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Liban - Élections Au Barreau De Beyrouth

Une échéance démocratique pour un scrutin qui se politise plus que jamais

À la veille des élections à l'ordre des avocats de Beyrouth, dimanche, le sprint final est engagé pour un scrutin dans lequel les partis sont désormais solidement incrustés, mais l'échéance reste néanmoins démocratique.

L'assemblée générale de l'ordre des avocats de Beyrouth procédera dimanche à l'élection de quatre nouveaux membres du conseil de l'ordre, parmi lesquels sera choisi, au 2e tour du scrutin, le nouveau bâtonnier, qui succédera à Me Georges Jreige.
Parmi les dix candidats visant à intégrer le conseil de l'ordre, sept ne brigueront pas le poste de bâtonnier. Il s'agit de Louis Hanna (Kataëb), Wajih Massaad (indépendant), Zaher Azoury (Courant patriotique libre, CPL), Élie Makhoul (indépendant), Assaad Saïd (indépendant), Samir Haïdar (indépendant) et Jamil Kambris (courant du Futur). Ce dernier, de confession sunnite, semble bénéficier d'une majorité d'intentions de vote. La coutume veut en effet que dans cet organisme de coloration chrétienne quasi exclusive, un poste de membre soit attribué à un musulman, à qui on octroie traditionnellement la fonction de secrétaire général.
Les trois autres candidats, Antonio Hachem (indépendant, appuyé par le CPL), Pierre Hanna (Forces libanaises) et Aziz Torbey (indépendant), vont, s'ils sont élus, livrer une bataille pour accéder à la tête du barreau de Beyrouth, sachant qu'un avocat ne peut présenter sa candidature au titre de bâtonnier sans faire partie du conseil. Ils seront en compétition également avec Nader Gaspard (indépendant) qui, déjà membre du conseil, ne livrera donc pas bataille au premier tour du scrutin.

Les électeurs indépendants, une force de 65 %
Sur la scène électorale de l'ordre des avocats de Beyrouth, les forces politiques s'arrogent traditionnellement un pouvoir important, bien que sept, voire huit des candidats (si l'on compte Antonio Hachem, ouvertement appuyé par le CPL, mais dont le slogan de la campagne est « Mon indépendance est ma force »), ne sont pas liés à des partis. Si, selon des sources fiables, les électeurs politiquement engagés représentent 35 % de l'ensemble des membres de l'ordre, les électeurs non partisans sont eux aussi très nombreux et constituent, toujours selon les mêmes sources, une force de 65 % au sein de cette instance, bastion de la démocratie et des libertés.

Listes incomplètes du 14 et du 8 Mars
Prenant en considération l'attachement des avocats à leur liberté de choix, chacun des deux blocs politiques du 14 et du 8 Mars a mis sur pied une liste incomplète pour laisser aux avocats indépendants la latitude d'élire leurs candidats sur le critère de la protection de leurs intérêts ou sur la qualité des rapports qu'ils entretiennent avec eux.
La liste du 14 Mars se limite ainsi à Pierre Hanna, Louis Hanna et Jamil Kambris, et celle du 8 Mars, représenté par le Courant patriotique libre (CPL), regroupe seulement Antonio Hachem et Zaher Azoury.
Dans un souci d'attirer de son côté le plus grand nombre d'indépendants, chacun des candidats des deux mouvements met en avant son programme national et corporatiste, et table, à défaut d'affinités partisanes, sur des sympathies personnelles. Beaucoup d'avocats votent en effet pour des candidats à l'égard desquels ils ont une aversion politique, mais avec qui ils entretiennent de bonnes relations, amicales ou professionnelles.

Outils de séduction
Si les électeurs non partisans sont une cible privilégiée pour les candidats soutenus par un parti, ils le sont d'autant plus pour les candidats indépendants. Appels et messages téléphoniques, e-mails, visites des cabinets d'avocats, réceptions et dîners étayés de discours mobilisateurs, tous les outils de séduction sont abondamment utilisés par les uns et les autres dans un objectif clair de les conquérir, car au final les électeurs indépendants constituent un poids précieux dans la balance des résultats.

