Aujourd'hui avant demain. Même si les vieux nous disent qu'il n'y a rien à faire et que rien ne peut changer. Même si l'absence de président, même si la guerre en Syrie, même si l'entente américano-iranienne, même si la Russie... Même si !
Indignons-nous ! Que cette frustration qui ne nous lâche pas depuis plus de 40 ans explose face au Sérail et face au Parlement. Plutôt que de s'insulter mutuellement à un carrefour, ou de se marcher dessus dans une file de boulangerie. Que ces coups de matraque, reçus par des manifestants pour avoir exigé du gouvernement qu'il prenne ses responsabilités les plus basiques, se transforment en coup de filet. La solution n'est peut-être pas idéale, mais elle ne peut plus attendre.
1. L'armée force les membres du Parlement à se réunir pour la tenue de l'élection présidentielle, avec interdiction de sortir du Parlement sans président. Ça ne peut quand même pas être plus dur que d'élire un pape... Dans la foulée, on change la loi électorale.
2. Le nouveau président temporaire – puisque élu par un Parlement qui s'est autoprorogé – accepte la démission du gouvernement qui ne serait plus responsable que de l'organisation et de la tenue des nouvelles législatives, et naturellement de trouver une solution immédiate, même temporaire, à la crise des déchets. Rien d'autre. La démission des deux Machnouk n'est même pas à débattre. Ils n'ont peut-être rien à voir avec toutes nos crises, mais n'importe quel cabinet ministériel qui se respecte se doit de limoger les causes d'un soulèvement.
3. Le nouveau Parlement choisit un nouveau président.
4. Le nouveau président nomme un Premier ministre, etc.
Interdiction sans équivoque à tous ceux qui de près ou de loin ont participé aux affaires de l'État de faire partie de cette nouvelle classe politique. Au diable la démocratie, quand elle est aveuglée par les calculs partisans. Comme nous imposons à nos enfants des dîners ou des déjeuners, tant bien même qu'on pourrait leur offrir tout le menu de la terre. Ce peuple que nous sommes est, et a été, incapable de faire le bon choix pour aussi longtemps qu'on s'en souvienne. Chassez les crapules, elles reviennent en rampant. Par les fenêtres, par-dessous les portes, par les robinets d'eau crasseuse, par les poubelles en plein air. Elles reviennent. Plutôt que de les exterminer, comme nous l'aurions fait avec n'importe quelle autre vermine, assurons-nous plutôt qu'elles sont hors d'état de nuire. Car enfin, trop c'est trop ! Les poubelles, l'électricité, les réfugiés, les prisonniers, les hôpitaux, les scandales à répétition... la liste est trop longue. C'est une histoire de quelques mois. Pour être plus réaliste, la nouvelle loi électorale pourrait mentionner une obligation de sang neuf par élection – un quota de 10, 20 %, peu importe. Des juristes pourraient en faire leur affaire. Tout comme la loi devrait imposer les déclarations de patrimoine avant et après les prises de fonctions.
Mais avant tout, et surtout, indignons-nous ! Prenons nos responsabilités de citoyen et arrêtons de blâmer les autres pour nos malheurs. Acceptons l'état d'urgence, les couvre-feux, la dictature de l'armée pour quelque temps. Ou alors prouvons que nous méritons cette démocratie dont nous nous enorgueillissons jour et nuit devant les dictatures du Golfe qui, elles, prospèrent et se développent sans faillir depuis 20 ans. Exigeons l'audit des comptes des hommes publics. Demandons des comptes à ce Walid Joumblatt qui propose de gérer les poubelles de Beyrouth-Ouest, ce Michel Aoun qui se pose en défenseur des chrétiens, ce Saad Hariri qui, pour asseoir sa popularité dans la rue sunnite, ne se suffit plus des dollars saoudiens et diabolise les chiites, ce Hassan Nasrallah qui, pour gouverner son petit Téhéran libanais sponsorisé par l'Iran, diabolise le reste de la planète, ces Geagea et consorts qui dirigent à l'aveugle et dans leurs intérêts propres !
Deux semaines sans éboueurs, et c'est la paralysie ; deux ans sans président et sans Parlement, et c'est comme si de rien n'était. Indignons-nous ! Une vache regarde passer les trains dans sa prairie avec plus d'intérêt que nous face à ces plaies qui s'abattent sur nous.
Tous dans les rues ! Réclamons le départ de ce gouvernement corrompu qui n'est bon qu'à gaspiller notre argent, et de ce Parlement lâche et vendu qui a kidnappé nos votes et s'est prorogé pour « préserver le pays du chaos ». C'est raté. Le chaos, on y baigne. Pas de marche arrière quand on est dos au mur. La troisième République s'étouffe et nous asphyxie avec elle. Il est temps de la déclarer cliniquement morte et de se concentrer sur la création d'une quatrième République, à l'abri de la corruption, des mafias et autres parasites.
Aujourd'hui, avant demain. On arrête de se plaindre, on arrête de faire semblant d'avoir quelque chose de plus urgent à faire. Rien ne l'est. On se bouge les fesses, on reprend ce qui nous est dû. On reprend le contrôle de la rue et le contrôle de notre destin. Ou alors on la boucle. Comme nos valises de futurs émigrés.
Rabih NASSAR
Nos lecteurs ont la parole - Rabih Nassar
Indignons-nous !
OLJ / le 10 septembre 2015 à 00h09


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
La loi est au-dessus de tous. La loi oblige d'élire un Président de la République. La loi permet à celui-ci de dissoudre le Parlement actuel et d'élire une nouvelle Assemblée. La charrue derrière les boeufs et non le contraire. Election d'un Président, puis dissolution, puis élections. C'est cela l'ordre des choses. Tout autre ordre est contraire à la démocratie, même chez les Mau-Mau.
14 h 41, le 10 septembre 2015