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Nos lecteurs ont la parole - Ghada Jabak

Alea jacta est

Aujourd'hui, je fête mes cinquante ans, meilleure occasion pour m'écrire. Un demi-siècle. Vous vous en rendez compte ? Comme le temps passe vite ! Aujourd'hui, j'embrasse mon âge parce que l'ignorer? c'est vivre dans l'illusion, et j'en connais beaucoup qui le font (sourire narquois) !
« Cinquante ans », une litanie, que je fredonne depuis quelques mois (pas évident un demi-siècle, non ! ), que je chéris aujourd'hui et dont je ne regrette aucune minute. Aucune, je dis. J'ai vécu à la marge pour longtemps, et mon histoire n'a rien d'exceptionnel parce que chacun a son « histoire » et chacun est une « histoire ». La mienne commence avec le temps et s'achève avec lui (comme nous tous). Lui et moi, deux rivaux depuis que j'ai compris son emprise sur le monde. Il est puissant, lui. Des trêves, nous en avons, peu nombreuses. Nous nous défions depuis cinquante ans. Lui veut m'attraper, et moi, le devancer. Et il ne cède pas, ne me quitte pas d'une semelle. Et je lui tiens tête.
Remontons le temps donc (profitons de mon rival)? puisque? sans le passé, je ne serai pas la personne que je suis aujourd'hui. J'étais rebelle, je le suis encore (pas de norme pour moi !). Le monde me fascinait et il continue toujours. J'ai vécu, j'ai eu de la peine, j'ai lutté contre mes démons. Au fil des années, je me suis réconciliée avec eux, il en reste quelques-uns, certainement. Mais je les ignore. Persistants et tenaces. Je les ignore, meilleur remède... Des tristesses, des joies (au pluriel), j'en ai eu, comme vous tous. Rien de particulier, ma vie ressemble aux vôtres, à celles de beaucoup de femmes. Histoire de femme solitaire. Cependant, moi, je suis née à nouveau, il y a quelque temps, et c'est pourquoi j'écris.
J'écris parce que je sens en moi un vide que rien ne comble que l'écriture. Un vide qui me consume des jours et m'abat par terre. Je me relève, et j'y résiste, et j'écris pour l'éloigner. J'écris parce que j'ai frôlé la dépression, par moments, dans ma vie (quoique inaperçue !). Je me suis sentie vidée, inutile, marginalisée, insignifiante, un rien. Le travail, les enfants, la famille, les difficultés financières, la ménopause, le divorce, le pays, la lutte contre l'injustice, le mauvais temps, tout contribuait à ce que je baisse les bras. Et par moments, c'est ce que j'ai fait. Mais, à chaque faille, je me relevais, les poings serrés, prête à combattre à nouveau. Et j'ai appris que je ne suis pas Spiderman (et non pas Superwoman, je ne suis pas sexiste). J'ai appris à pleurer, à dire : « Aujourd'hui je ne vais pas bien », à me fier aux autres, sans avoir peur des préjugés parce que, après tout, le temps, mon rival, me guette et espère que je ne m'aperçois pas de sa fuite, que je me perds en chemin, mais je l'observe du coin de l'œil, toujours sous haute vigilance, et il ne m'aura pas. J'ai appris que « s'autoflageller » n'est plus permis, que je ne peux tout contrôler, je ne peux tout prévoir, tout n'est pas de ma faute ! J'ai appris à me pardonner pour revivre. Et j'ai pris la décision de me profiter de chaque jour de ma vie, de vivre le jour comme s'il en était le dernier. Sans cela, ma vie n'aura pas de sens. Debout. Point final.
Et je suis née à nouveau (répétition). Ma naissance était amère, elle a pris beaucoup de temps, un accouchement des plus douloureux, et j'en ai vécu trois déjà, mais ce dernier est de loin le plus pénible de tous. J'ai ôté le masque imposé par la société et j'ai pleuré. Je pleure souvent, ces jours-ci (de bonheur et de tristesse). Mais je respire aussi, je respire la vie à pleines bouffées, je ne passe pas à côté d'elle, je suis en elle et elle est en moi. Et j'écris. J'écris pour étrangler ma souffrance à mains nues pour crier mon bonheur les jours où les matins sont autres. J'écris pour moi et pour tous ceux qui ne peuvent écrire. Écrire, m'écrire donc. Avec ce nouveau « moi », j'ai regagné peu à peu mon estime de soi (n'oublions pas le suivi psy !). Difficile de l'avouer. Je sais. Et puis, je me suis trouvée différente (rappel de la naissance). J'affiche aujourd'hui mon authenticité. Authenticité qui effraie mon entourage, on a peur de moi, peur de ma franchise, de ce « moi » qui est transparent. Et ils ont raison, je ne les blâme pas. Ils n'y sont pas habitués. Changer est déstabilisant. Changer provoque des incertitudes. Mais stagner, c'est mourir, donc j'ai osé briser les chaînes qui me lient à ma vie antérieure pour voir la vie autrement. Et pour regagner cette estime de soi, pour me réconcilier avec mon passé, je ne peux contourner la vérité, et la vérité, pour une femme, a toujours rapport avec les hommes (malheureusement).
Des hommes dans ma vie, j'en avais (à l'imparfait). J'avais un père, j'avais un ami, j'avais un amant, j'avais un mari, j'avais un frère. J'avais. Et je n'en ai plus. Je ne les regrette pas. Leur passage dans ma vie était beau, certains moments restent mémorables, mais ils ont fini tous par disparaître. Et il n'en reste que leurs ombres. Était-ce à cause de moi ? L'un d'eux m'avait dit que je ne tolère pas les hommes dans ma vie, que je suis comme ma mère, que je voudrais vivre seule, finir seule, comme ma mère (séquelle). Peut-être qu'il avait raison. Mais il a oublié d'ajouter que tous n'étaient pas dignes de ma confiance, que tous l'ont trahie. Oui. Le mot-clé, la confiance. Le premier fut mon père, il m'a déçue, j'ai pris beaucoup de temps pour guérir et m'ouvrir au monde (la plaie suinte par moments). Traumatisme. Puis je l'ai rencontré. Et la vie me souriait. Or, lui aussi m'a déçue. Insécurité. Séparation. Et j'y ai contribué ! Je ne suis pas martyre quand même... À signaler qu'en général (non à la stigmatisation !), les hommes préfèrent de loin la femme facile, je veux dire docile, et je ne le suis pas ! Je suis scorpion, damnée, et je n'y peux rien. Je suis difficile à manier, je pose trop de questions et mon héroïne préférée est Antigone, allez donc comprendre ! Expérience amère, donc, avec les hommes, et ce depuis cinquante ans. Et je n'osais plus les aimer, je n'étais plus à la recherche d'un homme dans ma vie, je n'avais plus le temps (rappel de mon ennemi fatal). Mais le voici de nouveau ! Quand j'ai fermé hermétiquement la porte, il y frappe et demande asile. Et je finis par céder. Lui, c'est une autre histoire.... Un début certainement, mais on ne sait jamais...(suspense)
Et les femmes ? Des femmes dans ma vie, j'en ai, de vraies. Des femmes, je dis. Des femmes sur qui je peux compter les yeux fermés, des femmes debout, inébranlables, des femmes maîtresses de leur destin. Et je suis mère, mère de quatre jeunes femmes. De vraies. De quoi avoir le cœur gros d'amour et de fierté. « Des têtes bien faites. » Avec elles, je ne cesse d'apprendre à aimer. Je les aime, ces êtres chéris, et je suis fière d'elles. Et j'espère qu'un jour, elles me pardonneront mes moments de folie, mes hésitations, mes failles et mes excès d'amour, car elles sont ma raison d'être les jours où le ciel est gris. Oui. Le mot-clé devient « amour » à ce stade de ma vie. Je suis prête aujourd'hui à aimer de nouveau quitte à être déçue, qu'importe ! Sans cela, je me sentirai happée par les sables mouvants de la routine et la solitude (ennemi numéro un des hommes). D'ailleurs, c'est plus fort que moi. Aujourd'hui, je prends des risques !
J'aime donc la vie et j'aime aussi enseigner ! (Des aveux pas évidents, non ?) L'enseignement n'est pas une besogne subie, c'est un travail choisi et c'est un plaisir, un vrai, pour moi. Mes élèves et mes étudiants ne cessent de me surprendre, avec eux tous les jours sont différents, avec eux rien n'est pareil. Leurs yeux qui brillent me donnent envie de recommencer chaque année. Je vois en chacun d'eux l'être caché qui est en cours d'épanouissement,l'âme blessée qui n'ose pas sortir de l'ombre, et le potentiel de chacun me ravive le cœur et me pousse à donner le meilleur de moi-même. Et je sais que lorsque cette lueur s'éteindra, je me retirerai en silence, gardant ma dignité. Eux sont une partie intégrante de qui je suis. Il est rare d'avoir l'occasion de le dire. Sans eux, je ne serai pas l'enseignante que je suis. Je leur écris aussi. Écrire. M'écrire... Et vivre...
Aujourd'hui, je fête mes cinquante ans. Je suis entourée de belles personnes. Que demander de plus ? (gagner la loterie, peut-être ?).

