Le vrai dilemme

Mama Merkel !

C'est en ces termes affectueux que les Syriens admis dans l'eldorado allemand désignent celle qui, passant outre aux réticences de ses partenaires européens, a ouvert les vantaux du Vieux Continent aux réfugiés fuyant la guerre dans leur pays.


Il est vrai que la chancelière n'a pas tardé à refermer l'un des battants, durcissant sensiblement la politique d'accueil d'une Allemagne vieillissante et en quête de bras jeunes et vigoureux. Voilà qui n'empêchait guère son ministre des AE de rappeler hier encore, par un tonitruant bienvenue aux réfugiés clamé à partir de Paris, l'obligation de solidarité humaine qui est celle de l'Europe. Tout cela serait fort édifiant, en vérité, si seulement ... si seulement Angela Merkel, faisant une fois encore figure de locomotive, ne prônait soudain l'ouverture d'un dialogue avec Bachar el-Assad. Qui, en martyrisant son propre peuple, n'est autre, objectivement, que son principal fournisseur de réfugiés.


C'est pourtant autour de ce même paradoxe, pour ne pas dire ce dilemme, que tournent – à vide – les interventions, déclarations et réunions hors séance marquant l'actuelle Assemblée générale de l'Onu. Ce n'est pas seulement un dialogue planétaire avec le boucher de Damas que réclame Vladimir Poutine, mais la mise en place d'une vaste coalition visant exclusivement les hordes fanatisées de l'État islamique, solution doublement inacceptable pour Barack Obama.


D'une part, en effet, le plan russe n'a d'autre finalité que de remettre en selle Bachar el-Assad, éventualité qui fait se récrier Washington et ses alliés. D'autre part, et compte tenu de l'efficacité très limitée des frappes aériennes occidentales, que Moscou ne se fait pas faute de relever, un si ambitieux projet impliquerait fatalement l'intervention de forces terrestres ; or, si des centaines ou peut-être des milliers de militaires russes sont déjà sur place, un tel engrenage continue d'épouvanter les Occidentaux, qui n'ont pas mis de bottes au sol pour déboulonner Assad. Et qui le feront encore moins pour le repêcher.


C'est dire que pour notre pays frappé de plein fouet par les retombées de la crise syrienne, c'est plutôt de l'après-Assemblée de l'Onu, autrement dit de la concertation internationale appelée à traiter du problème des réfugiés, qu'il faut attendre et espérer du nouveau. Le Liban n'a ni avions d'attaque au sol ni pléthore de troupes ; en dépit de l'immixtion du Hezbollah dans la guerre de Syrie qui a fait voler en éclats sa politique officielle de neutralité, notre pays ne risque donc pas d'être sollicité par l'un ou l'autre des bâtisseurs de coalitions. Ce qu'a le Liban en revanche – et en désastreuse abondance –, c'est des réfugiés, des centaines de milliers de réfugiés, palestiniens de longue date et puis syriens fraîchement arrivés qui représentent plus du tiers de sa population : cas absolument unique dans le monde, pouvant s'avérer fatal pour un minuscule pays dont l'existence est tributaire, de surcroît, d'un délicat équilibre communautaire.
Daech ou alors Bachar ? Là n'est pas le véritable dilemme pour le Liban : c'est dans les misérables camps de réfugiés que se situe une interrogation non seulement morale et sociopolitique, mais proprement existentielle. Laisser, faute de moyens, se propager et se perpétuer la misère, c'est faire de ces camps des viviers de terroristes. Et une intégration à l'européenne étant exclue, les subventions internationales ne serviraient, en améliorant leur sort, qu'à fixer sur place ces malheureux, au nom d'un provisoire dont les Libanais, mieux que quiconque, savent combien il peut durer...


Les amis du Liban veulent-ils vraiment lui venir en aide ? Ce n'est plus désormais une simple question d'argent. Qu'ils prêtent donc l'oreille à l'avertissement que vient de lancer l'Autrichien Johannes Hahn, commissaire à l'Élargissement de l'Union européenne ; pour celui-ci, la prochaine grande vague de migrants ne pourra venir que de ce Liban fragile, instable, endetté et en butte au chômage : un mélange dangereux...


Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb


Mama Merkel !


C'est en ces termes affectueux que les Syriens admis dans l'eldorado allemand désignent celle qui, passant outre aux réticences de ses partenaires européens, a ouvert les vantaux du Vieux Continent aux réfugiés fuyant la guerre dans leur pays.



Il est vrai que la chancelière n'a pas tardé à refermer l'un des battants, durcissant...