USJ vs UL
Au-delà de l'antagonisme 14/8 Mars, des avocats qui suivent de près la course de fond engagée entre les compétiteurs affirment que le scrutin cette année semble imprégné d'une fibre académicienne et estudiantine d'électeurs sortis de l'Université Saint-Joseph, et de ceux issus de l'Université libanaise. Ce sentiment d'appartenance à un établissement universitaire serait donc un facteur entrant en jeu dans la définition de leurs choix.
Une chose est sûre : les considérations personnelles et professionnelles, et les critères d'appartenance partisane se disputent la tournure du scrutin dans l'arène électorale. L'échéance de dimanche rendra compte, qui du 14 Mars, du 8 Mars ou des indépendants remportera la palme.


Les 4 candidats au titre de bâtonnier

À 24 heures de l'échéance électorale, les tensions surchauffent quelque peu l'atmosphère du barreau, mais chacun des quatre candidats au titre de bâtonnier est respectivement confiant d'une issue du scrutin en sa faveur.
– Nader Gaspard, candidat indépendant, est membre du conseil de l'ordre depuis 2006. Il mise sur son expérience et sur la disponibilité dont il a fait preuve le long de ses mandats pour venir en aide à ses pairs. Il affirme que ces derniers savent « qui est à leurs côtés pour satisfaire leurs plaintes et revendications », soulignant en outre que le bâtonnier doit se distinguer par « son courage et sa sagesse ». M. Gaspard, soutenu par un grand nombre d'avocats diplômés de l'USJ, demande aux membres du barreau de Beyrouth de « voter selon leur conscience », afin que « leurs voix précieuses ne se perdent pas dans la salle des pas perdus », les exhortant à remplir leur devoir électoral « en s'éloignant des considérations politiques et en s'en tenant aux critères professionnels ».
– Antonio Hachem, candidat indépendant, appuyé par le CPL, a intégré le conseil de l'ordre pour la première fois en 1996. Il a ensuite assumé trois mandats de membre, dont le dernier a pris fin en 2014. Candidat malheureux au titre de bâtonnier en 2009, il entreprend cette année une nouvelle bataille. M. Hachem promet, s'il est élu, de remplir sa mission « en défendant les droits et l'honneur des avocats », pour préserver, dit-il, « la grandeur et la postérité de notre barreau, un barreau glorieux, bientôt centenaire ».
– Pierre Hanna, candidat FL, estime que « les neuf ans d'engagement et d'efforts fournis » tout au long de ses trois mandats au sein du conseil de l'ordre lui assurent un appui certain de ses confrères. Fort de l'appui du 14 Mars et du Parti socialiste progressiste (PSP), il fait observer que le 8 Mars, notamment le CPL et Amal, n'a pas donné de mot d'ordre de veto contre lui et se félicite en outre du soutien que lui apportent les avocats diplômés de l'UL.
– Aziz Torbey, candidat indépendant, s'était présenté lors des élections de 2013 au poste de membre du conseil de l'ordre, espérant livrer ensuite la bataille du bâtonnat. Il n'avait pu alors intégrer le conseil, malgré le nombre non négligeable de 1 134 voix qu'il avait obtenues. Il tente sa chance avec confiance, ce dimanche.
« La compétition est énorme, reconnaît M. Torbey, mais je sais que les avocats de Beyrouth vont choisir parmi ceux qui ont servi leur ordre, et j'en fais partie. » Il indique que même sans être membre du conseil, il a déjà œuvré pour l'ordre, notamment pour la mise sur pied d'un nouveau système d'assurance médicale. Enfin, il appelle ses confrères indépendants à participer « massivement » au scrutin du 15 novembre, vu que les électeurs partisans sont « davantage mobilisés ».

 

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