Liban

13 octobre 1990-15 octobre 2015 : un même objectif, deux contextes

Décryptage
09/10/2015

Selon toute vraisemblance, le gouvernement et le Parlement se dirigent vers des vacances de plus ou moins longue durée, avec une possible percée, la tenue d'un Conseil des ministres consacré à la crise des déchets. Les promesses faites par le courant du Futur au cours de la dernière séance de dialogue entre ses représentants et ceux du Hezbollah à Aïn el-Tiné, lundi soir, n'ont pas réussi à aplanir l'opposition farouche du ministre de la Défense, Samir Mokbel, et de ses nouveaux alliés dans le cadre du « Groupe consultatif », les Kataëb, à la promotion de trois ou six généraux pour qu'ils restent en service un an de plus. Qu'il s'agisse ou non d'une distribution des rôles, le résultat est le même. Le camp du 14 Mars dans toute sa diversité refuse de faire la moindre concession au général Michel Aoun et à son camp. Officiellement, l'argument des opposants à la promotion des officiers est que celle-ci porte un coup à la hiérarchie militaire et constitue par conséquent un préjudice à de nombreux officiers. C'est sans doute vrai. Mais le maintien en place du commandant en chef actuel, à deux reprises, ainsi que le report du départ à la retraite du chef d'état-major et du secrétaire général du Conseil supérieur de la défense ne sont pas non plus du meilleur effet pour le fonctionnement hiérarchique de l'armée, tout comme le rappel du chef des SR militaires après son passage à la retraite pour qu'il reste en fonctions. Preuve en est qu'un général a présenté un recours devant le Conseil d'État contre le maintien en place du général Jean Kahwagi en estimant qu'il porte préjudice à son propre avancement. Cela n'a pourtant pas empêché les mandats d'être prorogés, non seulement avec l'approbation, mais aussi à la demande du ministre de la Défense, qui n'y a vu aucun problème pour l'armée.

Pour les sources proches du CPL, il est clair que c'est le général Michel Aoun et son camp qui sont visés par le refus de faire passer la promotion des officiers. Par conséquent, le souci affiché de l'armée est tout à fait secondaire. Pourtant, Michel Aoun avait accepté de revoir à la baisse ses exigences en s'inclinant devant le maintien du général Kahwagi en fonctions, alors qu'il avait longtemps réclamé la désignation d'un nouveau commandant en chef de l'armée. Malgré ces concessions, le camp adverse, lui, a rejeté toutes les offres, confirmant les accusations portées contre lui par le CPL de vouloir briser politiquement Michel Aoun. Les partisans du général, qui commémorent ces jours-ci les événements du 13 octobre 1990, déclarent que la situation d'aujourd'hui ressemble par certains aspects à celle qui prévalait le 13 octobre 1990, au moins sur le plan d'une conjugaison d'efforts locaux, régionaux et internationaux pour défaire le général Aoun et le chasser du palais de Baabda.

Vingt-cinq ans plus tard, la même tentative se reproduit donc, avec la volonté claire de le tuer politiquement en refusant de le laisser réaliser le moindre acquis politique. Et curieusement, c'est un peu le même esprit qui règne, même si les noms ont quelque peu changé. Les partisans du général rappellent comment certaines personnalités politiques chrétiennes avaient pratiquement supplié les Syriens de lancer une opération militaire pour pousser Aoun à quitter le palais de Baabda, alors que d'autres ne s'étaient pas opposées à l'entrée militaire des Syriens dans les régions dites « est », juste pour pouvoir en finir avec Michel Aoun, ouvrant ainsi la voie et assurant une couverture chrétienne à une longue période de tutelle syrienne sur le Liban. Aujourd'hui, ces mêmes parties (qui sont devenues les chantres de la souveraineté), auxquelles d'autres se sont ajoutées, cherchent une nouvelle fois à isoler Michel Aoun et à le présenter comme un leader affaibli et en tout cas incapable d'obtenir le moindre acquis politique.

