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Nos lecteurs ont la parole - Youssef Mouawad

La génération ONG...

...Ou plus précisément la génération Antoine Messara !
Mais qui sont ces jeunes qui ont envahi nos places publiques et pris d'assaut nos ministères ? Qui sont « ces damoiseaux et ces jeunettes » qui ont bouleversé nos habitudes et converti les sceptiques à la vertu de protester et de battre l'estrade ? On les a accusés, vite fait, bien fait, d'être les jouets d'ambassades alors qu'ils ne font qu'appliquer les techniques de Gene Sharp*. On continue de dire qu'ils sont manipulés par d'obscures forces qui vont bientôt révéler leurs manigances. Tactique bien rodée : on incrimine les manifestants, quand on n'est pas de leur bord. Les accusations fusent alors, et on leur attribue des intentions malveillantes. C'est que les bien-pensants n'arrivent pas s'expliquer ce qui arrive ; ils doivent impérativement discréditer ce mouvement (qu'on dit hirak) qui a réussi un parcours sans faute.
Nos insurgés sans violence ont osé s'attaquer à la classe politique, toutes confessions confondues. Au moment précis où les leaders traditionnels négociaient leurs parts du gâteau, ils ont transcendé la ligne de clivage entre le huit et le quatorze Mars, pour scander : « Assez, c'est assez. » Ils auraient parlé de table rase s'ils avaient été des révolutionnaires. Mais non, on n'a pas affaire comme en 1975 à des miliciens palestino-progressistes ou chrétiens conservateurs, comme les désignaient péremptoirement certains organes de presse occidentaux. Un autre environnement mental prévaut enfin sur les espaces publics de notre république précaire ! On y reconnaît la générosité d'une gauche idéelle alliée aux techniques occidentales (ou américaines) de la non-violence.
« Que les temps sont changés ! » Antoine Messara et sa paix durable, Saad Edine Ibrahim** et son engagement civique l'ont emporté sur Che Guevara et Cohn-Bendit, sur leurs mitrailleuses et leurs barricades. La violence est passée à la trappe, elle n'est plus un outil légitime de prise des pouvoirs. À l'époque du Komintern et du Kominform, on pratiquait subversion et noyautage, purges et liquidations. En l'an de grâce 2015, on invoque la société civile et la règle de droit. La bourgeoisie a-t-elle emporté la manche du moment que l'on ne célèbre plus la lutte des classes ?
Depuis l'instauration du régime issu de l'accord de Taëf qui a coïncidé avec la chute du mur de Berlin, les ONG internationales ont lancé au Liban un vaste chantier d'éducation politique à l'usage des adultes. L'objectif était d'amener les élites universitaires et autres agents du changement à régler les problèmes à l'amiable et dans la concertation. L'Union européenne, les stiftungs allemands, le Freedom House et le NED*** américains, etc. ont financé d'ambitieuses plates-formes de débat. Leurs projets portaient sur la formation aux pratiques démocratiques et citoyennes, sur la « bonne gouvernance », sur la promotion des droits de l'homme et de la femme. À l'opposé de leurs lointains aînés qui auraient été des militants de la gauche prolétarienne, nos jeunes gens ont choisi d'être des « social workers » et des activistes civils. Ils utilisent un jargon bien à eux et des termes anglo-saxons comme « empowerment, networking, impact assessment, aid effectiveness, advocacy, clustering ». C'est vous dire leur « aliénation » dans le monde de la magouille qu'est le nôtre. C'est vous dire leur aversion pour nos détritus et nos corrompus !
Au ministère de l'Environnement, les occupants ont refusé de quitter les lieux autrement que bousculés par la force publique ou que menottés. Cela a fait exploser l'audimat ! Et c'est encore un truc de Gene Sharp... Mais la prédilection de nos réfractaires pour les évacuations forcées n'en fait pas une cinquième colonne télécommandée par d'hostiles chancelleries.
Qu'on se le dise : la génération ONG n'est pas à la solde de l'étranger !

 

*Maître à penser de la révolution non violente. Son manuel a, semble-t-il, inspiré le printemps égyptien. Il a été accusé d'être un agent de la CIA.
**Fondateur du « Ibn Khaldun Center for Development Studies » au Caire. Son activisme le mène en prison sous le régime de Hosni Moubarak.
***National Endowment for Democracy, institution financée par le Congrès américain.

...Ou plus précisément la génération Antoine Messara !Mais qui sont ces jeunes qui ont envahi nos places publiques et pris d'assaut nos ministères ? Qui sont « ces damoiseaux et ces jeunettes » qui ont bouleversé nos habitudes et converti les sceptiques à la vertu de protester et de battre l'estrade ? On les a accusés, vite fait, bien fait, d'être les jouets d'ambassades alors qu'ils ne font qu'appliquer les techniques de Gene Sharp*. On continue de dire qu'ils sont manipulés par d'obscures forces qui vont bientôt révéler leurs manigances. Tactique bien rodée : on incrimine les manifestants, quand on n'est pas de leur bord. Les accusations fusent alors, et on leur attribue des intentions malveillantes. C'est que les bien-pensants n'arrivent pas s'expliquer ce qui arrive ; ils doivent impérativement discréditer ce...
commentaires (4)

http://www.lorientlejour.com/article/944547/la-generation-ong.html Antoine Messarra est un ami de longue date et je suis d'accord avec Youssef Moawad. Les jeunes protestaires en ont simplement ras le bol d'etre les "dindons de la farce".Il existe cependant un grand probleme a resoudre pour que ces jeunes deviennent "productifs".Il faut qu'ils deviennent "fully knowldegeable"cad entierement eclaires.C'est pourquoi ils ont besoin de beaucoup d'informations. Les vraies et non pas celles que l'on filtre et concocte avant de les leur donner. C'est pourquoi notre NGO a adopte la devise: "informer avant de reformer et planifier avant de pratiquer"

George Sabat

18 h 15, le 16 septembre 2015

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Commentaires (4)

  • http://www.lorientlejour.com/article/944547/la-generation-ong.html Antoine Messarra est un ami de longue date et je suis d'accord avec Youssef Moawad. Les jeunes protestaires en ont simplement ras le bol d'etre les "dindons de la farce".Il existe cependant un grand probleme a resoudre pour que ces jeunes deviennent "productifs".Il faut qu'ils deviennent "fully knowldegeable"cad entierement eclaires.C'est pourquoi ils ont besoin de beaucoup d'informations. Les vraies et non pas celles que l'on filtre et concocte avant de les leur donner. C'est pourquoi notre NGO a adopte la devise: "informer avant de reformer et planifier avant de pratiquer"

    George Sabat

    18 h 15, le 16 septembre 2015

  • IL Y A LES VRAIS... ET IL Y A LES MANIPULÉS... MAIS PARMI LES VRAIS IL Y A TOUJOURS DES INFILTRÉS MANIPULÉS...

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 43, le 16 septembre 2015

  • Enfon une analyse intelligente d un mouvement autentique pousse par le degout d etre considere negligeable par des dirrigeants incapable ou simplement cupides en esperant que ces "jeunes"soient soutenus par la majorite silencieuse pour arriver a leurs buts.

    Dolly Talhame

    08 h 10, le 16 septembre 2015

  • "Qu'on se le dise : la génération ONG n'est pas à la solde de l'étranger !". Merci pour eux, M. Mouawad !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    03 h 34, le 16 septembre 2015

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