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Nos lecteurs ont la parole

Dieu et la guerre

Nous avions eu : « L'impérialisme porte la guerre comme la nuée, la pluie », « les armées permanentes poussent à la guerre », « le commerce, l'industrie incitent à l'agression ; guerre du pétrole, des matières premières », etc. Actuellement, nous aurions la guerre à cause de Dieu, et plus particulièrement du monothéisme abrahamique.
Face aux mystères de l'univers qui l'environnent, l'homme naturellement s'interroge. Puis il réfléchit sur lui-même. Il doit prendre conscience de son mystère ontologique. Notre propre être est un mystère pour nous-mêmes. « Invente-t-il les dieux » pour autant ? Ce n'est pas avec l'utilisation d'un outillage rudimentaire, la massue et le bâton, que l'homo habilis devient profondément homme. Ce n'est pas, non plus, avec la pierre polie, avec plus ou moins de finesse. C'est par la première tombe intentionnelle qu'il est sapiens-sapiens. Un être cher plein de vie devient soudain matière inerte. Encore quelques jours, et son odeur est même nauséabonde ; voilà le miroir de notre réflexion vers la divinité. Tout s'arrête-t-il là ?
Quant à la guerre, il faut le dire et le reconnaître, elle fait partie de l'ordre de la nature humaine, avec ou sans religion. Notre monde est une lutte permanente. Plus ou moins violente ou sournoise, à basse ou haute intensité, elle est le tissu de notre existence. Nous la rencontrons, depuis les forces telluriques aveugles de la lave du volcan recouvrant, sans bruit, de verdoyantes prairies tropicales, jusqu'aux micro-organismes s'entre-dévorant. Tout le monde se bat contre tout le monde, de différentes façons. En quoi l'homme devrait-il en différer ? Soudain, parfois, même les cellules de notre corps se dérèglent, se développent douloureusement au point de nous faire périr. Les puissants voudront toujours dominer, les petits grandir, les jeunes s'accroître, prendre toute leur place, et les vieux persister, survivre. Celui qui s'abandonne sera abandonné. Toute faute d'inattention se paie au prix fort. Cela au niveau des personnes comme des nations. Parfois, certes, il y a des sortes de trêves, sur un domaine ; les forces s'équilibrent. Nous pensons que la paix universelle s'annonce. Mais en dehors de notre vigilance, dans d'autres secteurs, l'affrontement se poursuit. Il y a bien des gestes gratuits, mais cela est vu presque comme une anomalie dangereuse.
Le concept Dieu, d'ailleurs, a du mal à se saisir. Surtout s'il est unique. Une perfection absolue n'a nul besoin de quelque création. Le cercle en tant que circonférence a-t-il besoin d'un triangle ou d'un carré ? Acceptons la création divine ! Malédiction ! Celle-ci n'est pas parfaite ; le mal gît dans son sein. Néanmoins... un visage, quelques notes de musique, des formules mathématiques ordonnées, l'air frais du matin, le lever du soleil nous indiquent une harmonie supérieure. Je ne sais pas pourquoi ce sont les instants de bonheur qui me font croire en Dieu. Les dissonances ne peuvent pas venir de Lui. D'ailleurs, un certain nombre de théogonies de la Mésopotamie partent d'un principe binaire comme le manichéisme, l'opposition de deux frères Ohrmazd/Ahriman ou la lutte entre saint Michel et Lucifer
Bien souvent, les Romains sont perçus comme un exemple par rapport à la tolérance religieuse, mais question guerre, on ne peut pas dire qu'ils en furent avares. Nous rencontrons même des guerres inexpiables. Au centre de la ville éternelle s'affirme le Colisée ; pour fêter la victoire sur les Daces, l'optimus Trajan offrit quinze jours de festivités avec le combat à mort d'environ quarante mille prisonniers. Il devait y régner une étrange odeur vous poussant à estiver vers une villa du Latium. Dans le « sombre » Moyen Âge, la société farouchement chrétienne codifia le duel pouvant aller jusqu'au tournoi. Quels changements par rapport à la vendetta naturelle d'une société ensauvagée... Après la cruelle guerre de Trente Ans au XVII siècle, les États chrétiens monarchiques pratiquèrent la guerre en dentelles du XVIII siècle. Ce furent les armées révolutionnaires françaises, pilleuses de monastères et autres trésors religieux, qui remirent à l'honneur la guerre à outrance. Ce sont eux les « féroces soldats » et non les régiments emperruqués du duc de Brunswick lors de la bataille de Valmy. Cent ans plus tard, l'Armée rouge athée relança la férocité de l'action de la guerre révolutionnaire.
L'historien des religions Georges Dumézil (1896-1966) contribua à une étude scientifique de celles-ci, avec en particulier la fameuse trifonctionnalité dans la société indo-européenne ; ceux qui prient (l'ordre sacerdotal), ceux qui combattent (la noblesse) et finalement ceux qui travaillent (le tiers état). Faut-il faire de la religion une base uniquement sociologique ? Le thaumaturge du village ne fait-il pas partie du premier ordre ?