Mais, toujours selon les partisans du général, la situation de 1990 est différente de celle de 2015. Sur le plan régional et international, les paris de Michel Aoun se sont révélés plus réalistes que ceux de ses adversaires, depuis l'accord sur le nucléaire iranien entre la République islamique et la communauté internationale jusqu'au maintien en place du président syrien Bachar el-Assad en dépit des pronostics répétés sur sa chute émis depuis plus de quatre ans. L'axe international et régional, qui va de Moscou et passe par Téhéran, Bagdad, jusqu'à Damas, ne peut pas ignorer le Liban.
Sur le plan interne, Michel Aoun a un allié fort, le Hezbollah, et un réseau de relations non négligeable, sans parler de sa popularité qui devrait se préciser une nouvelle fois dans le cadre de la manifestation prévue dimanche. Ses adversaires peuvent donc l'empêcher de marquer des points politiques, mais ils ne peuvent pas pour autant élire un président sans lui, ni faire fonctionner les institutions publiques sans son aval ou sa participation. Il est donc pratiquement impossible de rééditer l'expérience de 1990, ni en misant sur le rapport des forces local ni en se basant sur le rapport des forces régional ou international. On voit mal en effet les troupes saoudiennes qui ont déjà du mal au Yémen venir au Liban pour y imposer une nouvelle équation...

Sur le plan strictement militaire, il reste que le départ à la retraite du général Chamel Roukoz est avant tout une perte pour l'armée, tant la popularité du chef des commandos est grande, dans toutes les communautés et dans tous les milieux, et tant son nom est lié aux victoires de l'armée contre les terroristes et contre les différentes milices. Quant à la polémique au sujet des promotions et aux décisions des prorogations militaires, elles ne font que fragiliser l'armée, au lieu de la renforcer, et elles en font plus que jamais une proie entre les mains de la classe politique... À un moment où le Liban a besoin de la vigilance de son armée face à la tempête qui frappe à ses frontières.

 

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Hitti arlette



. Chere scarlett. C est inoui que tout le monde se focalise sur l alliance du general avec le hezb .. Les 14 mars seraient ils seuls , les champions en matiere de la "non obedience " a un pays etranger , par exemple ?? Alors que saad hariri ( en dechdeche , vautré dans le giron des ben saoud ) et ses acolytes ne fonctionnent que par un signe du petit doigt d un de ces emirs de premiere classe de l arabie saoudite . C est l histoire de la poutre et la paille qui se reproduit regulierement .

Bery tus

le pire c'est que certain qui demande d'apprendre de la guerre, ne l'applique pas a sa propre personne .. allez apprendre la politique et surtout apprendre "le vivre ensemble"

ils ont pointer du doigt le maronitisme, le sunnitisme et maintenant le chiitisme !!

QUAND EST CE QUE VOUS ALLEZ COMPRENDRE QU'IL N'Y A PAS DE GROUPE PLUS FORT OU PLUS LIBANAIS QUE D'AUTRES ... SURTOUT POUR CEUX QUI SUIVENT LE WALLY EL FAKIH (QUI AU LIBAN NE VEUT ABSOLUMENT RIEN DIRE)

ET ENCORE UNE FOIS JE REPETE ASSAD N'EST PLUS RIEN, LA SYRIE N'EST PLUS RIEN dommage pour ce peuple !!

publier svp vous laissez des insultes etres publier alors publier cela merci !!

ON DIT QUOI ?

Qu'on se souvienne d'un temps que les moins de vingt ans ne connaissent pas , que l'on refasse la guerre du Liban qui avait commence par une intention de resistance a un envahisseur palestinien , que l'on constate que de guerre inter religieuse on a finit par comprendre que ce qui sous tendait cette guerre etait au final une affaire politique , vu les massacres inter chretiens aussi bien qu'inter mususlmans .

Desole de le dire , on s'est tous fait bai.e , tous les libanais sans exeptions de religions ou de couleurs politiques .

Mais entre temps , les syriens ne sont plus la , les israeliens ne sont plus la , on se retrouve entre nous libanais , pourquoi n'apprend on pas de nos experiences de bai.es chroniques cocus de l'histoire du monde ?

Il nous faut trouver des solutions idoines qui nous permettraient d'avancer comme le fait la resistance du hezb en ce moment sur les terroristes a nos frontieres et au dela .
Cette equipee a besoin d'un Phare , le Phare Aoun pour remettre le Liban enfin debarasse de ses antiques liaisons pour se reconstruire sur une nouvelle page. Contrairement que de suivre un huluberlu qui annonce la fin de tout , ca fait 4 ans et demi . Jaloux envieux .VA!

