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Moyen Orient et Monde

Les enjeux de la reprise de Sinjar par les peshmergas

Éclairage

« Les Américains ont dû juger que les Kurdes étaient bien plus fiables que les troupes irakiennes », estime Asiem el-Difraoui interrogé par « L'Orient-Le Jour ».

14/11/2015

La reprise hier de la ville de Sinjar par les peshmergas à l'organisation État islamique (EI) a été annoncée quelque 24 heures après le début de l'offensive. Selon plusieurs sources kurdes haut placées, plus de 7 500 combattants kurdes auraient participé aux combats, et auraient été appuyés par des dizaines de frappes aériennes de la coalition internationale anti-EI, menée par les États-Unis. Déterminante, cette offensive préparée semble-t-il depuis plusieurs semaines intervient alors que l'EI essuie des pertes également en Syrie voisine. Selon le Wall Street Journal, néanmoins, elle aurait été sans cesse repoussée au cours des derniers mois en raison de disputes interkurdes, à savoir entre les peshmergas et le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).
L'un des enjeux principaux de la bataille était d'ailleurs une route cruciale pour l'organisation terroriste, l'autoroute 47, qui a été coupée entre l'Irak et la Syrie, comme le confirme Asiem el-Difraoui, politologue et auteur de El-Qaëda par l'image (PUF 2013). Cette route reliait la « capitale » irakienne de l'EI, Mossoul (prise au début de l'été 2014 au cours d'une offensive fulgurante), aux territoires syriens sous son contrôle, dont la ville syrienne de Raqqa. Elle servait principalement de moyen de communication et de ravitaillement entre les deux pays. « Il leur sera à présent très difficile d'utiliser cette route; il leur faudra probablement passer par le désert, ce qui est beaucoup moins pratique », explique le politologue, spécialiste de l'organisation.

 


Absence criante

Engluée entre autres dans sa tentative de reprendre Ramadi à l'EI, l'armée irakienne a brillé par son absence lors de l'opération à Sinjar. Cela s'expliquerait, d'abord, par une animosité latente entre les combattants kurdes et les troupes irakiennes, d'après le politologue. « Les Américains ont dû juger que les Kurdes étaient bien plus fiables que les troupes irakiennes, surtout par rapport aux yazidis, en partie kurdophones », et bien implantés à Sinjar, explique-t-il également, en référence aux affinités culturelles et ethniques existant entre les deux groupes.

 

(Lire aussi : Sistani appelle à une guerre totale contre l'EI)

 

De là à affirmer que les peshmergas semblent engranger plus de succès que les soldats irakiens, il n'y a qu'un pas. Le parallèle avec la bataille de Kobané (ville syrienne kurde frontalière de la Turquie, attaquée par l'EI mais sauvée par les forces kurdes début 2015), s'impose. À défaut de l'aide de combattants loyalistes ou au contraire antirégime, les Kurdes avaient été toutefois appuyés par des peshmergas irakiens et des frappes aériennes occidentales. Et alors que cette offensive a été qualifiée de « première étape cruciale dans l'éventuelle libération de Mossoul », la question se pose quant à ceux qui vont y participer. L'armée irakienne (en partie chiite), aidée de milices et de volontaires également chiites, dont notamment Saraya al-Salam (« Brigades de la paix »), ont commis de nombreuses exactions contre les populations sunnites, et pourraient donc ne pas entrer dans Mossoul même, laissant peut-être la place aux combattants kurdes, suppose M. Difraoui.

En attendant, le dirigeant du Kurdistan irakien Massoud Barzani a affirmé hier que Sinjar fait à présent partie du Kurdistan, au risque de s'attirer les foudres de Bagdad. Doit-on penser que les Kurdes vont garder tous les territoires conquis, comme Kirkouk ? « Ils le doivent, affirme le politologue, pour avoir plus d'autonomie. Mais cela posera problème avec les sunnites ; d'ailleurs, c'est déjà le cas avec Kirkouk. » Pour rappel, cette province pétrolifère a été abandonnée par l'armée irakienne lors de l'offensive de l'EI, avant d'être « récupérée » par les Kurdes; depuis, elle demeure la cible des attaques de l'organisation. Le contrôle de Kirkouk pourrait peser lourdement s'il y a un jour négociation pour l'indépendance kurde. « Le fait d'affirmer aussi rapidement qu'ils garderont Sinjar leur permettra donc de négocier avec Bagdad, sur des dossiers qui leur importent », estime Asiem el-Difraoui.

 

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