Rechercher
Rechercher

Liban - L’éclairage

Ouverture du dialogue national sous le double sceau de l’urgence et de l’ambiguïté

Neuf ans après la première conférence de dialogue national (2006), s'ouvre aujourd'hui au siège du Parlement une nouvelle phase de concertations nationales, dans un climat politique particulièrement lourd marqué par une double impasse, interne et régionale. Une double impasse qui a empêché jusqu'à présent toute disjonction entre la crise libanaise et le bras de fer régional sunnito-chiite, et en particulier saoudo-iranien.

Les concertations qui s'ouvrent à l'initiative de Nabih Berry sont marquées au double sceau de l'urgence et de l'ambiguïté. De l'urgence, en raison de la tension croissante qui marque les relations entre les différents acteurs de la crise libanaise, une tension (paradoxalement) inversement proportionnelle à la détente qu'on était en droit d'attendre de l'accord sur le nucléaire entre l'Iran et la communauté internationale. Une tension aggravée par l'émergence de nouvelles crispations politiques provoquées par l'incurie gouvernementale dans la gestion du dossier des déchets ménagers et un ras-le-bol de la société civile, marqué par des émeutes et un profond malaise national. Une tension qui prend par moments les couleurs de l'anarchie, en réaction à une corruption des milieux politiques que rien n'arrive plus à masquer, et qui s'infiltre, par cascades, à tous les échelons de la vie politique, et même de la vie civile.

Approuvées par la plupart des États amis, les concertations de M. Berry ont pour objectif l'élection d'un président de la République, c'est certain, mais aussi, en faisant baisser la tension, de sortir la crise de la rue et de la situer à nouveau au sein des institutions, court-circuitant un soulèvement aux horizons politiques bouchés, mais aux conséquences imprévisibles en cas de dérapage sécuritaire.

Explosion sociale
Le dialogue ainsi initié serait donc également – ou surtout – utile pour désamorcer la crise sociale qui se greffe sur la crise politique et mieux l'analyser. Cette crise sociale, telle qu'elle se présente, reflète une crise de confiance dans tous les dirigeants. Le dialogue national devrait donc donner aux dirigeants le temps de se ressaisir et de corriger certaines des déviances ayant conduit à l'explosion sociale.
Il ne fait pas de doute, en effet, que la colère de la population est justifiée, et qu'elle n'aurait pas atteint ces proportions alarmantes, si des comptes avaient été demandés à temps aux uns et aux autres, pour leur mauvaise gestion des différents services publics et le pillage des ressources de l'État qui les accompagne.

Si l'initiative de M. Berry est quand même marquée du sceau de l'ambiguïté, c'est d'abord parce qu'elle est lancée par l'un des acteurs de la crise interne, et qu'elle ne saurait donc être tout à fait impartiale ; c'est ensuite parce qu'elle se présente comme un faux-fuyant, et qu'en principe, comme l'observent certains, « plus on se rapproche de la logique du dialogue, plus on s'éloigne de la logique des institutions ». Car enfin le dialogue n'a été rendu nécessaire que parce que certains ont sciemment bloqué le fonctionnement d'institutions, et que leur respect aurait épargné au Liban les affres de la situation actuelle.

À la lumière de ces données générales, quelles sont les chances d'aboutissement de la conférence de dialogue ? Pour beaucoup de députés et de personnalités politiques, elles sont minimes au regard des exigences et positions contradictoires adoptées par les différents acteurs de la crise, surtout en milieu chrétien. Alors qu'un Michel Aoun, en effet, propose une reconstitution des institutions qui relèguerait aux oubliettes le Parlement actuel, d'autres composantes chrétiennes continuent d'exiger le respect du jeu parlementaire et l'élection d'un président par le Parlement tel qu'il se présente. Compte tenu de ce blocage, certains ne pensent pas que la conférence de dialogue qui s'ouvre aujourd'hui aura des suites.
Toutefois, dans certains cercles du 14 Mars, on note que l'initiative de M. Berry recoupe une initiative politique lancée par Saad Hariri voici deux ans, et qu'en conséquence, ce dernier n'a pu que répondre positivement à l'appel au dialogue, indépendamment de ce qu'en pensent certains de ses alliés.

Un miracle sera-t-il au rendez-vous ? Selon ces milieux, la dynamique du dialogue permettra de faire interagir plusieurs facteurs aujourd'hui occultés par la crise. Sur le plan personnel, en effet, la conférence de dialogue réfutera l'argument de ceux qui assurent que le Parlement actuel est illégal, et démontrera qu'il peut continuer à jouer à rôle dans le règlement de la crise. Par ailleurs, la conférence de dialogue enverra un signal fort aux États amis affirmant que les Libanais sont capables de s'entendre, malgré tout, et de saisir l'occasion qui leur est offerte de « libaniser » la sortie de crise. Enfin, la conférence de dialogue pourrait servir au Liban pour se positionner à l'égard des règlements régionaux escomptés et d'en saisir les chances.
C'est dans cet esprit que Saad Hariri aurait dit « oui » au dialogue, comme dans un esprit de reconnaissance pour le soutien indéfectible que M. Berry a apporté au gouvernement de Tammam Salam, à cette nuance près que la crise aurait atteint un point de non-retour, et qu'il n'est plus possible de vivre dans le climat politique actuel.

