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Nos lecteurs ont la parole - Mounir El-Khoury

S’indigner

« On peut être irrité à tort, on n'est indigné que lorsqu'on a raison. » (Hugo)
S'indigner devant ce spectacle de déchets et d'ordures qui polluent Beyrouth et sa banlieue. La pollution produite par les déchets déposés, d'une façon chaotique, dans différents endroits et sur les bords des routes, dans des points névralgiques, sous un soleil écrasant, depuis presque deux mois, laisse inhaler des substances dangereuses provenant de la décomposition de ces déchets. Pire encore, aux différents dépotoirs, à travers le territoire libanais et depuis des années, des milliers de tonnes de déchets domestiques et commerciaux, des déchets de démolition, des déchets cliniques, électroniques et industriels, dont beaucoup ne sont pas biodégradables, ne vont-ils pas contribuer à l'acidification du sol et de l'eau ?
Le Liban, château d'eau du Moyen-Orient, richesse enviable de nos « voisins difficiles », où l'eau potable et pure représente un facteur de première importance pour l'industrie libanaise, pollue et gaspille cette richesse ! La manière dont nous nous comportons est-elle concevable face à la demande qui dépasse l'offre durable, avec de graves conséquences à court et long terme ?
S'indigner de l'alimentation en courant électrique. Depuis quarante ans, le Liban souffre d'une pénurie de courant. Des milliards de dollars ont été dépensés du Trésor public, et la situation, déjà si pitoyable, ne s'est vu qu'empirer ! Pourtant, 20 % du déficit annuel est avalé par ce secteur et les résultats sont dégradants !
S'indigner de la corruption qui sévit. On ne veut pas croire que « les hommes sont tous pareils, enragés de vice et de corruption ». L'honnêteté, la droiture, la dignité personnelle sont par conséquent nationales et forment encore les assises principales d'une vaste couche de la population libanaise. N'existe-t-il pas encore des gens pour lesquels on peut accorder une considération admirative en raison de la valeur qu'on leur reconnaît et qui méritent qu'on se conduise à leur égard eux avec respect, réserve et retenue ? Il est aberrant de qualifier toute la classe politique de corrompue. En revanche, il faut avouer que le pourrissement a atteint divers secteurs et se répand d'une façon spectaculaire pour atteindre même le privé, pourvu qu'il n'atteigne pas plus tard l'hydrocarbure ! N'assistons-nous pas depuis des années, au fil de la succession d'hommes politiques aux divers postes, comment ils se sont concurrencés, débattus même, pour y accéder, non pas comme leur devoir l'exige au service de leurs concitoyens, mais comme à « la ruée vers l'or » ?
Les Libanais, depuis plus de seize mois, réclament l'élection d'un chef de l'État !
Il est inconcevable, après la vacance présidentielle en mai 2014, que ce poste-clé du triumvirat libanais soit vacant !
Conjoncture régionale ou conjoncture internationale influencent la classe politique libanaise, dira-t-on ? ! Raison de plus pour s'indigner. Nos représentants au Parlement qui ont renouvelé à deux reprises leur mandat n'arrivent pas à élire pour la 28e fois, faute de quorum, le président de la République ! ? Ne serait-ce pas ici une humiliation pour tous les Libanais ?
Une population de soit quatre millions d'âmes, qui s'enorgueillit d'être la pionnière de la liberté, la justice et la démocratie dans cette partie du monde, dont ses représentants échouent à faire preuve de dignité nationale ! Le Liban, un coin du Proche-Orient, sur les côtes orientales de la Méditerranée, qui se qualifie d'un phare qui éveille les esprits depuis deux siècles, n'arrive pas à élire son propre président. Depuis quelques jours, David Hale, l'ambassadeur des États-Unis d'Amérique, en sortant du Sérail, après avoir rencontré le Premier ministre Tammam Salam, déclarait que « le Liban et les États-Unis d'Amérique sont égaux et vont de pair dans leur attachement et l'application de la liberté, de la démocratie, entre autres l'élection d'un président ».
