Beyrouth a déjà captivé le regard et les sens de Jean-Pierre Roc-Roussey. Photos Michel Sayegh
Beyrouth a déjà captivé le regard et les sens de Jean-Pierre Roc-Roussey. De son hôtel du centre-ville, il mesure le matin l'étendue et la profondeur de la séduction de la capitale libanaise, tout en confessant déjà son goût pour la finesse de sa gastronomie. Poulain de la galerie Opéra depuis 2000, l'artiste, qui a exposé déjà aux quatre points cardinaux, apporte à notre ville aujourd'hui défigurée, en colère, en révolte, en éruption, en dysfonctionnement et en détresse, un tonique vent de nonchalance, de paresse, de sensualité, d'humanité heureuse de vivre, d'harmonie violente, de désirs inassouvis, de rêve nervalien ou baudelairien, une inaliénable part de beauté. Quant la tête est ailleurs et en un bénéfique contre-courant au mal d'être et de vivre, il s'agit là de toute évidence de « cette beauté indispensable » à tout quotidien, pour se placer à l'ombrelle de Dostoïevski.
Pour mieux avoir la clef de ses toiles comme échappées d'estampes japonaises, gorgées de la vie des hétaïres, des princesses d'amour, des gynécées et des harems, la parole est à l'artiste. Rangers d'été aux pieds, jeans ufo à coutures visibles, tee-shirt noir, gourmettes en crins tressés aux poignets, barbe rousse un peu en broussaille, cheveux plaqués au front à la César, yeux bleu clair comme fond d'océan, à 64 ans, ce Normand de 1 m 83 qui a son actif plus de 600 toiles (« débit plutôt parcimonieux », dit-il) a la voix grave et la confidence souple. Tour d'horizon en quelques questions (in)discrètes...
Quel était le thème de votre première toile ?
J'avais dix-sept ans. C'était le portrait d'un homme sur la côte d'azur. Superbe barbe blanche, chapeau de paille, veste de lin. Probablement je voulais ainsi voir ma propre avancée en âge.
Comment vous définissez-vous en tant que peintre ?
Figuratif, bien sûr. De figure, presque ! Pour moi, c'est la peinture pour la peinture. Le graphisme joue un grand rôle. Je suis un orientaliste du moment. L'Orient revient sous mon pinceau et dans mes dessins. J'en aime les costumes, les couleurs, l'architecture... Mais j'ai déjà exploré plusieurs autres thèmes : la décadence, la destruction, la déréliction, les femmes samouraïs...
Comment naît un tableau, selon vous ?
Il n'y a pas de règle. Je griffonne beaucoup. À partir d'un croquis, simple et sommaire, une série d'images alors affleure.
Quel est votre rapport à la couleur, au matériel et aux matériaux ?
Je varie les couleurs mais il y en a toujours qui se transforment en ton dominant. Bleu indigo, rouge vif, en général, mais aussi l'or. J'emploie aussi bien l'acrylique que des médiums, de la colle, de l'huile et des pigments que je dilue souvent selon mon besoin ou mon désir pour obtenir l'effet souhaité...
Appartenez-vous à une école picturale ? Quelles sont vos références ?
J'aime la peinture des années 30. Ma peinture pourrait avoir des similitudes avec Gustav Klimt. Des bouts d'étoffe imprimée, les têtes en haut ou en coin des toiles, jaillissantes, penchées, droites ou iconiques. Mais aussi l'inspiration venue de la Renaissance, des critères de la civilisation et l'art grecs. Mais tout cela reste une arrière-pensée. Car moins je réfléchis, mieux je suis ! C'est ça le déclic de l'inspiration: un ange posé sur l'épaule.
Quels sont vos projets d'avenir ?
Je crois que je me dirige vers les Indiens de l'Amérique du Nord. Les paysages, les femmes, les colliers faits de coraux, les plumes...
L'exposition « Turbans et Kimonos » de Jean-Pierre Roc-Roussey à la galerie Opéra (94-Avenue Foch) se prolonge jusqu'au 1er octobre prochain.
---
Capiteux et flamboyant univers féminin
Rêves de sultanes, de courtisanes, de favorites, d'amantes, de geishas où, comme pour des fleurs du mal baudelairiennes, abondent d'un parfum capiteux.
Une vingtaine de mégatoiles foisonnantes de détails précieux, de draperies soyeuses, de gazes transparentes, de bijoux tintinnabulants, de corps alanguis ou en transe, de chevelures défaites comme des vagues démontées... C'est l'univers voluptueux de l'artiste exposé à la galerie Opéra.
Luxure et raffinement d'un monde féminin indolemment voué aux plaisirs de la chair. Rêves de sultanes, de courtisanes, de favorites, d'amantes, de geishas où, comme pour des fleurs du mal baudelairiennes, abondent parfum, érotisme vénéneux, bouches carnassières, pupilles vampiriques, séduction faite de poses lascives et concupiscentes...
Des toiles qui explosent dans l'ondoiement du mouvement, la brillance des dorures, l'éclat des motifs ramagés où les dragons crachent du feu, le faste d'une architecture libre et savamment équilibrée. Un brin de Klimt sans doute mais aussi le saphisme des deux amies de Courbet ainsi que le sinueux trait d'Aubrey Beardsley, illustrant la Salomé d'Oscar Wilde... Un adroit mélange de genre pour une fantasia composée de fluidité et de brusquerie, de servitude sublime et de domination sans cruauté, d'une fusion de corps, de visages, de calligraphies, de tissus, d'ornementation. Une extravaganza ultrapoétique, d'une somptueuse beauté visuelle.


Trump maintient que le cessez-le-feu est « terminé » mais accepte de parler avec l'Iran