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Culture - Home Works 7

Danser, acte de résistance ou énergie du désespoir ?

« Late Night » (Tard la nuit), à la salle Béryte (USJ), est un théâtre-danse aux mouvements corporels à la Pina Bausch. Intense, mais lourd dans ses répétitions et sa longueur.

Ni marathon ni compétition, mais une danse jusqu’à en perdre la raison, jusqu’à tenter de trouver la force de rester debout.

Six acteurs dans un éclairage crépusculaire sur une piste de danse moquette-pelouse délabrée, entourée de gravats, d'un ventilateur hoquetant, d'une télé digne de l'âge de pierre et d'un bar minable qu'on croise dans les halls des bals populaires. Trois hommes et trois femmes assis sur des chaises dans ce décor vétuste et vieillot, perdus dans des souvenirs fragmentés dans une Athènes au cœur d'une Europe branlante, dévastée par la guerre.
Image si proche aujourd'hui de notre capitale aux abois dans un arrière-pays rongé par le feu, les combats, le « collapse » économique et le vampirisme du capitalisme. Pour s'étourdir, s'évader, s'accrocher à une branche d'olivier, alors on danse. Une soirée sinistre où, morne et abattu, on attend en vain ce Godot qui n'a pas l'air de venir et qui ne viendra pas... Un spectacle intitulé Late Night (Tard la nuit) présenté par la troupe grecque Blitztheatregroup à la salle Béryte (USJ) dans le cadre de Home Works 7, organisé par l'association Ashkal Alwane.
Dans ce décor poussiéreux et démodé, on danse sans but. Ni marathon ni compétition, mais une danse jusqu'à en perdre la raison, jusqu'à tenter de trouver la force de rester debout. Avec des incursions du côté de la gymnastique, des tours de magie de pacotille et de futiles prouesses corporelles proches de pathétiques jongleries.

 

(Lire aussi : Dans l'intimité, délirante, de la création)

 

Souvenirs et confidences
Mais entre-temps, devant un micro à l'avant-scène, les actants-danseurs livrent leurs confidences. En solo ou en rang d'écoliers ou d'armée, en ton monocorde, faussement emphatique, ils jettent leur paquet de mots. En bribes et fragments. Des vies cassées, des rêves brisés, des élans interrompus devant l'ampleur de la catastrophe sociétale qui s'abat sur leur tête. Dans cette noirceur ambiante – qui rappelle l'atmosphère glauque du film On achève bien les chevaux, d'après le livre d'Horace McCoy –, comme une chape de plomb ou la furie des vagues démontées, ces histoires finiront par être avortées et ne plus être racontées...
Dans cet horizon bouché, les pas sont à la danse. On valse, on tangue, on se dandine si peu, on ne pavoise pas. Même l'érotisme semble en berne. Des corps qui swinguent, qui se balancent, qui tourbillonnent en couples silencieux et absents.
Et ainsi s'égrènent, en plus de 90 minutes, les souvenirs et les confidences (en langue grecque, avec sous-titres sur écran en fond de scène, en anglais et en arabe) comme dans un cauchemar ineffaçable. Des tableaux qui fouettent le passé mais, privés d'avenir, se répètent comme des images somnambuliques. Telle une bobine de pellicule qui passe et repasse inlassablement. Jusqu'à l'infini, l'ennui, l'agacement. Du spectateur et non des acteurs comme moulés brusquement dans un esprit d'automate, surtout pour danser. Jusqu'à épuisement. Comme une condamnation pour/à vivre.
Par-delà un joli bouquet de musique (mélange de pages de Chostakovitch, Khatchadourian et Bach ainsi que les ritournelles de Lovers Are Strangers et autres bagatelles du cœur assénées à gros décibels) la danse est ici acte de résistance et énergie du désespoir.
Un spectacle qui en dit long, malgré une pointe de poésie et de rares moments d'humour ou de légèreté (excellente, cette chanson délurée interprétée avec brio par l'ensemble sur un tempo de show ludique), sur le mal de vivre dans un monde qui n'a jamais appris les leçons de l'histoire.
Que peut-on faire quand tout s'écroule ? Une question sans réponse. Et danser (bonjour La cigale et la fourmi de La Fontaine...) n'est qu'un sursis, une fuite de plus...

Fiche technique
Late Night est une création collective du Blitztheatregroup formé en 2004 par les artistes Yorgos Valais, Ageliki Papoulia et Christos Passalis.
Directeur : Nikos Flessas
Assistante de la direction : Vasia Attarian
Distribution : Angeliki Papoulia, Christos Passalis, Yotgo Valais, Medie Megas, Sofia Kokkali, Fidel Tabaloukas
Éclairage : Tasos Palaioroutas
Chorégraphie : Yannis Nikolaidis
Costumes : Vassilia Rosanna.

Six acteurs dans un éclairage crépusculaire sur une piste de danse moquette-pelouse délabrée, entourée de gravats, d'un ventilateur hoquetant, d'une télé digne de l'âge de pierre et d'un bar minable qu'on croise dans les halls des bals populaires. Trois hommes et trois femmes assis sur des chaises dans ce décor vétuste et vieillot, perdus dans des souvenirs fragmentés dans une Athènes au cœur d'une Europe branlante, dévastée par la guerre.Image si proche aujourd'hui de notre capitale aux abois dans un arrière-pays rongé par le feu, les combats, le « collapse » économique et le vampirisme du capitalisme. Pour s'étourdir, s'évader, s'accrocher à une branche d'olivier, alors on danse. Une soirée sinistre où, morne et abattu, on attend en vain ce Godot qui n'a pas l'air de venir et qui ne viendra pas... Un...
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