Les jeunes Libanais s'indignent de l'état des choses. Déchets et ordures, pollution de l'air et de l'eau, pénurie grave du courant électrique, une corruption semblable à un fléau qui ravage et dévaste la morale et les esprits, un chômage accentué, une situation politique alarmante et, enfin et surtout, un État sans président. Devant ces faits, ils déclarent que la classe politique a fait faillite, ils sont déçus. Leur réaction pacifiste, par le biais, entre autres, du collectif « Vous puez ! » et à travers leur mouvement social, entraîne une grogne populaire et par conséquent un cri d'alarme.
En effet, quand notre environnement devient désordonné, chaotique ou chargé de pollution aérienne visuelle et auditive, quand la sensation d'asphyxie, produite par l'entassement des déchets dans les rues et en bordure des lieux d'habitation, quand commence l'apparition de la diarrhée et du choléra, pourquoi les responsables font la sourde oreille ? Ne sont-ils pas conscients de l'avenir des générations futures ? Ne voient-ils pas qu'il est indispensable de réaliser ce qui est en jeu et que c'est la propre dignité de tous les Libanais ?
Les hommes politiques sont aussi conscients que dans toute société humaine, « l'absence de légitimité est une forme d'apesanteur qui dérègle tous les comportements ». Quand l'autorité, les institutions, les personnalités ne peuvent se prévaloir d'une réelle crédibilité morale, quand les politiciens, par leur comportement, arrivent à influencer les hommes à croire que le monde est une jungle où règne la loi du plus fort et où tous les coups sont permis, ne contribuent-ils pas à dériver leur patrie vers la violence meurtrière, la tyrannie et le chaos ? Comment veulent-ils maintenir un minimum de tissu social pour que survivent ces valeurs si essentielles et si fragiles qui ont pour nom liberté, démocratie, progrès ou bonheur ?
Devant ces cris d'alarme, et loin de tout communautarisme, confessionnalisme et mouvance politique, pourquoi les députés de la nation ne se lancent pas un appel imminent, un appel historique à une réunion dépêchée au sein de l'hémicycle pour élire un président de la République libanaise ? Rappelons-nous de l'une des clauses du Congrès américain : « Quand il n'y a pas assez de sénateurs présents au Congrès américain, le quorum n'est pas atteint et aucune loi ne peut être votée. Le chef de la majorité peut alors faire voter une motion exigeant la présence de tous. Si les absents continuent de refuser de se rendre au Congrès, ils sont mis en état d'arrestation et emmenés de force. »
Nos députés répondront-ils à l'appel de la majorité des Libanais ? Agiront-ils en face des Libanais, qui lui ont fait confiance, pour être solidaires avec eux ? Penseront-ils aux enfants des familles libanaises qui s'acharnent, ici et à l'étranger, pour se frayer un chemin afin de pouvoir se lancer dans la vie ? Que font nos représentants pour consolider la fameuse formule libanaise de vivre-ensemble ? Et pour vivre ensemble, ne faut-il pas qu'on se respecte ? Sont-ils conscients du sentiment d'indignité de leurs concitoyens ? Avoueront-ils que leurs compatriotes sont indignés parce qu'ils ont raison ?

Mounir EL-KHOURY
UL

« On peut être irrité à tort, on n'est indigné que lorsqu'on a raison. » (Hugo)S'indigner devant ce spectacle de déchets et d'ordures qui polluent Beyrouth et sa banlieue. La pollution produite par les déchets déposés, d'une façon chaotique, dans différents endroits et sur les bords des routes, dans des points névralgiques, sous un soleil écrasant, depuis presque deux mois, laisse inhaler des substances dangereuses provenant de la décomposition de ces déchets. Pire encore, aux différents dépotoirs, à travers le territoire libanais et depuis des années, des milliers de tonnes de déchets domestiques et commerciaux, des déchets de démolition, des déchets cliniques, électroniques et industriels, dont beaucoup ne sont pas biodégradables, ne vont-ils pas contribuer à l'acidification du sol et de l'eau ?Le Liban,...
commentaires (1)

Merci pour cet article cible,vrai,objectif,reel,,,pauvre Liban...

Soeur Yvette

16 h 31, le 24 septembre 2015

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  • Merci pour cet article cible,vrai,objectif,reel,,,pauvre Liban...

    Soeur Yvette

    16 h 31, le 24 septembre 2015

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