Les forces de sécurité israéliennes contrôlent un jeune Palestinien à la porte de Damas dans la vielle ville de Jérusalem. Menahem Kahana/AFP
Le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon a affirmé, hier, auprès du président Mahmoud Abbas en Cisjordanie occupée, l'urgence pour les dirigeants palestiniens et israéliens à agir « immédiatement » contre « la dangereuse escalade » des violences en cours. « Nous devons agir immédiatement pour empêcher que continue à se détériorer un statu quo déjà intenable », a déclaré M. Ban devant la presse à Ramallah au côté de M. Abbas. M. Ban s'est également dit « consterné de voir de jeunes gens prendre les armes pour tuer. La violence n'est pas la voie à suivre ».
Le secrétaire général de l'Onu achevait, hier, cette visite surprise de deux jours commencée la veille en Israël pour pousser les dirigeants des deux camps à enrayer une confrontation qui fait craindre une nouvelle intifada, et prévoyait de se rendre aujourd'hui en Jordanie pour rencontrer le roi Abdallah, interlocuteur primordial du conflit. Sa visite s'inscrit dans un effort récent de la communauté internationale pour peser sur des événements qui, a dit M. Ban, menacent de prendre une tournure « catastrophique » et de se transformer en guerre confessionnelle aux conséquences imprévisibles.
Seulement, le ton tranchant employé en présence de M. Ban tour à tour par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et M. Abbas mardi et hier est indicatif du fossé qui sépare Israéliens et Palestiniens et de la difficulté de la tâche pour la communauté internationale, a fortiori devant un mouvement conduit côté palestinien par des jeunes échappant à tout contrôle.
Accusations mutuelles
Mais, comme M. Netanyahu la veille, M. Abbas n'a formulé publiquement aucune disposition concrète pour apaiser les esprits, et s'est répandu à son tour en invectives contre M. Netanyahu.
Le Premier ministre israélien avait accusé nommément le président palestinien de proférer des mensonges et de participer à l'escalade en se joignant au groupe « État islamique et au Hamas pour affirmer qu'Israël menace la mosquée al-Aqsa ». En visite en Allemagne, M. Netanyahu a de nouveau accusé hier soir M. Abbas d'« inciter » au terrorisme, et demandé à la communauté internationale de faire pression sur le président de l'Autorité palestinienne pour qu'il cesse d'encourager les attaques « terroristes » contre des Israéliens.
Piqué au vif, M. Abbas avait auparavant répliqué : « M. Netanyahu dit : Abou Mazen, c'est Daech. Nous lui posons la question : Où est Daech, où est le front al-Nosra chez vous ? » (NDLR : Abou Mazen est le surnom de M. Abbas, Daech l'un des acronymes de l'organisation État islamique (EI), et le Front al-Nosra la branche syrienne d'el-Qaëda). M. Abbas paraissait faire référence au fait que des combattants syriens sont soignés en Israël et qu'Israël a été accusé par certains de soutenir les jihadistes contre le régime de Bachar el-Assad.
Par ailleurs, M. Abbas a réaffirmé hier que M. Netanyahu cherchait à modifier le statu quo, ce dont le Premier ministre israélien s'était défendu la veille : « M. Netanyahu se trompe quand il dit qu'il respecte le statu quo, ce n'est pas vrai, c'est une erreur. Le statu quo qui a été entériné une nouvelle fois en 1967 et qui existait déjà avant, c'est de ce statu quo que nous parlons, et pas de celui que Sharon a imposé en 2000 » en se rendant sur l'esplanade, élément déclencheur de la deuxième intifada.
Poursuite de la violence
Sur le terrain, les soldats israéliens ont tiré, hier, sur une villageoise palestinienne de 15 ans qui, ignorant les sommations, approchait avec un couteau de la colonie d'Yitzhar, près de Naplouse en Cisjordanie occupée, a rapporté l'armée. L'adolescente a été légèrement blessée. Une soldate israélienne était dans un état critique après une attaque au couteau près d'une autre colonie juive à l'est de Ramallah. L'agresseur a été tué. Les heurts quotidiens entre lanceurs de pierres palestiniens et soldats israéliens, les agressions mutuelles entre Palestiniens et colons et une vague d'attentats anti-israéliens ont fait 48 morts Palestiniens (dont plus de la moitié étaient auteurs d'attaques) et un mort arabe israélien, d'une part, et huit morts Israéliens, de l'autre, depuis le 1er octobre. Un Érythréen, pris par erreur pour un auteur d'attentat, a été tué. Face à l'ampleur des violences, le secrétaire d'État américain John Kerry doit s'entretenir avec M. Netanyahu aujourd'hui en Allemagne, puis rencontrer M. Abbas lors d'un déplacement cette semaine au Proche-Orient. Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a proposé hier que se réunisse vendredi à Vienne le quartette (Russie, États-Unis, Union européenne, Onu) fondé en 2002 pour jouer, sans grand succès jusqu'ici, le rôle de médiateur dans le processus de paix israélo-palestinien.
(Source : AFP)

