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Nos lecteurs ont la parole - Nay Ghanem

Lettre ouverte à Antoine Ghanem...

Ce soir, j'ai le cœur lourd, mais je franchis les murs du silence par cette lettre. La parole m'intimide toujours. Il est réconfortant que certains sentiments soient immuables.
Ce soir, je me confie à toi qui ne me juges jamais. Un peu par courage, un peu par couardise, un peu par peur, un peu par fatigue. Ce soir, je n'économise pas les mots, je ne contrôle pas les sentiments.
Ce soir, le temps me replace délibérément face à toi, et pourtant, nombreux sont les incidents et les évènements qui ont bousculé et rythmé nos vies. Pardonne-nous de marcher fermement dans ce monde qui va trop vite. Nous n'avons pas le luxe de nous arrêter souvent. Le combat de la vie l'exige. Je sais que tu comprends. Mais la nuit a parfois le génie de baisser les barrières et d'arrêter le cours du temps. Crains-tu ce moment de vérité ?
Tu sais, je t'en voulais tellement d'être parti rapidement et en silence. Tu as eu raison. Dans des moments pareils, le moindre mot sonne faux.
Ce soir, j'avoue que nos sentiments sont encore indémêlables. Huit ans n'ont pas suffi pour apprivoiser l'idée que tu n'es plus parmi nous. Nous gérons l'imperfection et l'absurde sans toi. À tes côtés, nous n'étions que des enfants ou nous regardions la vie avec un regard d'enfant. Donne-nous tes yeux qui ne perdaient pas espoir en l'humanité. Apprends-nous à aimer, à donner, à pardonner, à nous surpasser.
Ce soir, toutes mes pensées reviennent vers toi. Institutionnaliste, tu as voulu changer du dedans sans que le jeu des politiciens n'ébranle ton éthique, et tu as assuré en toutes circonstances. Ta conscience élégante guidait tes actions. La nuance de tes paroles était sincère.
Ce soir, j'ai honte de t'avouer que les polémiques s'amplifient sur nos droits les plus élémentaires. Les choix qui s'offrent à nous ne sont pas des choix offerts à des hommes libres. Choisir entre un terrorisme et un terrorisme n'est pas un choix. Coexister avec des milices n'est pas un choix. Regarder la chose publique gérée sans audit ni responsabilité comme une propriété privée n'est pas un choix. Soumettre les institutions à l'humeur et aux caprices de certains n'est pas un choix. Adopter la complaisance face à la corruption n'est pas un choix. Applaudir les « népotistes » alors que les meilleurs parmi nous s'exilent n'est pas un choix. Mais en dépit de tout cela, nous attendons encore que justice soit faite dans le dossier de ton assassinat politique, non pas par haine ni par rancune, mais justement par amour. Parce que, dans l'échelle des priorités, la justice passe en premier, et si la justice va bien, tout va bien. Et si la complexité de la donne est actuellement injuste, aide-nous à la renverser en demeurant justes nous-mêmes.
Nous sommes au point du non-retour. Mais ce soir, j'accepte de brûler mes yeux comme Orphée en regardant derrière, là où il ne faut pas. Ce soir, je donnerai tout pour croiser ton regard un instant et j'assume pleinement ce moment de vérité... Dis-moi, redoutes-tu cet instant ?

Ce soir, j'ai le cœur lourd, mais je franchis les murs du silence par cette lettre. La parole m'intimide toujours. Il est réconfortant que certains sentiments soient immuables.Ce soir, je me confie à toi qui ne me juges jamais. Un peu par courage, un peu par couardise, un peu par peur, un peu par fatigue. Ce soir, je n'économise pas les mots, je ne contrôle pas les sentiments.Ce soir, le temps me replace délibérément face à toi, et pourtant, nombreux sont les incidents et les évènements qui ont bousculé et rythmé nos vies. Pardonne-nous de marcher fermement dans ce monde qui va trop vite. Nous n'avons pas le luxe de nous arrêter souvent. Le combat de la vie l'exige. Je sais que tu comprends. Mais la nuit a parfois le génie de baisser les barrières et d'arrêter le cours du temps. Crains-tu ce moment de vérité ?Tu sais,...
commentaires (1)

excellent !!! magnifique !! les mots sont brûlants et la blessure saigne encore d'amour certainement mais de frustration devant une justice qui n'arrive pas . très beau texte

matta charbel

14 h 34, le 18 septembre 2015

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Commentaires (1)

  • excellent !!! magnifique !! les mots sont brûlants et la blessure saigne encore d'amour certainement mais de frustration devant une justice qui n'arrive pas . très beau texte

    matta charbel

    14 h 34, le 18 septembre 2015

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