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Économie - Conférence

La décentralisation, clé de l’essor économique des territoires libanais ?

Une table ronde sur les enjeux socio-économiques de la décentralisation, tenue hier lors de la Semaine économique de la Méditerranée, a été l'occasion de faire le point sur le retard libanais en la matière.

La table ronde sur « La décentralisation, outil de cohésion sociale ? », organisée hier à la Semaine économique de la Méditérranée. Photo B. Royo

L'un des effets secondaires des printemps arabes a été le renforcement de l'autonomie politique et économique des territoires par rapport au pouvoir central. « Les politiques de décentralisation dans les pays du sud de la Méditerranée se sont dernièrement affirmées comme un mouvement majeur dans un contexte de crise économique et au nom de la démocratisation et de l'amélioration des services publics », résume Aude Signoles, enseignante chercheuse à l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence, lors d'une table ronde tenue hier pendant la Semaine économique de la Méditerranée à Marseille et intitulée : « La décentralisation, outil de cohésion sociale ? ».
« Sous le régime de Ben Ali, la centralisation a (...) provoqué un exode rural massif car l'État améliorait le cadre de vie des villes, mais pas des régions. Cela a entraîné des problèmes de planification urbaine et d'intégration qui ont abouti aux révoltes que l'on connaît », témoigne par exemple Ridha Abbassi, maire de Kasserine, en Tunisie. Le nouveau projet de Constitution tunisienne a donc renforcé l'autonomie financière et administrative des collectivités locales.

Absence d'autonomie fiscale
Le Liban, lui, semble encore fonctionner à rebours de cette tendance. « Le système administratif libanais est très centralisé : pour chaque décision, nous avons besoin de l'approbation de plusieurs autorités – notamment le mohafez, le caïmacam, voire certains ministres. Cela fonctionne très mal », affirme Khalil Harfouche, président de l'Union des municipalités du caza de Jezzine. D'autant que les municipalités n'ont souvent pas suffisamment de ressources pour assurer leurs besoins. Certes, la loi municipale de 1977 (amendée en 1997) prévoit plusieurs canaux de financement de leur budget : soit à travers la perception directe d'une quinzaine de taxes – sur la valeur locative, les permis de construire, la publicité, etc. – ; soit indirectement à travers les institutions publiques, parapubliques ou privées chargées d'assurer certains services publics – comme pour les surtaxes sur l'eau et l'électricité consommées ou les plus-values immobilières ; ou bien à travers la Caisse autonome des municipalités chargée de redistribuer les recettes de taxes collectées par l'État, notamment celles sur les cigarettes, sur les profits des entreprises ou sur la téléphonie mobile.


(Lire aussi : Le chantier de la zone économique spéciale de Tripoli prêt à démarrer)

 

Risques
Mais, déjà réduite en droit, l'autonomie fiscale des municipalités l'est bien davantage de fait. « Par exemple, les revenus de la téléphonie mobile ne nous ont pas été transférés depuis cinq ans, soit plus de 1 200 milliards de livres. Avec ce montant, nous pourrions mettre en place nos projets de développement plutôt que de solliciter une administration centrale et des élus nationaux qui connaissent bien moins nos besoins et capacités », déplore Yehia Daher, maire de Karaoun (Békaa).
Pour contourner ces obstacles, certains cazas, comme celui de Jezzine, ont développé des partenariats avec le secteur privé. « Nous avons lancé un plan de développement multisectoriel comportant 78 projets. Plus de 40 ont déjà été mis en place, comme la création de complexes d'écotourisme par exemple. Ces partenariats public-privé ont créé un effet boule de neige pour les investissements », indique Khalil Harfouche.
Yehia Daher, lui, s'est tourné du côté des ONG : « Depuis la crise syrienne, nous recevons beaucoup de dons pour améliorer nos infrastructures ou les conditions d'accueil des réfugiés. »

Reste que ce genre d'initiatives, comme le principe même de décentralisation, n'est pas sans risques sur le renforcement des inégalités entre territoires, notamment. « Il existe une grande différence entre les municipalités rurales, où il y a peu d'habitants, et les municipalités de la périphérie de Beyrouth où les taxes foncières rapportent beaucoup plus », précise Khalil Harfouche. « Il faudrait accompagner l'autonomisation des collectivités de certains mécanismes de péréquations, comme en France par exemple », suggère Paul Kriss, spécialiste urbain principal à la Banque mondiale.
Autant d'enjeux qui devraient être abordés lorsque les députés se décideront à examiner le projet de loi sur la décentralisation administrative qui dort dans leurs tiroirs depuis 2014. Ce texte prévoit de créer de véritables régions, à travers des conseils de caza où siégeront des représentants élus directement par les habitants de chaque village. « Ce projet de loi est la seule solution. Mais il n'est pas encore au point, notamment au niveau des modalités de taxation, pour pouvoir financer les régions », ajoute Khalil Harfouche.

 

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