Alors, peut-on s'attendre à un miracle aujourd'hui ? Les plus optimistes veulent croire que le dialogue va offrir un cadre à un scénario de sortie de crise régional, et que nul n'a intérêt à refuser sa chance à l'initiative Berry, d'autant que les dialogues engagés entre, d'une part, le courant du Futur et le Hezbollah et, d'autre part, le Courant patriotique libre et les Forces libanaises, pourrait servir d'adjuvants au dialogue national.

 

Lire aussi
Un dialogue national sur fond de protestations populaires, le décryptage de Scarlett Haddad

Malgré la tempête de sable, les appels à la manifestation ne désarment pas

Aoun s'oppose au plan Chehayeb, S. Gemayel menace de retirer son « soutien » au gouvernement

Washington pour l'élection d'un président conformément à la Constitution

Neuf ans après la première conférence de dialogue national (2006), s'ouvre aujourd'hui au siège du Parlement une nouvelle phase de concertations nationales, dans un climat politique particulièrement lourd marqué par une double impasse, interne et régionale. Une double impasse qui a empêché jusqu'à présent toute disjonction entre la crise libanaise et le bras de fer régional...
commentaires (7)

Quelle honte, quelle lâcheté et quelle hypocrisie! Des députés et des ministres qui se sauvent d'une façon humiliiante devant des manifestants armés de tomates et d'oeufs pour se défouler.... Malheureusement, tous ces groupes qui ont manifesté ont oublié de revendiquer la libération des militaires retenus en otages par les terroristes de l'EI (Daech) depuis plus d'un an.... Gare au dérapage sécuritaire!!!

Zaarour Beatriz

23 h 24, le 09 septembre 2015

Tous les commentaires

Commentaires (7)

  • Quelle honte, quelle lâcheté et quelle hypocrisie! Des députés et des ministres qui se sauvent d'une façon humiliiante devant des manifestants armés de tomates et d'oeufs pour se défouler.... Malheureusement, tous ces groupes qui ont manifesté ont oublié de revendiquer la libération des militaires retenus en otages par les terroristes de l'EI (Daech) depuis plus d'un an.... Gare au dérapage sécuritaire!!!

    Zaarour Beatriz

    23 h 24, le 09 septembre 2015

  • "Dialogue national sous le double sceau de l’urgence et de l’ambiguïté." ! Ambiguïté, oui, mais quel "dialogue" ? Ni surtout aucune "urgence" !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    15 h 56, le 09 septembre 2015

  • QU'EN SORTIRAIT-IL ? DU FOND... OU DU VENT ?

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    15 h 52, le 09 septembre 2015

  • Pas de solution en vue sans l’élection d'un President de la République conformément a la constitution. Quel que soit le résultat et qui qui soit élu, sortira le pays de sa torpeur et l’éloignera d'un possible dérapage qui fera très mal et sera le début d'un voyage vers des événements graves et une route sans retour. Avis aux parlementaires qui bloquent les institutions car ceux sont eux qui en payerons les frais les premiers!

    Pierre Hadjigeorgiou

    12 h 17, le 09 septembre 2015

  • Un dialogue national sous l'égide d'un des politiques les plus corrompus du pays ! Vous blaguez!

    Dounia Mansour Abdelnour

    11 h 24, le 09 septembre 2015

  • Pour nous, petit peuple libanais, il n'y a plus aucune ambiguïté ! Tous ceux qui nous "gouvernent" depuis des années n'avaient qu'un projet en tête: profiter, profiter et profiter encore de leur position pour s'enrichir personnellement, s'enfoutant complètement de nous ! La preuve est là, criante: notre pays croule sous les ordures, les "services normaux" dans tout pays qui se respecte n'existent pas...nous sommes fatigués de toujours les nommer à nouveau: électricité, eau, routes convenables, nous n'avons toujours pas de Président de la République...etc. Et maintenant, ils ressortent de leurs tiroirs la combine bien libanaise...se réunir pour dialoguer...sur quoi, dites-moi ? Ils n'ont pas su le faire jusqu'à présent...alors, en ce 9 sept. 2015, pour faire passer le temps...et se redorer le blason...ils vont y arriver? Si EUX sont d'une bêtise incroyable...faut pas qu'ils s'imaginent que nous le sommes aussi!!! Irène Saïd

    Irene Said

    10 h 24, le 09 septembre 2015

  • SE COMPORTERAIENT-ILS POUR UNE FOIS EN PATRIOTES POUR SAUVER LEUR PAYS ET SON PEUPLE ? LE DOUTE Y EST FORT ANCRÉ DANS LES ESPRITS... MAIS L'ESPOIR VEUT ENCORE ULTIMEMENT Y CROIRE !!!

    LA LIBRE EXPRESSION NE COMMENTE PAS.ELLE CONSEILLE

    09 h 04, le 09 septembre 2015

Retour en haut