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Nos lecteurs ont la parole - Sissi Baba

Orgueil et préjugés

Alors que le huis clos dans lequel nous, peuple libanais, vivons devient infernal et engloutissant, il devient amusant pour certains de ridiculiser ce que nous sommes. On a beau chanter un Liban vert de nature, multicolore de religions, la réalité manifeste le cas contraire. Les Libanais ne chantent plus – et ne savent plus ce qu'est d'ailleurs une bonne chanson. Désormais, ils s'autoridiculisent. Imprégnés par de faux artistes, par des gens prétendant la connaissance, par des politiciens avides qui vont au-delà de la corruption, etc., les Libanais, victimes de la propagande, n'arrivent plus à distinguer le bon du mauvais. Notre goût est devenu hélas trop abominable dans tout ce que nous faisons, des élections en 2009 aux mauvaises lectures que nous pratiquons (les best-sellers au Liban sont les livres d'astrologie, et les romans et magazines du 2e degré ! ). Cela dit, la corruption nous mange de partout, et c'est normal puisque tout est lié. Sauf que nous enchaînons tellement mal les maillons que la chaîne est devenue celle de la torture et de la prison.
Nous sommes donc devenus un corps envahi par les ordures et les virus, provenant parfois de l'extérieur, mais surtout de l'intérieur (il est facile de blâmer les autres, mais il faut aussi que nous assumions nos erreurs). Notre corps moribond et puant connaît aussi une haine et une violence absurdes ; on tue n'importe qui, n'importe où, pour n'importe quelle raison... voire pour aucune raison ! Plus de raison en effet dans ce pays. Mais « ce » pays est le nôtre. Je pense que chaque pays connaît des hauts et des bas ; et ceci est bien le cas de toute civilisation. L'Occident d'aujourd'hui et la civilisation « cuite » de l'Europe, au sens ethnologique du terme, étaient l'obscurantisme cru et les guerres de religion infinies d'antan qui ont fait baigner les Européens dans le sang des catholiques et des protestants.
Aujourd'hui, le Liban et les pays arabes ne sont pas un monde retardé. Les gens tendent à oublier que tout pays connaît un déclin après l'âge d'or, et vice versa. Les Libanais en particulier et les Arabes en général oublient malheureusement ce qu'a offert la terre d'Arabie au monde, allant des mathématiques et des sciences médicales à la philosophie et la littérature. Les califats abbassides payaient la pesée d'or aux poètes et aux traducteurs. Le jasmin avait en effet fleuri à Bagdad, les coupes ne se vidaient pas de leur vin, et non plus la cour arabe de musique et de poésie. Aujourd'hui, c'est le cas inverse. Oui, c'est peut-être ainsi que se construisent et se détruisent les civilisations. Mais avec le temps, tout change. Exemple : la Grèce faible d'aujourd'hui et qui était hier le centre de la pensée philosophique et politique de l'homme regagnera demain sa place.
L'enfer dans lequel nous vivons ne peut qu'illuminer le chemin du purgatoire menant au Paradis ; c'est que l'homme (qu'il soit croyant, agnostique ou athée) est condamné à la verticalité. Sur ce, il est clair que notre lendemain (qu'il vienne dans dix ou cent ans) sera certainement meilleur.
Et pourtant, il reste encore une chose atroce que les Libanais commettent : c'est la crise infinie et insensée de l'identité. Certains se prennent pour des Phéniciens, d'autres pour des Arabes. Et même certains disent qu'ils n'ont rien à voir ni avec le Liban ni avec le monde arabe (je me demande alors ce qu'ils sont). Les Libanais se disputent et se divisent depuis la guerre civile, mais s'il est une chose claire dans ce pays, c'est notre identité qui doit être unanime : notre pays est le Liban auquel nous appartenons. Nous sommes donc libanais.
Et comme nous nous réjouissons du fait que le Liban appartient au monde francophone, il faut avouer qu'il appartient aussi au monde arabe. Arrêtons donc de nier nos origines. Arrêtons de réduire le Liban au plus grand plat de taboulé, et le monde arabe aux richesses matérielles et aux pauvretés intellectuelles. Il est bizarre que les Libanais aient un tel regard aussi supérieur et aussi vide sur les Arabes alors qu'ils en font déjà partie. Le monde arabe est en train de s'améliorer, et s'il y existe, par exemple, de grandes maisons d'opéra, c'est bel bien en Égypte et à Oman... non pas au Liban, hélas. Les déserts des pays du Golfe ont été malheureusement emportés chez nous à cause de nous, tandis que ces pays-là ont transformé les dunes en jardins. Arrêtons donc d'avoir un regard brumeux plein d'orgueil et de préjugés sur le monde arabe et surtout sur le Liban, et cessons de transformer son éternel cèdre en un sac de poubelle. Malgré la corruption qui contamine politique, peuple, culture, économie, etc., le Liban est notre pays que nous devons aimer et protéger. Mais n'allons surtout pas dans l'extrême : méfions-nous des discours positifs trop pompeux, méfions-nous aussi de la satire trop négative et non constructive. Et arrêtons de réduire la terre d'Arabie à une image cliché d'une bande d'hommes en djellaba, dont l'esprit est retardé et dont les mains sont pleines de dirhams. Le monde arabe se relance, depuis vingt ans, dans une progression économique, éducative, touristique et sportive, et recommence à s'intéresser à la culture. C'est un monde chavirant entre Moyen Âge et tolérance, exactement comme le Liban qui oscille toujours entre fanatisme et libéralisme, allant des crimes d'honneur aux gay pubs sur le même territoire.
Arrêtons la crise insensée ! L'origine de notre civilisation est phénicienne. Mais « rien ne se perd, tout se transforme » ! Cette Phénicie est devenue le Liban. Je ne vois pas les Égyptiens hurler « Nous sommes des pharaons ! », et je n'ai jamais vu un citoyen détester et ridiculiser son pays, alors qu'il en est la cause... sauf au Liban !

Alors que le huis clos dans lequel nous, peuple libanais, vivons devient infernal et engloutissant, il devient amusant pour certains de ridiculiser ce que nous sommes. On a beau chanter un Liban vert de nature, multicolore de religions, la réalité manifeste le cas contraire. Les Libanais ne chantent plus – et ne savent plus ce qu'est d'ailleurs une bonne chanson. Désormais, ils s'autoridiculisent. Imprégnés par de faux artistes, par des gens prétendant la connaissance, par des politiciens avides qui vont au-delà de la corruption, etc., les Libanais, victimes de la propagande, n'arrivent plus à distinguer le bon du mauvais. Notre goût est devenu hélas trop abominable dans tout ce que nous faisons, des élections en 2009 aux mauvaises lectures que nous pratiquons (les best-sellers au Liban sont les livres d'astrologie, et les...
commentaires (3)

RESPONSABLE POUR TOUS LES ABRUTIS QUI SONT PASSÉS ET QUI PASSENT ENCORE : LE PEUPLE LIBANAIS !

La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

12 h 12, le 21 août 2015

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Commentaires (3)

  • RESPONSABLE POUR TOUS LES ABRUTIS QUI SONT PASSÉS ET QUI PASSENT ENCORE : LE PEUPLE LIBANAIS !

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 12, le 21 août 2015

  • "Je n'ai jamais vu un citoyen détester et ridiculiser son pays, alors qu'il en est la cause... sauf au Liban !". "Sacrés" impossibles Libanais(h) !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 33, le 21 août 2015

  • "Aujourd'hui, le Liban et les pays arabes ne sont pas un monde retardé. Les gens tendent à oublier que tout pays connaît un déclin après l'âge d'or." ! Un "âge d'or" d'un ou deux siècles au grand maximum, puis un long déclin d'un millénaire quand même ! Faut pas exagérer, pas à ce point tout de même !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    10 h 29, le 21 août 2015

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