C’est en grande partie à ses « cronies » que la Birmanie, notamment Rangoun, doit ses changements. Jorge Silva/AFP
Hôtels, port, mines... Les magnats birmans, qui ont bâti des empires grâce à leurs liens avec l'ancienne junte, sont des acteurs avec lesquels l'opposante Aung San Suu Kyi devra composer, si son parti remporte les élections de demain. Les législatives en Birmanie sont historiques : le pays n'a pas connu d'élections libres depuis plus de 25 ans, et la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de Suu Kyi est donnée grande favorite.
Alors qu'elle a fait campagne sur ses promesses de lutter contre la corruption – la Birmanie est à la troisième plus mauvaise place du classement Verisk Maplecroft –, se pose la question de l'avenir de ces hommes d'affaires tenant encore l'économie. Ces « cronies », magnats liés à l'ancien régime, « sont les principaux vainqueurs de l'ouverture du pays », constate Sean Turnell, expert de l'économie birmane à l'université Macquarie en Australie, qui a conseillé le parti de Suu Kyi. « Ils sont des éléments-clés et ils le resteront. Vu leur considérable pouvoir économique, leur influence se fait sentir dans de nombreux secteurs et pourrait continuer, peu importe qui est au pouvoir », renchérit Htwe Htwe Thein, de l'université australienne Curtin.
La Birmanie n'en est qu'au début de sa mue, et les liens avec les hommes bien placés de l'ancien régime restent une clé dans un pays où l'armée a des participations dans certaines entreprises. « Se lancer dans les affaires est facile quand on a les bonnes connexions », explique Aye Ne Win, le petit-fils de l'ancien dictateur, rencontré par l'AFP dans sa villa de Rangoun, la capitale économique. Victime d'une purge, sa famille a passé plusieurs années en prison sans toutefois perdre sa fortune. Ils investissent aujourd'hui tous azimuts, aidés par des investisseurs chinois, explique l'homme. Aye Ne Win fait figure de petit poisson comparé aux magnats de premier plan comme Tay Za ou Zaw Zaw, encore sur une liste noire américaine.
« Privilèges »
Cela n'empêche pas Zaw Zaw d'investir, avec son entreprise Max Myanmar, dans les pierres précieuses, l'immobilier et le tourisme, trois industries qui ont explosé depuis les réformes. C'est en grande partie à eux que la Birmanie, et notamment Rangoun, doit ses changements. Le poumon économique du pays est passé en quelques années d'un statut de ville figée dans le temps, aux bâtiments coloniaux décatis, à celui de ville en mouvement.
Mais les temps changent. « Certains ont commencé à s'inquiéter de leur image publique et apporter leur soutien en faveur d'une nouvelle Birmanie démocratique », explique Htwe Htwe Thein. Ainsi Zaw Zaw mais aussi Tay Za, à la tête de Htoo Group, ont fait la une des journaux pour leurs dons généreux en faveur de la LND. Le parti a pourtant promis de mettre fin à certains « privilèges » dont profitent ces magnats, explique Hantha Myint, chargé des questions économiques à la LND.
Aujourd'hui, ils continuent de dominer les marchés publics. Kyaw Kyaw Hlaing, président de Smart Groups of Companies, spécialisé dans le pétrole et le gaz, souligne que « 60 % des contrats sont conclus à l'avance dans les ministères ».
Les investisseurs étrangers en Birmanie doivent s'associer à des acteurs locaux pour espérer mettre pied dans l'eldorado birman, au 4e rang des pays connaissant la plus forte croissance, selon la Banque mondiale.
Marion Thibaut/AFP

