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Liban - Décryptage

Un dialogue national sur fond de protestations populaires

La place de l'Étoile a aujourd'hui rendez-vous avec deux événements distincts : la reprise des réunions du dialogue national version 2015 et la manifestation organisée par le collectif dit du 29 août. Le premier rendez-vous est prévu à midi alors que la manifestation n'a pas d'heure précise. En principe, les deux événements ne sont pas censés se croiser ou se chevaucher, en raison des mesures de sécurité draconiennes autour du Parlement, mais ils sont liés dans la mesure où, sans le mouvement de protestation populaire, les parties conviées au dialogue n'auraient pas si rapidement répondu par l'affirmative, exception faite des Forces libanaises.

Beaucoup de choses ont d'ailleurs été dites sur ce mouvement de protestation. Certains l'ont accusé d'être à la solde des ambassades occidentales ou encore de s'inscrire dans un plan de déstabilisation du Liban, élaboré par les États-Unis et financé par le Qatar. D'autres encore ont établi une comparaison entre ce mouvement né de la crise des déchets et celui qui a eu lieu en février 2005 suite à l'assassinat du Premier ministre Rafic Hariri, qui avait ouvert une nouvelle étape dans l'histoire du Liban avec le retrait des troupes syriennes. Mais, au fil des jours, il apparaît de plus en plus clairement que ce mouvement n'a pas « de parrain étranger ». Il est le fait d'un groupe de jeunes qui ont compris que la crise des déchets était l'affaire de trop et que la population ne pouvait plus accepter d'être envahie par les ordures, en plus de toutes ses souffrances. Ce mouvement civil a donc été rendu possible par la révolte et la colère de la population. Si certaines de ses figures ont des liens avec des ambassades occidentales ou si elles ont suivi des sessions de formation à l'action civile à l'étranger, cela ne signifie pas forcément qu'il existait un plan international ou régional de déstabilisation du Liban. Preuve en est que la réaction des diplomates occidentaux, et même du Conseil de sécurité convoqué à la hâte, s'est principalement concentrée sur la confirmation de l'appui au gouvernement présidé par Tammam Salam. Le message est clair : ce gouvernement ne doit pas tomber. C'est donc le pouvoir, et lui seul, qui est responsable de la naissance de ce mouvement, à cause de son incompétence et de ses atermoiements dans un dossier qui touche à la santé et la dignité des Libanais.

Une fois le mouvement lancé et face à l'appui populaire dont il a bénéficié, certaines parties ont cru pouvoir l'exploiter pour obtenir des acquis politiques. C'est ainsi que des ambassades, ou peut-être des parties internes, ont cru pouvoir profiter de ce mouvement et de la peur qu'il a créée au sein de la classe politique pour arracher aux protagonistes internes l'élection d'un président de la République consensuel, selon le modèle de 2008, pour calmer la rue et permettre au pouvoir de reprendre l'initiative.
C'est dans ce contexte que s'est déroulée vendredi dernier la manifestation organisée par le CPL. L'afflux populaire inattendu a mis en échec la possibilité d'ignorer le chef du CPL dans le dossier présidentiel. De l'avis même de ses adversaires politiques, le général Michel Aoun a réussi une grande mobilisation, qui le consacre comme le plus populaire des leaders chrétiens, en dépit des pronostics sur une démobilisation de son assise populaire et sur une désaffection chrétienne à l'égard du CPL suite au compromis sur l'élection de son chef. S'il y avait donc un plan pour faire élire un président sans tenir compte du général Aoun et du Hezbollah, il serait désormais plus difficile à exécuter, après la manifestation de vendredi.

Ce sujet devrait d'ailleurs être le premier évoqué au cours de la réunion qui commencera ce midi, sous la houlette du président de la Chambre. Ce dernier a ainsi saisi l'importance de ce momentum précis et il a lancé le 31 août son initiative pour une sortie de crise qui se résume à réunir les représentants des différentes composantes politiques et confessionnelles autour d'une table de dialogue sous la voûte du Parlement. Comme il l'avait fait par le passé, M. Berry a soigneusement dressé sa liste des invités, qui comprend les chefs des blocs parlementaires ou politiques avec une représentation de toutes les communautés. C'est ainsi qu'il a invité le chef du courant du Futur, Saad Hariri (dont on ne sait pas encore s'il compte venir personnellement ou se faire représenter par le chef de son bloc parlementaire, Fouad Siniora), mais aussi Hassan Nasrallah (qui se fera, lui, représenter par le chef du bloc parlementaire de la résistance, Mohammad Raad). Il a aussi invité Samir Geagea en tant que chef des Forces libanaises, mais ce dernier ne viendra pas et ne se fera pas représenter. Les autres personnalités chrétiennes invitées sont le chef du parti Kataëb, Samy Gemayel, et, bien sûr, le général Aoun pour le CPL et le chef des Marada, Sleimane Frangié. Le ministre Michel Pharaon devrait représenter la communauté grecque-catholique et le ministre Boutros Harb les députés chrétiens indépendants du 14 Mars. Le vice-président de la Chambre, Farid Makari, sera aussi présent, ainsi que le député Michel Murr, le leader druze Walid Joumblatt, l'émir Talal Arslane et l'ancien Premier ministre Nagib Mikati. Le PSNS sera aussi représenté, ainsi que le bloc arménien, dans un éventail presque complet de la mosaïque politique et confessionnelle libanaise. La réunion sera ouverte par le président de la Chambre qui aura à ses côtés le Premier ministre Tammam Salam.

