Jörg Reinhardt est le président du conseil d’administration de Novartis.
Il y aura fort à faire pour égaler la réussite impressionnante des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) qui ont stimulé les progrès en santé humaine. En quinze années seulement, la mortalité infantile a chuté de moitié et les décès dus au paludisme ont chuté de 60 %. Aujourd'hui, près de 15 millions de personnes dans le monde reçoivent des traitements contre le sida, ce qui leur permet de continuer à être productifs dans la société, contre environ 10 000 habitants en 2000, l'année où les OMD ont été lancés.
Les nouveaux Objectifs de développement durable (ODD), qui viennent d'être adoptés par les Nations unies pour guider les initiatives mondiales de développement au cours des quinze prochaines années, ont-ils pour but de reproduire les succès des OMD ? L'excellent bilan des OMD nous donne matière à espérer. Mais les nouveaux objectifs liés à la santé sont plus vastes et plus ambitieux que jamais. Et la situation en matière de santé publique est de plusieurs manières plus délicate qu'en 2000.
Les nouveaux ODD ont établi un objectif louable : pour la première fois, les dirigeants mondiaux se sont engagés à réduire les morts prématurées causées par des maladies chroniques comme le cancer, les maladies du cœur et le diabète. Il s'agit là d'un défi de taille en cette période de plein essor démographique et de vieillissement des populations, où les maladies chroniques sont la principale cause – en croissance – des décès. De surcroît, plus de deux milliards d'habitants n'ont toujours pas accès à des médicaments essentiels.
Pour atteindre ces nouveaux objectifs, nous devons trouver de nouveaux moyens créatifs pour faire face aux principaux problèmes de santé dans le monde. Avant toute chose, nous devons mettre au point de nouveaux modèles commerciaux qui permettent à la société de mieux exploiter le savoir-faire, la créativité et le dynamisme du secteur privé pour aider à améliorer le secteur de la santé publique. Des entreprises privées partagent la responsabilité d'atteindre ces nouveaux objectifs, mais ils ont également besoin du soutien des gouvernements et d'autres organismes pour garantir les plus grands impacts positifs.
Le défi démographique est colossal. Un milliard d'habitants a rejoint le genre humain uniquement au cours des douze dernières années. Environ un autre milliard le rejoindra d'ici à 2030, élevant la population mondiale à 8,5 milliards de personnes, selon des estimations de l'Onu. Les personnes âgées de plus de 60 ans constituent la tranche de la population qui croît le plus, un groupe qui devrait passer de 500 millions d'habitants à 1,4 milliard, en 2030.
Les personnes âgées ont plus de risques de développer des maladies chroniques, qui constituent de nos jours 63 % de l'ensemble des décès dans le monde. Selon l'Organisation mondiale de la santé, cette proportion atteindra 70 % au cours des dix prochaines années, la plupart des décès survenant dans des pays en développement. Chaque année, plus de 28 millions d'habitants meurent de maladies chroniques dans les pays à faible et à moyen revenus, ce qui représente près des trois quarts de l'ensemble des décès dus aux maladies chroniques dans le monde.
Les systèmes de santé dans les pays en développement sont déjà surchargés. Ils manquent souvent de médicaments, de ressources et d'un savoir-faire pour prendre en charge les patients souffrant de maladies chroniques, dont la situation peut nécessiter plusieurs années ou décennies de traitement. À titre d'exemple, il existe seulement quatre oncologues en Éthiopie, un pays qui compte quelque 97 millions d'habitants. En outre, un grand nombre de pays en développement est confronté à une double charge de maladies et doit mener simultanément un combat contre les maladies infectieuses comme le paludisme, la tuberculose et le VIH/sida.
Manifestement, des ressources supplémentaires seront nécessaires pour relever ces défis. Mais dans les remous de la crise financière mondiale, l'assistance au développement pour la santé des gouvernements et donateurs privés a atteint un plafond d'environ 35 milliards de dollars annuellement, après avoir connu une croissance supérieure à 11 % par an entre 2000 et 2010. Et moins de 2 % des fonds ont été redirigés vers la lutte contre des maladies chroniques.
La nature à long terme des maladies chroniques et la complexité de prodiguer de meilleurs traitements aux patients dans le monde en développement nécessitent des solutions novatrices. Les entreprises sont dotées des capacités et d'une envergure mondiale qui leur permettent de jouer un plus grand rôle dans la lutte contre les problèmes de santé publique et dans l'atteinte des Objectifs de développement durable.
Certaines entreprises commencent à explorer de nouveaux modèles « d'affaires à vocation sociale » qui permettront de combler les besoins des patients et de la société dans les pays en développement, tout en couvrant leurs coûts ou même réalisant de légers bénéfices. Des projets sociaux rentables sont financièrement autonomes et ont le potentiel de croître, profitant ainsi à un plus grand nombre d'habitants. Ils sont éventuellement un puissant complément aux dons philanthropiques, qui ont consolidé les progrès récents en santé publique.
La société que je représente, par exemple, lance une série de quinze médicaments essentiels au traitement de maladies comme le diabète, les maladies respiratoires, le cancer du sein, etc. Le but est de rendre ces médicaments accessibles aux personnes les moins nanties dans les pays en développement de manière à ce qu'ils coûtent aux systèmes de santé locaux 1 dollar par traitement par mois. Nous commencerons par le Kenya, le Vietnam et l'Éthiopie. C'est un petit pas en avant et nous en apprendrons davantage au cours du processus, sachant que l'objectif est d'étendre cette initiative à trente pays en quelques années.
Pour surmonter les nombreux obstacles au succès dans les pays à revenus faible et moyen, ces nouveaux types de projets commerciaux devront probablement explorer de nouvelles formes de collaboration entre les gouvernements, les organismes non gouvernementaux et les autres entreprises. Une telle collaboration a déjà démontré que le fait d'œuvrer en faisant fi des barrières traditionnelles, en utilisant des technologies de manière créative et en élaborant des solutions pragmatiques permet d'avoir des résultats impressionnants.
Assurer les soins de santé à tous les habitants de la planète constitue un grand défi. Il faudra faire preuve d'imagination, de coopération et de travail acharné. Une plus grande participation du secteur privé pourrait bien augmenter les chances d'y arriver d'ici à 2030.
© Project Syndicate, 2015. Traduit de l'anglais par Pierre Castegnier


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine