Voici à quoi ressemble un individu sous l’effet du haschisch.
(...) Les fumeries de Beyrouth sont aussi fermées que les clubs les plus sélects de la capitale. C'est donc précédé d'un « parrain » présentant toutes les garanties que je me suis introduit dans ces mystérieux établissements. (...) Une baraque, entourée d'une clôture assez haute pour éviter les regards indiscrets, quatre bancs et une vingtaine de tabourets disposés en cercle, dans une petite cour à ciel ouvert : c'est ici qu'on goûte à « l'herbe de la joie ».
7h du soir : c'est l'heure à laquelle les clients qui attendent la fraîcheur du crépuscule commencent à arriver. Il y a déjà là une douzaine d'hommes et sept ou huit femmes. Les uns jouent aux cartes. D'autres (...) sur lesquels le haschisch commence à produire son effet, sont immobiles, les yeux mi-clos.
Dans un coin, une femme d'une extraordinaire beauté orientale se balance légèrement d'avant en arrière. (...) Le protocole exige – parce que je ne fume pas – que j'offre une première puis une seconde tournée de haschich. Mon compagnon appelle un serviteur. Ce dernier, déguenillé, pieds nus, accourt en portant un narghilé fumant dont le tuyau est remplacé par un roseau. L'homme fait le tour et présente le narguilé aux clients qui, l'un après l'autre, approchent goulûment leurs lèvres du roseau et aspirent une longue bouffée.
Ayant (...) réglé les dix livres des deux tournées, j'engage la conversation avec le patron. « Les doses que nous servons varient selon les individus. Les uns se contentent de trois ou quatre bouffées, d'autres, pour atteindre l'état de "keif", ont besoin d'une vingtaine de narguilés. (...) Nous avons également des clients "externes", ceux qui préfèrent fumer le haschisch chez eux. Ce sont les plus riches. »
(...) Il existe à Beyrouth 15 établissements clandestins où l'on consomme exclusivement du haschisch. La capitale possède également deux fumoirs d'opium. (...) Des fumeries sont aussi exploitées dans les grands centres : Zahlé, Tripoli, Saïda, Aley et Bhamdoun. (...) Des ouvriers en bleu de travail, venus chercher un facile dérivatif à leurs soucis, coudoient de riches bourgeois à la recherche de sensations nouvelles.
(...) Ce qui m'a le plus frappé, au cours de mon passage dans les fumeries, c'est d'y trouver des femmes de condition moyenne, de celles qu'on imagine toujours derrière un fourneau ou en train d'astiquer leurs meubles.
Henri MOUKHEIBER


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Même pour ça, rézzallâh ! ! !
09 h 15, le 20 août 2015