Rechercher
Rechercher

Moyen Orient et Monde - Éclairage

Détachée de la population, l’Autorité palestinienne paraît aujourd’hui inutile

Les événements actuels ne sont pas encadrés par les factions politiques traditionnelles, dont les dissensions sont l'une des raisons du ras-le-bol généralisé.

Musa al-Shaer/AFP

Très vite, le mot a été lâché, ranimant mauvais souvenirs et peurs viscérales. Mais le terme « intifada » n'est pas à utiliser à la légère, surtout dans le contexte actuel. Depuis plusieurs semaines, ou plus exactement depuis le Nouvel An juif, les violences se multiplient et vont crescendo ; d'abord à Jérusalem, puis un peu partout, comme en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, etc. Les heurts ont vite succédé aux tensions, surtout lorsque le statu quo concernant l'esplanade des Mosquées a paru en danger. Depuis, les attaques à l'arme blanche sont devenues quotidiennes, s'ancrant dans l'imaginaire collectif israélien. À tel point que de nombreux médias, israéliens, palestiniens ou encore occidentaux, ont été prompts à qualifier les attaques actuelles de « troisième intifada ».

Néanmoins, s'il faut se référer aux deux précédentes fois où le terme a été employé, il s'agissait alors d'un soulèvement généralisé de la population palestinienne dans l'ensemble des territoires occupés, et non pas d'une simple multiplication d'actes de violences. En revanche, aujourd'hui, on est très loin de ce qu'on a pu connaître, notamment à la fin des années 1980, avec des « manifestations de masse, des grèves quotidiennes, une auto-organisation dans les quartiers, dans les villages, dans les camps de réfugiés, etc. », rappelle Julien Salingue, chercheur en sciences politiques et spécialiste de la question palestinienne.

« Ensuite, il n'y a absolument aucune structuration des événements actuels dans les territoires palestiniens : ce ne sont pas les factions politiques qui encadrent les actions que l'on constate aujourd'hui », souligne l'expert. Le vendredi 9 octobre, pourtant, à l'occasion de la prière hebdomadaire, le chef du Hamas à Gaza Ismaïl Haniyé a qualifié la vague de violences actuelle d'« intifada ». Mais le fait que des organisations politiques reprennent ce terme ne renvoie pas nécessairement à la réalité, d'autant plus qu'aucune des attaques perpétrées ces derniers jours n'ont été attribuées à des « militants politiques » organisés. « C'est aussi révélateur du fait que ce ne sont pas des individus isolés, un peu radicalisés, mais qu'il s'agit d'une vrai colère populaire qui s'exprime », indique M. Salingue.


(Reportage : « Je sors et je rentre comme je veux de l'école, mon institutrice n'a rien à dire »)

 

Ras-le-bol généralisé
Ces développements interviennent dans un contexte de dissensions profondes entre les dirigeants palestiniens qui, depuis la démission du gouvernement d'union nationale au mois de juin, sont à couteaux tirés. « Alors que les factions politiques, y compris le Fateh, accompagnent le mouvement en cours, la direction de l'Autorité palestinienne (AP) de Ramallah est au mieux silencieuse, et au pire – du point de vue palestinien – appelle au calme », explique M. Salingue, qui déplore un vrai « décrochage » entre la population palestinienne et la direction de l'AP de Ramallah, mais aussi entre la base du Fateh et la direction du président Mahmoud Abbas. Les événements actuels révèlent le ras-le-bol de la population palestinienne en Cisjordanie et à Jérusalem, qui n'en peut plus d'attendre les promesses finalement jamais tenues de la direction de l'AP, et a décidé de passer à l'acte.

(Lire aussi : Les dirigeants palestiniens sont apparemment décidés à contenir l'escalade)



« Si elles ne veulent pas paraître complètement décrochées, il va falloir que les factions politiques palestiniennes s'unissent et tentent de donner un semblant d'organisation à ce qui se passe actuellement, sachant que l'on n'a aucune idée de ce qui va se passer dans les jours et les semaines qui viennent. Les choses peuvent par ailleurs retomber assez rapidement », nuance le spécialiste.
Le rôle de l'AP, dans le cadre du dispositif d'Oslo, c'est de maintenir le calme dans les territoires palestiniens. Il faut donc prendre conscience, il faut le dire, de « l'inutilité de cette structure qui n'a jamais servi à rien pour la population palestinienne, et qui de plus en plus est devenue un obstacle à la satisfaction de ses droits nationaux ; finalement le fait que les dirigeants de l'AP se taisent, est peut-être la meilleure chose qu'ils puissent faire aujourd'hui », affirme le chercheur.

