Antoine Oweiss, fournisseur de drapeaux depuis vingt ans.
Antoine Oweiss, enseignant à la retraite et propriétaire d'une librairie à Dekouané, a commencé à confectionner et vendre des drapeaux durant les années quatre-vingt-dix. « Ça a commencé avec un drapeau de l'équipe de basket-ball, La Sagesse. J'ai toujours été leur fan, explique-t-il. Le premier drapeau, je l'ai fabriqué pour mon propre plaisir. Et ensuite je me suis dit que je pourrais en faire un commerce. »
Antoine Oweiss commence donc par le sport, avec son frère Geryès, décédé il y a deux ans. Au début, le travail est artisanal. Il confectionne parfois lui-même les drapeaux. Un commerçant voisin lui coupe le tissu et lui colle les pièces au silicone. « J'étais parmi les premiers à fabriquer des drapeaux sans les coudre, en n'utilisant que du silicone. L'affaire était simple pour les drapeaux n'ayant pas de dessins ou de logo, comme c'est le cas du drapeau blanc et vert de La Sagesse », explique-t-il.
Durant les années quatre-vingt-dix, Antoine Oweiss vend aussi des drapeaux du Sporting Club, le rival sans conteste du club La Sagesse. Il n'a pas d'états d'âme. « Le sport c'est le sport. Il faut bien avoir l'esprit sportif ! » dit-il.
En 1998, lors de la Coupe du monde de football, il commence à vendre des drapeaux des pays en compétition : l'Allemagne, la France, l'Italie et tout autre pays dont le drapeau ne nécessite pas l'impression d'un dessin ou d'un logo, comme c'est le cas notamment pour le Brésil et l'Argentine.
C'est petit à petit qu'il se lance dans les drapeaux des partis politiques et qu'il couvre aussi les événements religieux chrétiens.
À la longue, il ne se contente plus de vendre des drapeaux mais propose aussi des foulards, des T-shirts, des casquettes, des pins, en ajoutant les bougies pour les occasions religieuses.
Il traite avec une imprimerie au Metn, mais aussi avec une autre à Raml el-Aali, dans la banlieue sud de Beyrouth. D'ailleurs, c'est là qu'une grande partie des drapeaux, banderoles, foulards, casquettes et pins de la révolution du Cèdre ont été confectionnés.
Aujourd'hui, la plupart des drapeaux du Liban vendus dans les manifestations viennent de Chine. « Parfois je les commande moi-même via Internet et parfois je les achète auprès des grossistes », indique-t-il. « J'ai été arrêté une fois, toute une journée, lors d'une messe pour les martyrs des Forces libanaises à Mayfouk », raconte-t-il. La police avait effectué ce jour-là une rafle auprès des militants FL présents à la messe. À cette époque, la Syrie occupait toujours le Liban, et Samir Geagea, le chef des Forces libanaises, était en prison. « On m'a arrêté parce que je vendais des drapeaux du parti et des bannières des Sadem (nom donné à ses unités de commando). J'ai passé la journée à la gendarmerie de Jounieh. À l'époque, pour moi, vendre des drapeaux des Forces libanaises était une forme de défi », dit-il.
Record battu le 14 mars 2005
Maronite originaire de Tabarja, dans le Kesrouan, Antoine a ses propres convictions politiques, même s'il a vendu des drapeaux aussi bien aux partisans du 8 Mars que du 14 Mars. Il dit être proche du PNL, que sa mère est de la famille Geagea et qu'il a une aversion pour le Courant patriotique libre.
Des événements sportifs, Antoine Oweiss est donc passé aux manifestations politiques. C'est ainsi qu'il a parcouru tout le Liban, notamment le Sud et la Békaa.
« En 2000, comme je traitais avec l'imprimerie de Raml el-Aali, j'ai su que les Israéliens ne tarderaient pas à partir. Quarante-huit heures après le retrait (25 mai), j'étais en train de vendre des drapeaux du Hezbollah sur l'autoroute de Naamé, à la prison de Khiam, à la porte de Fatmé et à Tallet Nhas (à la frontière avec Israël) ensuite. J'ai vendu des drapeaux du Hezbollah, ainsi que des bandeaux de toutes les couleurs du parti. Jamais personne ne m'a fait une remarque désobligeante. J'ai ainsi découvert la bonté des habitants du Sud », dit-il. À d'autres occasions, il découvrira Baalbeck et Nabatiyeh.
« Pour la canonisation de Rafqa en 2001, je suis resté un mois dans la rue, à Jrebta (caza du Batroun), à proximité du couvent qui abrite son corps », se souvient-il.
Il était également présent, vendant des drapeaux du Liban et du Vatican, sur la route de Bkerké, lors du retour triomphal de l'ancien patriarche maronite Nasrallah Sfeir des États-Unis, également en 2001.
Mais c'est le 14 mars 2005 qu'il bat son record des ventes. « J'avais un stand à la place Sassine et un autre au centre-ville. Entre le 13 et le 15 mars, j'ai vendu 10 000 drapeaux du Liban », raconte-t-il.
« En 20 ans, j'ai imprimé les drapeaux de tous les partis politiques, sauf ceux du PSNS et du PSP », dit-il. Ce n'est pas qu'il a une aversion pour ces partis, mais il lui semble que leur direction n'aime pas que des tiers impriment et vendent leurs emblèmes.
Y a-t-il des manifestations où il n'aime pas être présent? « Parfois, c'est mal organisé, comme c'était le cas lors de la dernière manifestation du CPL. À chaque bout de champ, quelqu'un venait pour me dire de changer de place. Et parfois aussi, je sens le danger, d'éventuelles confrontations entre les manifestants et la police. Je m'en vais... »
« Les aounistes m'en ont voulu à un moment. C'était lors des dernières élections législatives. J'étais à mon stand à la place Sassine. Juste après les résultats, j'ai dit à un journaliste que j'allais mettre les drapeaux orange au dépôt. Ça ne leur a pas plu. Mais que voulez-vous que je fasse des drapeaux des perdants ? C'est invendable! » s'exclame-t-il.
Sa manifestation préférée? « Celle du 14 Mars 2005 et toutes celles qui l'ont précédée. C'est comme si mon travail prenait vraiment un sens. Nous étions contents de travailler. Nous avions une cause et nous avons réussi à chasser les Syriens », dit-il, avant de noter : « Le mouvement du 14 Mars nous a vraiment déçus. »
À partir du 29 août dernier, Antoine Oweiss s'est mis au diapason des manifestations du collectif « Vous Puez ! ». « Les demandes de ces jeunes sont les nôtres. Ils devraient obtenir satisfaction. Mais ils devraient aussi s'organiser mieux, bien fixer leurs demandes et surtout ne pas appeler à l'impossible », prévient-il.
Antoine Oweiss ne se contente pas de travailler dans sa librairie et de vendre des drapeaux. Il écrit régulièrement des opinions dans les colonnes du quotidien al-Joumhouriya.
Antoine Oweiss commence donc par le sport, avec son frère Geryès, décédé il y a deux ans. Au début, le travail est artisanal. Il confectionne parfois lui-même les drapeaux. Un commerçant voisin lui coupe le tissu et lui colle les pièces au silicone. « J'étais parmi les premiers à fabriquer des drapeaux sans les coudre, en n'utilisant que du silicone. L'affaire était simple pour les drapeaux n'ayant...


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