Le paysan d'esprit combatif devenant un fin stratège rejoint le second ordre. Le noble vivant dans son château, dans ses terres, devrait rejoindre le tiers état. Il est vrai que nous pouvons deviner dans chaque société humaine ces trois fonctions qui pourraient d'ailleurs se subdiviser selon un ordre hiérarchique. Je reconnais volontiers que certaines personnes possèdent des qualités éminentes dans tel ou tel domaine. C'est frappant dans le commerce comme dans les mathématiques, par exemple.
Justement, dans le sacerdoce, ne sentons-nous pas certaines personnes, élues par la Providence, plus proches d'un autre monde que le nôtre ? L'une des premières demandes que nous leur faisons habituellement, c'est de nous informer sur nos êtres chers partis avant nous. Il serait un peu fallacieux et restrictif d'imaginer le sacerdoce se jouant uniquement de la naïveté du bon peuple écrasé par la terreur de l'au-delà. Sûrement qu'il y eut dans les promesses du paradis une sorte de miroir aux alouettes ; il suffit de rappeler les fameuses indulgences qui déclenchèrent la crise de conscience luthérienne.
Tout pouvoir a tendance à vouloir tout régir. Sous nos yeux, ne voyons-nous pas l'économique s'imposer comme l'alpha et l'oméga de toute société ? Nous serons tous des entrepreneurs. Tout devient marchandise. Est-ce possible ?
Il y avait, naguère, la fonction militaire, par la guerre totale, qui régissait toute vie dans un pays mobilisé. Elle demandait jusqu'au sacrifice suprême de la fleur de sa jeunesse. La conscription faisait de tout jeune homme un soldat. N'était-ce pas un abus ?
Tout le monde ne peut pas être expert dans les emplois de Mars.
Il fut un temps où chaque moment de la vie se faisait au rythme des carillons des heures canoniques. D'un angélus à l'autre dans un cadre champêtre, c'est ainsi que nous vivions. Dans les paraboles dominicales, nous retrouvions notre cadre de vie. Nous pouvons excuser que l'Église, parfois, se fit météorologue à travers les saints. Pourtant, contrairement à ce que pense le commun des mortels, elle n'obligea pas Galilée à déclarer le contraire de ce qu'il pensait, l'héliocentrisme, mais à le prendre comme hypothèse tant qu'il n'en aurait pas fait la démonstration. Elle vint, bien plus tard, en 1729, avec la nutation. Il est regrettable que lui, le premier physicien qui utilisa le pendule, n'eût pas le coup de génie de Léon Foucault en 1851. D'autre part, il ne faut pas avoir peur de répéter qu'en 1582, le pape Grégoire XIII sut réformer le calendrier avec une exactitude extrême. Nous vivons actuellement à son rythme. Il fallut attendre un ou deux siècles pour que le monde protestant se résolve à le suivre.
Cependant, avec l'imprimerie et Martin Luther, se pose la question : les hommes ont-ils besoin de l'Église ? Toute personne saine d'esprit, lisant le Livre saint, peut s'approcher de Dieu autant qu'un prêtre. Pas besoin de latin, il y a d'excellentes traductions. L'important, c'est la foi. Malheureusement, même avant l'imprimerie, quand chacun pouvait ou essayait d'entrer en correspondance avec la divinité, bien souvent il y avait divagations. Nous retrouvons cela dans toute religion. Il est heureux que l'Église dans sa grande tradition sache contrôler les manifestations surnaturelles. Bien souvent, la fameuse Inquisition n'était que le garde-fou des folies humaines en proie à des phobies. D'ailleurs, il y eut des échecs comme la croisade des enfants. Quitte à me singulariser un peu, sans être clerc, j'apprécie la hiérarchie cléricale. Je constate que les religions qui n'ont pas cette particularité, ou alors faiblement, souffrent d'un handicap. L'homme seul, même génial ou saint, doit se relativiser par rapport à ses semblables. Il peut fonder un ordre religieux sans exiger une révolution générale universelle. Plus que la lecture des textes sacrés, l'acte rituel d'adoration est nécessaire. Il est le véritable lien, la religion au sens littéral. Dans la messe, certains pensent agir par l'homélie, le sermon. D'autres s'appuient sur le texte, rien que le texte sacré. Il est heureux que le centre de l'eucharistie soit la consécration. Cette théurgie peut être vue comme un reste de sorcellerie superstitieuse. Pourtant, elle peut se dérouler comme autre chose qui dépasse la logique du discours. Toutefois, il faut agir sur le monde par des actes. Une foi non agissante est-elle une foi sincère ? La construction des cathédrales est-elle prescrite dans les Évangiles ?