(Éclairage : L'escalade entre Israéliens et Palestiniens: jusqu'où?)

 

Oppression intolérable
Quid des négociations de paix ? Car il existe une possibilité, si ténue soit-elle, que ces violences soient le déclencheur d'un « réveil » de la communauté internationale, qui pourrait éventuellement pousser à la reprise des négociations de paix moribondes, ou plutôt à leur réanimation. « Cela permet de décrire les conditions dans lesquelles évoluent les Palestiniens aujourd'hui ; et que s'il y a passage à l'acte, ce n'est pas pour des raisons irrationnelles, mais bel et bien parce qu'il y a une situation d'oppression intolérable pour la grande majorité de la population palestinienne », juge M. Salingue.

Le côté « négatif », en contrepartie, est la réaction d'Israël, qui applique la politique de l'autruche lorsqu'il s'agit d'assumer ses responsabilités, qui se pose en victime et a donc comme unique réponse la répression, indique-t-il. « On est arrivés à un point aujourd'hui où, à moins de dire qu'il faut sortir du logiciel d'Oslo dans lequel on est enfermés depuis plus de 20 ans, y compris de s'interroger sur l'utilité de l'AP, sur la possibilité d'une solution à deux États, si les Palestiniens sont capables de négocier avec l'État d'Israël, etc., toutes les initiatives diplomatiques ne serviront absolument à rien », conclut le chercheur.

 

Lire aussi
« L'intifada des couteaux » au cœur du conflit israélo-palestinien

Les jeunes Palestiniens lancent l’intifada 2.0 sur les réseaux sociaux

La révolte actuelle mènera-t-elle l’Autorité palestinienne à sa perte ?

 

Reportage
« La patrie n'appartient pas qu'aux garçons ! »

 


Très vite, le mot a été lâché, ranimant mauvais souvenirs et peurs viscérales. Mais le terme « intifada » n'est pas à utiliser à la légère, surtout dans le contexte actuel. Depuis plusieurs semaines, ou plus exactement depuis le Nouvel An juif, les violences se multiplient et vont crescendo ; d'abord à Jérusalem, puis un peu partout, comme en Cisjordanie, dans la bande de Gaza,...

commentaires (4)

Je viens de lire que les palestiniens demandent une protection de l'ONU Ils auront un beau sourire de BAN C'est tout ce qu'il sait faire Ils attendent le retour annoncé de Kerry, l'abonné aux vols aériens et aux palaces, et annonceur de solutions vaporeuses On ne l'entend jamais comment il va résoudre le martyr des palestiniens, ni la gabegie Libanaise

FAKHOURI

22 h 25, le 14 octobre 2015

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • Je viens de lire que les palestiniens demandent une protection de l'ONU Ils auront un beau sourire de BAN C'est tout ce qu'il sait faire Ils attendent le retour annoncé de Kerry, l'abonné aux vols aériens et aux palaces, et annonceur de solutions vaporeuses On ne l'entend jamais comment il va résoudre le martyr des palestiniens, ni la gabegie Libanaise

    FAKHOURI

    22 h 25, le 14 octobre 2015

  • Mais pourquoi vous dites " aujourd'hui" ??? Ca va pas la tete non ???

    FRIK-A-FRAK

    11 h 27, le 14 octobre 2015

  • L,AUTORITE PALESTINIENNE VA BIEN SON CHEMIN... CE SONT DES MANIPULES AUX TETES CHAUDES QUI CREENT DES PROBLEMES LESQUELS MALHEUREUSEMENT TOMBENT DANS L,INTERET D,ISRAEL...

    LA LIBRE EXPRESSION

    09 h 45, le 14 octobre 2015

  • Que peut sortir de cet exécrable fasciste Netanyahu sinon "une oppression intolérable de la population palestinienne" ?

    Halim Abou Chacra

    03 h 01, le 14 octobre 2015

Retour en haut