Il faudra un jour expliquer aux Libanais le concept des condoléances. En fait, quand une personne décède, il faut venir, prendre un air de circonstance, demander des nouvelles de la famille et, accessoirement, savoir comment la personne en cause a terminé ses jours. Pour les plus sincères d'entre eux et pour d'autres plus hypocrites, écraser une larme serait un acte bienvenu. La famille appréciera toujours cela. Après, la décence veut qu'on aille s'installer dans un coin et papoter à voix basse (dans la mesure du possible) avec son voisin si on le connaît (au pire des cas, on fait sa connaissance).
Là, nous sommes toujours avec des personnes normales et bien constituées, autrement dit des êtres humains psychologiquement aptes à raisonner et dotes d'une certaine intelligence sociale indubitable en apparence.
Mais voilà ! Nous sommes au Liban et au pays du Cèdre, rien ne se passe comme il faut.
Il y a trois jours de condoléances, trois jours pour faire la bamboula, en se moquant royalement de la famille proche du défunt (la femme ou le mari et les enfants).
C'est ici qu'on en voit de toutes les couleurs... Il faut expliquer aux gens que les funérailles, en général, ne sont pas synonymes du salon de Madame de Sevigné ou de la dernière soirée de mondanités. Non, non ! Il s'agit bien d'un évènement triste. Qu'on le veuille ou pas ! Je sais, je sais, ça ne convainc pas tout le monde. Mais la vie est dure et il faut savoir se plier à certaines réalités pesantes et cruelles à accepter.
Alors, il y a ceux qui sont supersympas qui se croient au déjeuner du dimanche à la campagne où toute la famille est réunie avec de la viande sur le barbecue. Au début, ils se la jouent famille éplorée, écrasée par le chagrin avant que leur rire ne se fasse entendre du début à la fin du salon. Et à 13 heures tapantes, les mioches se pointent, sortis d'on ne sait où, un peu comme le lapin qui sort du chapeau du magicien. Et la maman toute fière de ses rejetons (qui se sont pomponnés pour la circonstance) va les présenter à toute la smalla : « Mon Dieu ! Comme ils ont grandi, mais c'est que nous les avions connus tout petit, en deux ans tu es devenu un homme... » Dites, les mecs, y a quelqu'un dans un cercueil à 50 mètres, un peu de décence quand même !
Et puis il y a ceux qui sont là pour le compte de... C'est un peu les pistonnés des entretiens d'embauche qui même s'ils ne disent rien vont être reçus à l'examen. Ils viennent pour une certaine parente (pas nécessairement proche du défunt, mais assez pour se la jouer tristounette) mais qui n'a aucun lien direct avec le défunt. Autrement dit c'est une personne qui s'en tape complètement et du défunt et de sa famille, et qui, elle, vient pour bien paraître devant la parente éplorée. On ne nie pas qu'elles ont plein de mérite d'avoir fait le déplacement. Mais d'une part, les vraiment proches du défunt pouvaient se passer d'elles, et d'autre part quand la personne est aussi éloignée et n'a jamais connu le défunt, elle peut se contenter d'une visite à la parente à la maison. Mais bon, quand on a le sens des convenances, on ne va pas rechigner sur les bonnes actions.
Et puis il y a les gens qui aiment leur ventre. Ils viennent dix minutes avant le déjeuner et filent après avoir mangé. Parfois, c'est à peine si l'on remarque qu'ils ont présenté leurs condoléances. Le tout se passe en une fraction de secondes. C'est un mélange de Speedy Gonzalez et de Pantagruel. Mais la personne se fait remarquer par assez de gens pour dire qu'elle est venue.
Et il y a les gens cools qui croient qu'ils doivent impérativement être là pour soutenir la famille. L'intention est très gentille, mais le problème est qu'elles restent seules toute la journée. En général, leur présence est appréciée. Ils ne gênent personne et ont un fond de sincérité.
Pour certains autres on se demande pourquoi ils sont venus vu qu'ils ont toujours eu des relations tendues avec le défunt à moins qu'ils ne veuillent s'assurer que c'est bien la même personne.
Et nous en passons des gens. Il y a ceux qui ne viennent pas, car ils estiment que c'est mieux de rendre une visite à la maison après le temps de condoléances. À quoi bon ces 3 jours où on raconte 36 000 fois la même histoire s'il y a encore des gens qui en redemandent. Il faudrait distribuer des tracts à l'église avec les dernières heures du défunt pour éviter ce genre de calvaire aux familles. Évidemment, au début, il faut raconter toute l'histoire dans le menu détail, mais au fur et à mesure que les condoléances avancent, l'histoire se raccourcit jusqu'à se limiter à l'essentiel.
Je ne sais pas si les familles des défunts remarquent, en général, la quantité de personnes qui étaient en voyage uniquement durant les trois jours de condoléances ou encore mieux, ceux qui prétendent avoir téléphoné sans avoir de réponse et qui n'ont plus réessayé, ou ceux qui ont su « par hasard » après et il faut encore entendre des vertes et des pas mûres. Les familles éplorées n'ont pas besoin de l'hypocrisie des gens après les funérailles. C'est fini ! Il fallait y penser pendant ! Après, ils n'ont plus envie d'en parler. Il faudrait le faire comprendre aux gens une fois pour toutes.
Et puis il y a les autres, tous les autres, les vrais amis, ceux qui ont vraiment connu et côtoyé le défunt de près, ceux qui le pleurent comme un frère ou un père. C'est au final ceux-là qui restent et ceux-là qui comptent car, au final, nous aurons tous entendu la même phrase : « Si tu as besoin de quelque chose, n'hésite pas, je serais là pour toi. » C'est drôle, quand j'ai demandé 10 000 dollars, la personne m'a raccroché au nez. On ne peut vraiment plus compter sur personne.
Sincères condoléances, messieurs, dames ! Je plains vos défunts. Nous vivrons tous cette histoire un jour. Je l'ai vécue, vous aussi peut-être. Je la raconte avec un cœur meurtri. J'espère que vous me comprendrez.
Jean-Paul MOUBARAK


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Condoléances ? Un "cocktail" bourratifs pour mines simili-chafouines....
11 h 08, le 20 octobre 2015