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Entrez dans la transe des corbeaux

Avis aux promeneurs de Hamra : ce soir, à 22h, vous risquez de croiser une nuée d'oiseaux noirs. Pas de mauvais augure cette fois-ci...

Un cri primal et une gestuelle répétitive ou les ingrédients d’une « transe-performance ». Photo Hasnaa el-Ouarga

Justaucorps et chaussons noirs, fichu blanc sur la tête : une « horde » de 18 femmes de différents âges et silhouettes surgit, en plein après-midi, dans le hall de l'Iesav (campus des sciences humaines de l'USJ, rue de Damas). En silence, elles prennent place, l'une après l'autre, au centre de la grande salle, avant d'entamer sous les yeux des étudiants, abasourdis, une drôle de danse « machinale » accompagnée de cris secs, rauques, primitifs... Un mélange de secousses de la tête d'avant en arrière et de mouvements tombants des bras abandonnés le long du corps, qu'elles vont répéter sans discontinuer durant 35 minutes.
Cette performance conçue par la danseuse et chorégraphe marocaine Bouchra Ouizguen peut sembler, de prime abord, sans intérêt. Elle happe cependant le spectateur, progressivement, et l'entraîne dans un univers hypnotique, qui n'est pas sans évoquer les transes des derviches tourneurs. La tension monte crescendo, la gestuelle répétitive se fait lancinante et, au bout d'un moment, ce sont les voix, ou plutôt les sonorités issues des expirations des unes entrecroisées avec les inspirations des autres, qui prennent le dessus sur le visuel. L'attention se relâche et on entre de plain-pied dans une autre dimension : un univers de sons gutturaux, de cris caverneux, animaliers, de hurlements intérieurs à s'écorcher la gorge...
Puis petit à petit, les performatrices se détendent, se décrispent, rentrent à nouveau dans le silence avant de se redéployer, en horde dans une danse bondissante, légère, pleine d'une vitalité retrouvée.
Cette performance, élaborée autour de la symbolique du corbeau, est aussi étrange que captivante. Aux confins de la danse, de la sculpture vivante et de la performance vocale, sa chorégraphie a été inspirée des mouvements du cou et de la tête de l'oiseau noir et de son cri envoûtant. « Je voulais faire une sorte de zoom sur une partie du corps », confie la chorégraphe qui soutient, par ailleurs, qu'il s'agit là surtout d'une œuvre instantanée qui a été créée dans les rues de Marrakech pour interagir avec les passants. « Ce qui m'intéresse, c'est la confrontation avec des publics différents, c'est le risque, l'inconfort et le défi d'une représentation hors des limites balisées d'une salle de théâtre. Démarrer un spectacle dans une place publique, que ce soit dans une fac, sur la corniche ou à Hamra, nécessite beaucoup de présence. Il faut conquérir l'attention des gens, capter leur intérêt, les surprendre et susciter leurs commentaires. Et c'est ce que je cherche au-delà de toute autre considération. »
Sa nuée de corbeaux, composée pour moitié de danseuses marocaines de sa compagnie et pour moitié de jeunes femmes libanaises, pas nécessairement formées à la danse, s'est posée au cours de ces derniers jours dans plusieurs spots de Beyrouth. Elle présentera une performance encore aujourd'hui au BAC, à 16h, puis à Hamra, à 22h, avant de repartir vers de nouveaux horizons.


Justaucorps et chaussons noirs, fichu blanc sur la tête : une « horde » de 18 femmes de différents âges et silhouettes surgit, en plein après-midi, dans le hall de l'Iesav (campus des sciences humaines de l'USJ, rue de Damas). En silence, elles prennent place, l'une après l'autre, au centre de la grande salle, avant d'entamer sous les yeux des étudiants, abasourdis, une drôle de...

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