Ghada JABAK
« Pensées matinales »

Aujourd'hui, je fête mes cinquante ans, meilleure occasion pour m'écrire. Un demi-siècle. Vous vous en rendez compte ? Comme le temps passe vite ! Aujourd'hui, j'embrasse mon âge parce que l'ignorer? c'est vivre dans l'illusion, et j'en connais beaucoup qui le font (sourire narquois) !« Cinquante ans », une litanie, que je fredonne depuis quelques mois (pas évident un demi-siècle, non ! ), que je chéris aujourd'hui et dont je ne regrette aucune minute. Aucune, je dis. J'ai vécu à la marge pour longtemps, et mon histoire n'a rien d'exceptionnel parce que chacun a son « histoire » et chacun est une « histoire ». La mienne commence avec le temps et s'achève avec lui (comme nous tous). Lui et moi, deux rivaux depuis que j'ai compris son emprise sur le monde. Il est puissant, lui. Des trêves, nous en avons, peu...
commentaires (2)

CINQUANTE SUR LE PAPIER... COMBIEN DE CACHÉS ? 3ALA KILL HAL IL 3IMER KILLOU !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

20 h 19, le 09 novembre 2015

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Commentaires (2)

  • CINQUANTE SUR LE PAPIER... COMBIEN DE CACHÉS ? 3ALA KILL HAL IL 3IMER KILLOU !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    20 h 19, le 09 novembre 2015

  • Si c'est des pensées matinales....qu'est ce que ca doit être le soir...!

    M.V.

    08 h 43, le 08 novembre 2015

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