Le 11 août 1990.
Commençons par une leçon de grammaire, ce que tu détestes, je le sais, mais c'est plus fort que moi ! La différence entre « il y a » et « depuis » : « Il y a » marque une date précise, la date d'un événement quelconque.
« Depuis » signifie qu'un événement a commencé à une date quelconque, et dure encore aujourd'hui. Entre « il y a » et « depuis », pour moi, il n'y a pas de différence, parce qu'il y a 25 ans je me suis mariée avec toi, et depuis 33 ans je n'ai pas arrêté de t'aimer. Mais, entre « il y a » et « depuis », je préfère certainement « depuis ». Et si j'ai à choisir entre les deux, je dirai : « J'aime M.A. ».
Cette leçon de grammaire me fait remonter le temps... Il y a très longtemps, aussi longtemps que la naissance du monde, il me paraît, nous nous sommes rencontrés pour ensuite nous séparer. C'étaient quelques rencontres furtives, rencontres d'exploration, au moins pour moi. Et puis, un jour, nous nous sommes croisés de nouveau, par hasard, pur hasard, pour ne plus nous quitter. Un jeu de la part du sort ? Je ne sais pas ! L'amour est bizarre, mon chéri. Il nous surprend et nous emprisonne. Oui, emprisonne. Nous sommes prisonniers mais prisonniers volontaires. Un coup de foudre, tu m'as dit. Moi, je t'ai aimé au fil du temps, la confiance n'a jamais été l'un de mes atouts. Et je t'ai offert mon cœur, et il est tien « depuis ». Et j'avais le tien dès le premier regard.
Autrefois, nous étions jeunes et rebelles, nous voulions changer le monde, mais surtout nous aimer. Que de beaux souvenirs, toi et moi !
De quoi écrire un roman d'amour ! Aujourd'hui, tu es encore sous ma peau, un « moi » plus vrai que moi. Et notre flamme est vivante, flamboyante, dévastatrice par moments. Un excès d'enivrement en passion. Une passion brodée d'un flot de sensations. Avec le temps, nous avons découvert que l'amour, l'amour vrai résiste au temps, à la déception, aux obstacles de tous les jours. L'amour vrai ne fléchit pas, dure aussi longtemps que nous respirons parce qu'il est vrai. Il est en quelque sorte « imperméable ». Cependant, la pluie de la routine est son ennemi numéro un. Une vie à deux n'est pas un paradis quotidien, il y a aussi l'enfer de tous les jours. Et nous avons vécu cet enfer. Et des compromis, il en faut. Et nous avons appris que cette passion, pour qu'elle ne s'éteigne pas, il faut lui souffler dessus de temps en temps, la ranimer, lui redonner vie. Et se rappeler tous les jours qu'il faut garder cet amour en éveil parce que rien n'est garanti en matière d'amour.
Aujourd'hui, rien n'est encore garanti, ni pour toi ni pour moi. Seule, notre passion l'est. Et comme c'est difficile de changer ses habitudes, mauvaise habitudes acquises au cours du temps, le temps où la flamme s'était presque éteinte,
Comme c'est difficile de lutter contre son ego,
Comme c'est difficile de s'offrir entièrement, à nouveau,
Sans arrière-pensées, sans préjugés, sans partis pris,
Comme c'est difficile de se contenter de l'autre, encore une fois,
Comme c'est difficile de dire « non »,
Non à la tentation, non à l'errance, non à l'hésitation,
Mais, (le sempiternel « mais »), prenons des risques,
Agrippons-nous au présent, à l'amour présent qui ne faille pas,
Parce qu'il est aussi difficile de ne pas y croire...
Et c'est cet amour qui nous donne envie de continuer notre voyage ensemble. À deux, le voyage est plus beau, je te dis. Et avec du recul encore une fois, et si j'ai à refaire ma vie, je la referai avec toi, jamais sans toi ! Mon cœur est entre tes mains, il t'appartient, je suis là, toujours là, mon partenaire de danse.
Et je désire vieillir entre tes bras, je rêve que tu me prennes dans tes bras lorsque je ne pourrai plus marcher, que tu me donnes mon bain, que je te lise le journal quand tu n'as pas tes lunettes et que notre bonheur tienne à la boisson chaude que nous sirotons ensemble le matin. Et je désire encore une fois vieillir entre tes bras. Rejoins-moi. Le rêve à deux est plus beau. C'est le crépuscule, je nous vois, assis sur ma plage, regardant l'océan. Et le reste n'a pas d'importance.
Nos lecteurs ont la parole - Ghada Jabak
Lettre ouverte à toi
OLJ / le 19 août 2015 à 00h43


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