Il y a 10 mois, la rage au ventre et le cœur lourd, je prenais ma plume pour crier ma douleur et ma tristesse, pour dénoncer au nom de nombreux de mes compatriotes français ou libanais l'horreur humaine et ses inconséquences. J'écrivais quelques lignes en condamnant la violence, alors que les terroristes n'étaient pas encore retrouvés par la police. Je dénonçais la violence qui avait horrifié le monde entier, l'assassinat abject des porte-parole de la liberté d'expression à Paris, mais aussi d'hommes politiques et de journalistes, et de tant d'autres innocents à Beyrouth au cours des innombrables attentats qui ont ensanglanté le Liban depuis trop d'années. Omniprésente depuis près de 5 ans en Syrie, la violence a fait tant de ravages, tant de victimes, de tous bords. Et le carnage n'est pas près de s'arrêter, sinon comment expliquer que des millions de Syriens aient préféré fuir et abandonner leur pays, leur maison, leur famille ?
La violence demeure quotidienne au Liban, à l'occasion d'un accrochage de la circulation, un automobiliste en a tué un autre, le tout en plein jour et devant de nombreux témoins. La violence de ce meurtre a horrifié nombre de Libanais. Mais au fond, cet acte est-il vraiment isolé ? Le dernier épisode de violence remonte à quelques jours à Beyrouth, où le sang de dizaines de personnes a coulé inutilement, éclaboussant la chaussée et noyant l'humanité dans une mare de sang inutile. Vendredi, à Paris, nous avons vécu un événement horrible, où près de 500 personnes ont été victimes, tuées ou blessées, d'une violence inouïe, un déferlement de haine, le sang au bout des armes de quelques personnes qui n'avaient plus du tout leur cerveau, annihilant tout sentiment humain. Les témoins de la scène macabre du Bataclan sont tous au moins d'accord sur un point : les terroristes faisaient couler le sang sans aucune hésitation, comme des « machines à tuer ».
Je ne défends pas ces machines de sang, ces inhumains armés, entraînés et drogués pour ne point faiblir au moment d'appuyer sur la détente, mais ces jeunes gens n'ont-ils pas des parents, des familles, des amis ? Comment en est-on arrivé là ? Ils sont à la fois responsables mais aussi victimes du sang inutile, de cette violence qui ne mène à rien, sinon à décimer notre humanité. On a dû leur promettre le paradis et tant d'autres choses. C'était le sang au bout de la promesse, le sang inutile. Les mares de sang du Bataclan, les blessés, les morts que nous pleurons, le cœur serré, les yeux embués, ne doivent pas nous amener à verser de nouveau du sang inutile, de répondre à la violence par encore plus de violence.
Je termine ce billet, car mon cœur n'a plus la force d'écrire davantage, je suis tellement triste de tout ce gâchis humain. J'espère de tout mon cœur que la violence cessera et que le sang séchera.
Karim NAJJAR
Franco-Libanais


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