La Bourse de Shanghai a une nouvelle fois terminé, mercredi, en territoire négatif. Johannes Eisele/AFP
Les grandes places financières mondiales évoluaient en ordre dispersé hier, les investisseurs s'interrogeant encore sur les mesures de relance de l'économie chinoise prises la veille par Pékin. Les marchés européens ont évolué à la baisse (Paris perdant 1,4 %, Londres 1,7 % et Francfort 1,3), alors que Wall Street s'installait en petite hausse à la mi-journée. La Bourse de Shanghai a de son côté une nouvelle fois terminé en territoire négatif, incapable de se reprendre après sa récente dégringolade.
« Malgré l'intervention de la Banque populaire de Chine, les inquiétudes persistent sur la santé de la deuxième puissance économique mondiale car les mesures adoptées pourraient se montrer trop timides pour relancer durablement l'économie », estiment dans une note les analystes de Saxo Banque.
La Banque centrale chinoise (PBOC) a réduit le taux d'emprunt à un an de 25 points de base, tout en abaissant les ratios des réserves obligatoires imposées à certaines banques, ce qui équivaut à une injection massive de liquidités.
Coup de fouet limité
« Une politique monétaire accommodante est nécessaire pour contenir les fragilités financières, stopper les pressions déflationnistes, stabiliser l'endettement et conforter le moral des marchés », a souligné Wang Tao, analyste chez UBS. « Mais les assouplissements monétaires à eux seuls n'apporteront qu'un coup de fouet limité à l'économie réelle, à moins d'être combinés à une politique budgétaire efficace » menée par le gouvernement, insistait-elle. Pékin n'a d'autre choix que de maintenir à tout prix les investissements dans les infrastructures, relevait Mme Wang.
La PBOC avait déjà abaissé à quatre reprises ses taux d'intérêt entre novembre et juin pour stimuler l'économie. Mais sans grand succès, une grande partie des liquidités dégagées finissant par gonfler la bulle boursière plutôt qu'à irriguer les entreprises.
La Banque centrale doit maintenant « s'assurer que l'argent arrive bien à l'économie réelle », notamment en encourageant les émissions obligataires des entreprises et des gouvernements locaux, a indiqué Liu Li-Gang, de la banque ANZ.
Les banques étatiques qui dominent le système financier accordent surtout des prêts aux grands groupes publics plutôt qu'aux petites firmes privées, considérées comme à risque. Et faute d'un marché obligataire inspirant confiance, nombre d'entreprises peinent à se financer à des coûts abordables.
Réduire la pression fiscale pourrait par ailleurs s'avérer un outil de relance efficace « alors que les impôts sur les entreprises restent très élevés », ajoutaient les économistes du courtier China International Capital Corp.
Potentiel de croissance à la baisse
Cette cinquième baisse des taux d'intérêt depuis novembre n'a pas permis à la Bourse de Shanghai de rebondir, finissant en baisse de 1,27 % au terme d'une séance en montagnes russes. L'indice composite s'était effondré de presque 8,5 % lundi, puis de 7,63 % mardi dans un climat d'affolement général. La Bourse de Shanghai a perdu plus de 40 % depuis mi-juin.
Les autres places asiatiques ont fini en ordre dispersé, Tokyo rebondissant par exemple de plus de 3 % après six séances négatives. Hong Kong en revanche a terminé en baisse de 1,52 %.
Les Bourses européennes se sont repliées hier, au lendemain d'un fort rebond après un lundi noir, à l'instar de l'Eurostoxx 50 qui a perdu 1,47 %.
Les analystes estiment que les marchés boursiers chinois ne reflètent guère l'état de l'économie réelle. Mais au-delà de l'indice du marché shanghaïen, les interrogations perdurent sur la capacité de la Chine à continuer de jouer son rôle de locomotive pour la croissance mondiale.
L'agence de notation Fitch estime de son côté que le pessimisme du marché sur les perspectives de court terme semble exagéré, tout en prévenant que le potentiel de croissance de la Chine pourrait être révisé à la baisse, avec des conséquences locales et mondiales.
Fonds publics « dilapidés »
La Chine a vu sa croissance économique glisser à 7,4 % en 2014, au plus bas depuis presque un quart de siècle, avant de ralentir encore à 7 % aux deux premiers trimestres de 2015. Mais l'objectif officiel d'une croissance annuelle de 7 % pourrait s'avérer difficile à atteindre alors que le tableau ne cesse de s'assombrir : plongeon des exportations, contraction de l'activité manufacturière, effritement de la production... Et ce en dépit des interventions acharnées du gouvernement, notamment via des achats massifs de titres par des organismes publics. Les autorités ont dépensé l'équivalent de 270 milliards de yuans (42,10 milliards de dollars) pour tenter de redresser les cours.
Des fonds publics « dilapidés » et qui auraient été mieux employés ailleurs, soupire Liu Li-Gang : « Si ces sommes avaient été investies dans l'économie réelle, l'économie chinoise se porterait mieux à l'heure qu'il est... et les Bourses auraient suivi. »
Mais « ces jours-ci, les interventions des autorités (sur le marché) ont cessé, les fluctuations des places boursières sont retombées au second plan », observait Zhu Haibin, analyste de JPMorgan.
Les Bourses chinoises s'étaient envolées de 150 % en un an, dopées artificiellement par un fort endettement et totalement déconnectées des véritables performances des entreprises.
En revanche, les baisses de taux de la PBOC pourraient intensifier les pressions à la baisse sur le yuan, après sa soudaine dévaluation face au dollar il y a deux semaines. Ce qui rend les exportateurs chinois plus compétitifs... mais renchérit les importations du pays et alourdit les dettes libellées en dollars des entreprises locales.
« Si les difficultés des marchés financiers chinois et de l'économie réelle dans le pays s'aggravent, sans que le gouvernement ne parvienne à redresser la situation, alors un krach financier et économique de grande ampleur pourrait se produire », commentait Christophe Donay, stratégiste de Pictet Wealth Management. « C'est à présent le plus gros risque pour l'économie et les marchés mondiaux », a-t-il estimé.
(Source : AFP)

