classée "réservée aux plus de 18 ans" et si la phrase posant problème était supprimée. Mais M. Bou Rjeily a refusé, estimant qu'ôter cette phrase nuirait au contenu de sa pièce. C'est pourquoi nous avons décidé d'interdire toute représentation de l'œuvre. »
« Cette interdiction, c'est de la répression pure et simple », martèle Lucien Bou Rjeily. « Je n'ai aucune objection à ce que la pièce soit interdite aux moins de 18 ans, mais je n'accepte pas de changer les personnages de mon œuvre à la demande de quiconque », poursuit-il. Le metteur en scène affirme que, dans sa pièce, il critique plusieurs services de sécurité de l'État et pas seulement la Sûreté générale. « Je ne comprends pas pourquoi seule cette institution s'insurge contre cela. »
Lucien Bou Rjeily dénonce également des « menaces à peine voilées » de la part de la SG. « Lorsque je leur ai demandé combien d'agents travaillent dans le département de la censure, et s'il ne serait pas mieux qu'ils s'occupent des vraies menaces sécuritaires, ils m'ont prévenu : "Comment osez-vous poser une telle question ? N'essayez pas de vous aventurer dans ce domaine". »
Ce n'est pas la première fois que le metteur en scène fait l'objet de pressions de la part des autorités libanaises. En mai 2014, la SG avait refusé de lui renouveler son passeport, avant de changer d'avis deux jours plus tard. Et en 2013, une autre pièce qu'il avait écrite avait également été interdite. Des mesures qui ne semblent pas le décourager pour autant. « Je vais faire une lecture du texte de Beirut Syndrome devant un cercle d'amis, d'activistes et de journalistes », ce soir à 20h, annonce M. Bou Rjeily. Il refuse toutefois de dévoiler le lieu de l'événement, craignant qu'il ne soit interdit par les autorités.
Lucien Bou Rjeily est en outre membre du collectif de la société civile « Vous puez! », né avec la crise des déchets qui sévit depuis la mi-juillet au Liban. Le 1er septembre dernier, il avait eu l'épaule brisée lors d'une évacuation musclée d'activistes qui organisaient un sit-in au ministère de l'Environnement.

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