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Culture - Rencontre

« Tout le monde est artiste... Je suis un artisan »

Simple. Humain. Profondément humain, Mauro Corda. Ses sculptures fusionnent matières et mouvements. Du grand art pour un maître de la technique qui reste farouchement modeste.

« Le mérou suspendu » de Mauro Corda. Photo Nasser Trabulsi

Rencontre au moment du déballage et de la mise en place des sculptures sous les spots de la galerie Mark Hachem, où Mauro Corda expose pour la seconde fois. Un questionnaire pas forcément dans l'enceinte de ce qui se donne à voir. Mais un peu autour de l'homme. Tout en tentant de percer le mystère de cette mobilité, de cette étincelle de vie qui anime des matières inertes.
Espadrilles, jeans et polo délavés pour un regard plein de vie sous des cheveux poivre et sel qui affrontent paisiblement une calvitie frontale. Une silhouette menue, presque fluette pour une cinquantaine (55 ans exactement) débordante de vitalité. Le sculpteur français a les réponses qui fusent comment l'éclair. Rapides, claires et tranchantes. Sans hésiter, comme les mouvements et la malléabilité des matières (toutes le fascinent) qu'il malaxe ou cisèle.
Hallucinants sont ces gymnastes et ces contorsionnistes dans leur souplesse, tout comme ce mérou géant à l'œil globuleux, aux branchies qu'on sent gonflées et aux nageoires dressées ; ce bouledogue massif à la gueule tombante comme un menton d'Al Capone ; ces délicates têtes chinoises d'une parité identifiée par une frémissante intériorité ; cet obèse ventru à moitié reflété dans les replis de sa chair tombante par un miroir ; ces visages et ces bustes de femmes nues vérolés par les balles, putride et mortifère impact de la guerre... Êtres étranges, entre vie et mort, et bestiaire presque hérissé qui échappent en toute éloquence aux doigts d'un sculpteur inspiré et au talent impressionnant.
Questions-réponses avec la sculpture au cœur...

Combien de sculptures et quelle matière pour cette expo ?
Une trentaine, de dimensions diverses. Je travaille avec la fonte de fer, l'aluminium, le bronze blanc, le bronze patiné, quelques résines (les ballons polychromes sur tiges) et de la céramique.

Quel était le thème de votre première sculpture ?
J'étais encore aux Beaux-Arts, c'était un portrait. Une copie en plâtre d'une sculpture antique grecque. Je ne l'ai pas conservée. Il y aurait tant de caisses si je devais tout garder d'une carrière de 40 ans déjà...

Qu'est-ce qui vous tente dans la sculpture ?
Cela concerne la vie. Un vécu avec la guerre et ses stigmates. L'esthétique de la femme, la contorsion... Mais j'ai revisité aussi les chefs-d'œuvre immortels à travers la série Insolite des nabots...

Qu'est-ce qui vous fascine chez la femme ?
La grâce. Il n'y a rien dans ses lignes qui perturbe. Vu que les femmes sont gracieuses, tout leur parle...
Y a-t-il un sculpteur qui vous fascine ?
Bien sûr, mais c'est si difficile d'y répondre. Avec l'âge, on aime tant de choses qu'on en oublie ou qu'on n'a plus en tête depuis le temps... Mais je peux dire Donatello, les sculptures grecques, le portrait romain, les sculptures romanes, le gothique, surtout allemand...

Avez-vous un hobby ?
J'en ai peu... Ou plutôt si : marier bonne chère et bon vin. Je suis un hédoniste, un épicurien. J'aime la poésie. Notamment celle de Victor Hugo, mais aussi de Baudelaire. Sensible aussi à Aragon, Ferré, Brel, Ferrat. Je suis un romantique, mais pas dans son sens galvaudé. En musique, j'ai beaucoup à dire en ce qui concerne les lieder de Schubert. Un piano, une voix et il y a brusquement tout...

Un souhait ?
Revenir souvent au Liban. J'aime beaucoup ce pays. Je m'y sens à l'aise. Je comprends sa manière de vivre et je suis fasciné par cette volonté de ne pas se laisser abattre.

Pouvez-vous définir votre art de la sculpture ?
Je dirais que c'est une sculpture honnête. Je n'ai pas essayé de cacher quelque chose par un artifice. Je me définirais volontiers comme artisan et non comme un artiste, tant tout le monde est artiste...

*L'exposition «Mouvement et matière» de Mauro Corda à la galerie Mark Hachem se prolongera jusqu'au 14 octobre.

Rencontre au moment du déballage et de la mise en place des sculptures sous les spots de la galerie Mark Hachem, où Mauro Corda expose pour la seconde fois. Un questionnaire pas forcément dans l'enceinte de ce qui se donne à voir. Mais un peu autour de l'homme. Tout en tentant de percer le mystère de cette mobilité, de cette étincelle de vie qui anime des matières inertes.Espadrilles, jeans et polo délavés pour un regard plein de vie sous des cheveux poivre et sel qui affrontent paisiblement une calvitie frontale. Une silhouette menue, presque fluette pour une cinquantaine (55 ans exactement) débordante de vitalité. Le sculpteur français a les réponses qui fusent comment l'éclair. Rapides, claires et tranchantes. Sans hésiter, comme les mouvements et la malléabilité des matières (toutes le fascinent) qu'il malaxe ou...
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