À première vue, il n'y a pas de problème budgétaire aux États-Unis. Le déficit est en dessous de sa moyenne historique, et les dépenses discrétionnaires (c'est-à-dire hors sécurité sociale) sont maîtrisées. Mais ces chiffres rassurants ne disent rien de la bataille politique autour du budget. Le processus budgétaire requiert l'approbation de trois autorités différentes : la Chambre des représentants, le Sénat (où les règles de vote demandent un consensus assez large) et le président. Vu la complexité de l'affaire, il n'est pas si difficile que cela de faire dérailler les discussions. C'est ainsi qu'une minorité de républicains avait entraîné un shutdown du gouvernement en octobre 2013. Ils voudraient refaire le coup aujourd'hui. Fatigué des luttes internes, John Boehner, un républicain réputé plutôt modéré, abandonnera son poste de speaker de la Chambre à la fin du mois. Cette démission augmente le risque d'un accident budgétaire d'ici à la fin de l'année, car deux dates-butoirs arrivent : 1) le budget pour l'année fiscale 2015-16 doit être voté d'ici au 11 décembre ; 2) le Trésor ne pourra plus se financer sans une augmentation du plafond de la dette fédérale, quelque part entre la mi-novembre et la mi-décembre.
Un shutdown n'est pas la fin du monde. En 2013, certains services publics avaient fermé pendant 16 jours sans que les chiffres macro s'en ressentent. La croissance du T4 2013 était de 3.8 % l'an et 217 000 emplois par mois avaient été créés en moyenne. Mais tout autre est l'impact sur la confiance des investisseurs, des ménages ou des entreprises. De plus, il est inconcevable que la Fed monte ses taux durant un shutdown (la Fed restant ouverte). Ce serait ajouter l'incertitude monétaire à l'incertitude fiscale. La prochaine réunion du FOMC suivie d'une conférence de presse est le 16 décembre, cinq jours après la date-limite pour voter le budget... Pour éviter d'être prise en otage malgré elle, la Fed pourrait avancer la hausse de taux à la réunion d'octobre (et ajouter alors un point de presse). Pour l'instant, aucun membre du FOMC n'a tenté de guider les anticipations du marché dans cette direction.
Cet article est réalisé par Fidus

