En voici une parmi nos nombreuses maladies sociales : le sens de l'exagération. Supposons que vous vous trouviez en plein embouteillage au niveau de Nahr el-Mott, direction Nord-Sud et que vous entrouviez la fenêtre gauche de votre voiture. Vous pourriez alors voir votre voisin en 2e ou 3e file, mais au même niveau que votre voiture, ouvrant sa fenêtre droite avant et essayant d'entamer une petite conversation avec vous (comme ceci est assez courant chez nous), surtout pour se plaindre de la lenteur insupportable de la circulation, tout en jurant par tous les dieux que ça lui a pris une heure et demie de Jounieh jusqu'à Nahr el-Mott et qu'il lui en faudrait encore une bonne heure pour arriver à sa destination au centre-ville, alors que vous-même venez du même point de départ à Jounieh et que ça ne vous a pas pris plus de 40 minutes (ce qui reste quand même considérable, bien entendu !).
Parlant de la guerre civile libanaise 1975-1990, ce qui fait 15 ans bien entendu (15 ½ ans jour pour jour, si l'on veut être précis), que de fois on a entendu dire :
«... Cette sale guerre qui a duré 20 ans... », ou d'autres, plus mesurés : « Elle a été bien longue notre guerre civile, qui a duré 17 ans... », ou alors : « Depuis 30 ans que la guerre est terminée (au lieu de 25), il est grand temps de s'atteler à... »
Ou d'autres, comme, par exemple, une petite famille de la classe moyenne, de quatre personnes (dont deux enfants), qui se plaint de l'énormité des dépenses auxquelles elle est astreinte, lesquelles dépasseraient, selon elle, les $3 000 par mois, rien que pour couvrir le loyer de la maison + la scolarité des gosses + quelques sorties, sans compter tout le reste, alors que son revenu ne dépasse pas les $3 000 en question, ce qui laisse supposer que le montant total de ses dépenses devrait excéder les $5 000 par mois. Ainsi, de deux choses l'une : ou bien nos amis sont des bluffeurs, ou alors des voleurs.
Un autre qui vous parle d'un terrible accident de voitures, une vraie hécatombe, qui vient d'avoir lieu, sous ses yeux, et qui aurait fait pas moins d'une dizaine de morts et une vingtaine de blessés, alors qu'en réalité, il s'agirait de trois morts + sept blessés légers.
Que de fois on a entendu dire (cela arrive surtout chez les ignorants) que la dette officielle libanaise a dépassé les 100 milliards de $ (au lieu de 70) ? Cela me rappelle une vieille anecdote, qui parle d'un curé de village, séculier, presque aussi ignorant que ses ouailles, qui aimait tellement exagérer qu'il leur racontait, pour les impressionner par la grandeur de la religion, que le Christ mesurait 75 mètres, qu'il pesait cinq tonnes... et puis suivait le reste de l'histoire, qu'il serait inutile de raconter dans cet article, vu surtout la difficulté de la traduction de certains termes du patois kesrouanais.
Conclusion : que de fois, hélas, les gens ont tendance à dire n'importe quoi. Pourtant, le roi Salomon disait : « Le sage tourne sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler », car il faut réfléchir avant de parler et non pas après, lorsqu'il sera trop tard et qu'on aura déjà débité sa bêtise. Une fois la parole prononcée, on ne peut plus la modifier, ni la récupérer, ni la retirer. Ce qui a été dit a été dit.
Il faut donc bien réfléchir avant de parler, afin de ne pas se compromettre gratuitement et d'avoir à le regretter plus tard.
Élie Michel NASARD


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
l'exagération n'est pas une spécialité kesrouanaise ou libanaise, elle est méditerranéenne. Rappelez-vous l'histoire de la sardine qui a bouché le Port de Marseille.
17 h 44, le 12 novembre 2015