Après les discours d'ouverture de MM. Berry et Salam, le premier point à l'ordre du jour de la réunion sera discuté. Il s'agit de l'élection présidentielle. Nul ne s'attend à un accord dès la première réunion. Il est donc fort probable que d'autres rendez-vous soient fixés, au rythme d'une réunion par semaine, jusqu'à ce que des accords se dégagent. Les sources proches de Aïn el-Tiné précisent qu'il n'y aura pas de vote. S'il n'y a pas une entente sur un point, il faudra passer au suivant et ainsi de suite.
Reste à savoir si les cris de la rue parviendront à franchir le double vitrage blindé de la salle de réunion du dialogue national... Ou, au contraire, si la réunion au siège du Parlement fera taire les protestations populaires.

 

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La place de l'Étoile a aujourd'hui rendez-vous avec deux événements distincts : la reprise des réunions du dialogue national version 2015 et la manifestation organisée par le collectif dit du 29 août. Le premier rendez-vous est prévu à midi alors que la manifestation n'a pas d'heure précise. En principe, les deux événements ne sont pas censés se croiser ou se chevaucher, en raison...
commentaires (8)

effectivement une tres grande manisfestation de gens, Libanais certes ( jusqu'a preuve du contraire ) mais pas forcement Chretiens donc cela ne montre en rien l'incournabilite de M Aoun ou sa force Chretienne Ce dialogue ne servira a rien si on ne resout pas l'election d'un president ,tout le reste est la suite logique de cette election presidentielle La seule solution, un technocrate elu president pour deux ans, une nouvelle loi electorale, des elections parlementaire puis on verra vraiment qui sera elu president pour six ans a nouveau TOUT LE RESTE EST UNE PERTE DE TEMPS

LA VERITE

15 h 44, le 09 septembre 2015

Tous les commentaires

Commentaires (8)

  • effectivement une tres grande manisfestation de gens, Libanais certes ( jusqu'a preuve du contraire ) mais pas forcement Chretiens donc cela ne montre en rien l'incournabilite de M Aoun ou sa force Chretienne Ce dialogue ne servira a rien si on ne resout pas l'election d'un president ,tout le reste est la suite logique de cette election presidentielle La seule solution, un technocrate elu president pour deux ans, une nouvelle loi electorale, des elections parlementaire puis on verra vraiment qui sera elu president pour six ans a nouveau TOUT LE RESTE EST UNE PERTE DE TEMPS

    LA VERITE

    15 h 44, le 09 septembre 2015

  • UN JOUR C'EST L'ACCORD NUCLÉAIRE QUI FERAIT ÉCLORE L'OEUF... UN AUTRE C'EST LA MANIFESTATION DES "VOUS PUEZ" MANIPULÉS ET QUI PUE... AILLEURS C'EST LA MAJORITÉ IMAGINAIRE CHRÉTIENNE AOUNISTE INFESTÉE DE NON CHRÉTIENS... AILLEURS LES MÉCONTENTEMENTS DE LA POPULACE PAR EMBASSADES ÉTRANGÈRES MONTÉS... MAIS DE GRACE... TRÈS CHÈRE MADAME SCARLETT HADDAD... DÉCIDEZ QUELLE POULE A PONDU OU S'APPROPRIE L'OEUF PRODIGE AVANT DE PRÉDIRE QUEL ÉNERGUMÈNE Y SORTIRA DE SON ÉCLOSION... OLJ : SOYEZ IMPARTIAUX !

    JE NE COMMENTE PAS. JE PARLE AU PEUPLE.

    14 h 54, le 09 septembre 2015

  • Mais qu'est ce qu'il faut pas entendre !! Il faut s'éduquer avant de pouvoir juger surtout quand il s'agit d'un président de la république

    Bery tus

    13 h 19, le 09 septembre 2015

  • Chère madame Être sans président de la république est de loin supportable que d en avoir un à l'image du dernier élu en 2008 ..

    Hitti arlette

    12 h 35, le 09 septembre 2015

  • Si le noeud gordien de l'élection présidentielle n'est pas résolu en premier, le reste ne serait que des déchets.

    Un Libanais

    12 h 30, le 09 septembre 2015

  • DECRYPTAGE Dialogue national - Auront-ils enfin honte de faire du Liban ce qu'ils en font ?

    Halim Abou Chacra

    10 h 52, le 09 septembre 2015

  • Le béret à la figue a soigneusement dressé sa liste des invités, qui comprend les chefs des blocs parlementaires ou politiques avec une représentation de toutes les communautés. C'est ainsi qu'il a invité Sääd Hariri ou maube(h) Sanioûrâh, mais aussi l'haSSine ou maybe(h) aussi Tonnere Rääd pour Rien. Et aussi Samîr le Hakîm mais qui ne viendra. Les autres sont le phalangiste Sâmî, Äâoûn le chef-bigaradier et Mini-gargantua Franc. Pharaon le grec-catho et Botross le chrétien "indépendant". Le vice M'kéééréh sera aussi présent, ainsi que L-Murr sans Mîrnâh, ni Nâïylâh ni même son fils, le druzizte Walîd, l'émir "Smîîîk" et Little big Mik. Le PN SS ainsi que les Armanes dans un éventail presque complet de ce patchwork confessionnel libanais Per(s)cé. La réunion sera ouverte par la figue qui aura à ses côtés, yâ harâm, yâ salâm chi tamâm !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    05 h 40, le 09 septembre 2015

  • "Une fois le mouvement lancé et face à l'appui populaire dont il a bénéficié, certaines parties ont cru pouvoir l'exploiter pour obtenir des acquis politiques. C'est ainsi que des parties! internes?, ont cru pouvoir profiter de ce mouvement et de la peur qu'il a créée au sein de la classe politique pour arracher aux protagonistes internes l'élection d'un président au suffrage universel, selon les vœux du Petit caporal, pour calmer son appétit et lui permettre de reprendre son souffle." ! yâ wâïylîîîh !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    05 h 24, le 09 septembre 2015

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