L’alliance entre les trois grands noms de la voiture haut de gamme pour mettre la main sur Here est du jamais-vu. Elle intervient sur fond d’interaction toujours plus forte entre deux secteurs auparavant bien distincts : l’automobile et l’Internet.
Les constructeurs automobiles allemands BMW, Daimler et Audi ont récemment annoncé l'acquisition (pour 2,8 milliards d'euros) du service de cartographie Here de Nokia, une coopération inédite pour contrer les géants de l'Internet dans le secteur-clé de la voiture connectée. Audi (groupe Volkswagen), BMW et Daimler comptent déjà parmi les nombreux clients de Here, service peu connu du grand public mais bénéficiant d'un vaste portefeuille dans l'industrie automobile ou Internet. Les plans de Here sont ainsi utilisés dans 4 voitures sur 5 équipées de GPS intégrés en Europe et en Amérique du Nord, et par de grands noms comme Facebook ou Amazon.
L'alliance entre les trois grands noms de la voiture haut de gamme pour mettre la main sur Here est du jamais-vu. S'ils ont déjà coopéré dans certains domaines, cette acquisition crée, par son ampleur, un précédent. Elle intervient sur fond d'interaction toujours plus forte entre deux secteurs auparavant bien distincts : l'automobile et l'Internet. « La numérisation de l'industrie automobile signifie qu'une grande partie de la valeur d'une voiture sera définie à l'avenir par le logiciel et les services associés », rappelle Mikael Rautanen, analyste du cabinet finlandais Inderes.
D'où l'importance pour les constructeurs automobiles de ne pas laisser aux géants de l'Internet les technologies-clés, telles que les plans en temps réel. Tous travaillent actuellement à développer des voitures connectées, c'est-à-dire reliant le conducteur à son environnement grâce à des capteurs, des caméras et un service de cartographie, pour rendre la conduite plus sûre et plus confortable. Ces outils permettent par exemple d'avertir le conducteur en cas de verglas sur la route, ou de prédire avec encore plus de précision la formation de bouchons.
Riposte contre Google
Mais les constructeurs sont confrontés à la concurrence des rois de l'Internet. L'américain Google fait par exemple circuler sur des routes de la Silicon Valley, en Californie, des voitures dites autonomes, pouvant théoriquement se passer de conducteur. Il compte les commercialiser d'ici à 2020.
Dans ce contexte, l'achat de Here par les constructeurs allemands constitue « une riposte pour rivaliser avec Google et Apple », qui disposent déjà de leurs propres services de cartographie, estime Stefan Bratzel, expert automobile allemand. « Il ne s'agit plus seulement de la voiture autonome », forme la plus aboutie de la voiture connectée, « mais également du business lié aux données générées », souligne M. Bratzel. « La menace la plus importante pour les constructeurs automobiles était de voir Here vendu à la Silicon Valley. Ils ne veulent pas être dépendants d'acteurs comme Google ou Microsoft », résume M. Rautanen.
Le groupe informatique Microsoft était cité parmi les acheteurs potentiels de Here, tout comme Uber (plateforme américaine de réservation de voitures de transport avec chauffeur). Le consortium allemand a tenu toutefois à rassurer sur ses intentions. « Avec notre arrivée au capital de Here, nous voulons garantir l'autonomie de cette offre centrale pour tous les constructeurs automobiles et sous-traitants ainsi que pour les clients des autres secteurs », a affirmé Dieter Zetsche, patron de Daimler. Le fabricant des Mercedes-Benz détiendra ainsi une part égale avec Audi et BMW, et aucun d'eux ne cherchera à prendre une part majoritaire.
(Source : AFP)


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