Nous vivons une époque fantastique. Nous serions entrés dans l'ère du Verseau : importance de la musique et de l'air sous son aspect spatial, avènement de l'androgyne. Malraux prophétisait : « Le XXIe sera religieux ou ne sera pas » ;
théoriquement, le Verseau est un signe humain. Quand les prophéties se réalisent, elles surprennent le prophète et tous ceux qui espéraient. Écoutez la musique tonitruante que nous distribuent les puissants moyens techniques ! Moi, j'attendais plutôt du Mozart ! Certains nous voyaient colonisant la planète Mars et autres stations spatiales. L'espace s'invite à chacun de nous, à l'oreille, par téléphone ou à l'œil par le GPS. Pour l'arrivée de l'androgyne, il suffit d'évoquer le mariage pour tous. Quant au religieux, je le sens venir du côté des droits de l'homme, sorte de nouvelle religion universelle.
Alors, les guerres sont-elles plus intenses parmi les religions abrahamiques ? Je constate en premier lieu que le sionisme fut promu par des agnostiques, sinon des athées. Ainsi, nous avons vu naître l'Israélien. Maintenant, certains religieux veulent l'État juif, cela pose la question de définir le « juif »... le vrai juif. Celui qui respecterait les 360 prescriptions religieuses. Malheureusement pour le peuple palestinien, rien ne changera ; il y aura toujours la dépossession de sa terre chaque année un peu plus et encore un peu plus.
Pour l'islam, plusieurs sociétés sont en construction. Depuis le pays des purs, le Pakistan, jusqu'à la Malaisie, un autre modèle asiatique, sans compter l'Arabie saoudite. Dans le monde arabe, je suis étonné du succès des Émirats arabes unis, du Qatar et autre Koweït. Il y a soixante ans, la vie était de mœurs rudes, bibliques dans un cadre désertique à peine vivable. Maintenant, nous voyons des cités futuristes semblables à la science-fiction poser en majesté entre le désert et la mer. C'est fantastique, nous croyons rêver ! Pourtant, le plus extraordinaire vient de la vie de la population ; le cadre reste indubitablement islamique. Les habitants naturels sont ultraminoritaires. Néanmoins, ils tiennent leur pays. Ils sont parvenus à maintenir pas mal de leurs coutumes, malgré le choc du futur imposé par la technologie dominante. L'étranger, l'immigré n'y fait pas la loi. Ces réussites méritent d'être soulignées plus que les aberrations sanglantes de l'EI venant de vivre sa première année chaotique.
Pour le christianisme, certains trouvent comme un succès la laïcisation des pays européens, la religion étant une opinion purement personnelle. L'individu étant tout, le collectif national ou religieux est vu comme un frein à l'évolution supposée du monde. À cette manière de voir il est impossible de s'opposer sans passer pour un rétrograde populisme pas loin du fascisme. Dans cette vision obligatoire, je vois plus de dogmatisme que dans les divers synodes épiscopaux bien souvent sur la défensive. À quand le mariage des prêtres ? Tandis que l'on prône une homosexualité militante, on demande, uniquement au sacerdoce, les plus sévères sanctions contre la pédophilie du siècle dernier, avec dédommagements pécuniaires. L'Église humblement s'exécute.
Si guerre il doit y avoir entre les compétitions des civilisations, il ne sera pas nécessaire d'en appeler à Dieu sous formes diverses. Certaines se dissoudront sans trop se rendre compte, ne sachant pas relever les défis envoyés par le destin. D'autres réagiront par des actes violents, désespérés. Quelques-uns éprouveront la nécessité de prendre les armes, pensant défendre un type de société, mais Dieu sera-t-il revendiqué ? Rien de moins sûr. Tournons un regard vers la Birmanie ou Myanmar ; les Rohingyas musulmans affrontent le monde bouddhiste ;
il n'y a pas d'appel à Dieu. À la limite, je pense que c'est plus une affaire de race. Regardez encore l'Ukraine ; c'est à l'intérieur de la sphère orthodoxe que passe la fracture la plus violente ; avec tanks, canons et missiles. C'est un véritable choc de civilisations. L'américanisme retrouve là « son destin manifeste » face au slavisme. Cela se passe quasiment inconsciemment.

Nous avions eu : « L'impérialisme porte la guerre comme la nuée, la pluie », « les armées permanentes poussent à la guerre », « le commerce, l'industrie incitent à l'agression ; guerre du pétrole, des matières premières », etc. Actuellement, nous aurions la guerre à cause de Dieu, et plus particulièrement du monothéisme abrahamique.Face aux mystères de l'univers qui l'environnent, l'homme naturellement s'interroge. Puis il réfléchit sur lui-même. Il doit prendre conscience de son mystère ontologique. Notre propre être est un mystère pour nous-mêmes. « Invente-t-il les dieux » pour autant ? Ce n'est pas avec l'utilisation d'un outillage rudimentaire, la massue et le bâton, que l'homo habilis devient profondément homme. Ce n'est pas, non plus, avec la pierre polie, avec plus ou moins de finesse. C'est...
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