Salim Dahdah

Terrible tableau comparatif que vous brossez chère Madame,
D'un Général chantre du nationalisme libanais en 1990, il devient un "sous-produit" d'un axe régional étranger qui n'a que faire du Liban et encore moins des intérêts supérieurs des Chrétiens de ce pays...! Cette personnalité autrefois si considérée, est devenue malheureusement le principal artisan de la discorde interchrétienne, elle a vu son rôle se réduire de figure emblématique à celui de simple défenseur d'intérêts personnels, familiaux et claniques et plus triste encore, "d'éternel perdant" de toutes les causes qu'il a cherché à défendre ...!

Beauchard Jacques

Vu de Paris le 13 octobre 90 est comparable à celui d'aujourd'hui en ceci que tout demeure centré sur le général Aoun aux dépens de la vie des autres qu'il sacrifie aujourd'hui comme hier...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES DÉFAITES "DIVINES" SONT TOUJOURS CÉLÉBRÉES ! ATALNÉ... BASS WALLAHI DARABTOU KAFFFF !!!!!!!!!!!!!

Pierre Hadjigeorgiou

Ce qui reste des partisans du Général Aoun n'y peuvent plus rien, ni même ses alliés qui nagent tous dans la déconfiture. Marquez mes mots!!! Cela fais plus d'une semaine que les Russes bombardent, tout sauf l'EI, et l’armée de Bachar, a part l’hécatombe de chars qu'elle a subit n'a pas avancée encore d'un pouce. C'est le signe que les rebelles seront un bien plus gros morceau que le Hezbollah n'y pensait. De plus, Aoun n'a pas la stature d'un leader ni même une vision stratégique car si cela était, il aurait respecté l'accord fait en 2005 avec les FL qui lui ont donné, alors, les 75% des votes Chrétiens. Ça lui est monté a la tête malheureusement et comme toujours il a perdu le control de ses fait et dire. Pour finir, en 1990, le Général est celui qui a trahi et non pas les autres qui soit disant priaient les Syriens d'envahir les zones libres. C'est lui qui s'en est pris a la resistance Libanaise, c'est lui qui a détruit les zones Chrétiennes et pire avec l'aide des Syriens qui lui fournissaient armes et munitions, puis il les a laissé entrer. Hariri payait les salaires des militaires alors qu'avec les contributions du peuple, lui, il se remplissait les poches avant de fuir honteusement. A présent il s'en prend a Hariri? Il continue sa rengaine contre les FL qui l'ont soutenu par deux fois malgré sa politique et ses actions néfastes? Il est temps qu'il soit jugé par le tribunal militaire pour fuite et abandon de son poste devant l'ennemi!!! Avec son ami Lahoud bien sur!!!

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

Quant à la polémique au sujet de la promotion de cet autre beau-fils, elles ne fait que fragiliser l'armée, au lieu de la renforcer, et elle en fait plus que jamais une proie entre les mains de la "classe!" politique orange.... N'est-ce pas ?

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

En effet, les Niais, on voit mal les troupes syriennes qui ont déjà du mal chez eux, de même que leurs mercenaires libanais, revenir au Liban pour y imposer une nouvelle équation.... Mahééék ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL AVAIT DEGUERPI... UNE PREMIERE FOIS... EN 1990... CHASSE PAR SES ALLIES D,AUJOURD,HUI ! ALORS... [?]

Halim Abou Chacra

Madame Haddad, deux petites observations peut-être trop franches, mais devnues réellement nécessaires :
1-Ce refrain de conspiration locale, régionale et même mondiale contre le général Aoun, ça ne colle pas et est devenu bien ridicule.
2-On comprend votre sympathie pour le général. Mais permettez-moi de vous dire : allez lui enseigner comment faire de la politique. Il revient de l'exil, fait un revirement de 180 degrés, s'allie au parti iranien et devient le grand ami et allié du gang Assad, premier responsable de l'assassinat de Rafic Hariri et dont le plus grand désir est de faire exploser le Liban, comme l'épisode Michel Samaha l'a prouvé par a+b. Je m'arrête ici pour vous demander : comment voulez-vous, dans ces conditions, que le courant du Futur et les chrétiens du 14 Mars acceptent un tel candidat à la présidence de la République ? C'est tout. Faut-il des arguments de plus ?

Bery tus

je ne comprend pas, ca n'arrive qu'au liban qu'on commémore une defaite !! (si vous voulez pas accepter "une fuite"

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