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Nos lecteurs ont la parole - Hala Moubarak

Ciao Bella ! Ciao !

Ah ! Les vacances. Même nos politiques ont les pieds dans l'eau et se sont barrés vers les côtes françaises. Long congé annuel pour ceux qui se démènent à construire un pays. Des vacances bien méritées ! Floc floc, dans le bleu. Un peu de sable sur la peau et surtout, surtout, ne pas être à Beyrouth. Tant mieux ! Je les comprends! Ils évitent les odeurs des sacs-poubelles qui s'empilent et qui s'entassent ! Ils évitent aussi le chantage affectif de Sukleen. Entre ceux qui en veulent pour préserver leurs intérêts, et ceux qui n'en veulent pas, aussi parce que leurs intérêts sont ailleurs. Il y a des divorces qui esquintent les émotions, qui divisent un pays et deviennent houleux. Sukleen ou pas Sukleen, telle est la question. Entre-temps, la puanteur politique se cache sous les ponts et bronze au top sous les parasols azur de Cannes. Bleu, noir, carton, plastique et bouts de verres. Les municipalités jouent le jeu, la canicule s'installe et les mouches charognardes s'envoient en l'air tout en y trouvant un plaisir exquis. Bzzzz ! Et tiens ! Faute de mieux ! Le grand Aznavour aussi était de passage pour nous chanter un Emmenez-moi au bout de la Terre. J'aimerais beaucoup y aller, moi, au bout de la Terre ! Mais sous le soleil, j'y suis déjà. Alors Charles, je me demandais si vous ne pouviez pas changer un peu les paroles de cette chanson. Parce que la misère sous le soleil est tout aussi pénible que sous la pluie. Donc non, il me semble que tout est laborieux dans un pays qui manque d'infrastructure, d'un minimum de cohérence pour une vie décente.
Par contre, nos nouvelles vont bon train. Tout le monde en parle de nos crises d'urticaire !
On a fait la une du Wall Street Journal. Youpi ! Champagne ? Il n'y a que le tourisme qu'on attendait avec impatience qui se prend une belle claque dans la figure. Et paf ! Rien que ça, pour un pays qui n'a que ça ! Elles sont bien belles les ruelles d'Achrafieh sous les montagnes de déchets. Mais quand même, allons donc ! On a fait Wall Street plusieurs fois. Et d'autres quotidiens étrangers aussi ! Ils sont fous ces Libanais ! Complètement paumés à applaudir la une et en rire au lieu de se gratter un peu plus la cervelle et vouloir un changement. Radical. Et hop ! Encore une année ratée à se dire que c'est la faute à la politique. Mais qui a mis ces politiques si ce n'est pas moi, ou toi, ou vous, ou nous tous ? Les hashtags se suivent sur les réseaux sociaux. Les statuts de prise de position aussi. Les images iPhone avec filtres et smileys et compagnie. Désolants paysages où un policier se doit de supporter étouffement et parfums avariés. Militants du web. Militants aussi à l'écrit. Rien de plus. Autoflagellation !
J'avais commencé ces lignes avec autre chose dans ma tête. J'avais des couleurs plein les yeux, et des nuages en foulards. J'avais envie de décrire mon road-trip à la Békaa. Ma dégustation de vin frais. Et le café turc pris dans une cuisine chez une femme. Une femme que je ne connaissais pas, mais qui m'a raconté un bout de sa vie que je porte dans mon cœur. En sortant, je la connaissais ! Et je souriais... Je voulais dire qu'il nous reste au moins ça. Un contingent d'humanité. Des moments de partage. Des petits coins qui nous séparent de la réalité. J'étais en train de rédiger toutes ces belles choses dans ma tête un dimanche soir, avec sous ma peau un flottement de bonheur. Mais la justesse finit toujours par nous rattraper. Comme si notre droit au bonheur nous est exclu par hérédité. Comme si nous étions maudits ! J'ai fini par garder sous mes paupières les réfugiés syriens qui s'entassent par dizaines sous des tentes de fortune au sein de la vallée. J'ai fini par ne plus voir les tournesols et les épis de blé. Et Beyrouth mon amour, au parfum de compost. Bye le jasmin ! Bon retour au pays des plus grandes surprises. Dysfonctionnement ! Et dyslexie cynique !
Après tant d'années dans la merde, une crise de poubelles finit par ressembler à une belle parabole !
Ciao Bella ! Ciao !

Hala MOUBARAK

Note : « Bella ciao » est un chant de révolte italien qui célèbre l'engagement dans le combat mené par les partisans de la Seconde Guerre mondiale contre les troupes allemandes de la République sociale italienne durant la guerre civile.

Ah ! Les vacances. Même nos politiques ont les pieds dans l'eau et se sont barrés vers les côtes françaises. Long congé annuel pour ceux qui se démènent à construire un pays. Des vacances bien méritées ! Floc floc, dans le bleu. Un peu de sable sur la peau et surtout, surtout, ne pas être à Beyrouth. Tant mieux ! Je les comprends! Ils évitent les odeurs des sacs-poubelles qui s'empilent et qui s'entassent ! Ils évitent aussi le chantage affectif de Sukleen. Entre ceux qui en veulent pour préserver leurs intérêts, et ceux qui n'en veulent pas, aussi parce que leurs intérêts sont ailleurs. Il y a des divorces qui esquintent les émotions, qui divisent un pays et deviennent houleux. Sukleen ou pas Sukleen, telle est la question. Entre-temps, la puanteur politique se cache sous les ponts et bronze au top sous les parasols...
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