Ça se produit généralement en période de crise. Chez nous, cela s'est produit en période de guerre. 1975-1990. En quelques heures, en quelques jours, l'irrationnel fait irruption dans nos vies. La mort, le sang, la peur. Des gens qu'on connaît, des gens qu'on aime, partent et ne reviennent pas. Les gens honnêtes se tapissent dans un coin de leur maison. Sonnés, hébétés, estomaqués. Mal au ventre, mal de vivre dans un monde désormais absurde. Au même moment, la bête qui sommeille se réveille violemment chez certains. Le sentiment d'humiliation, le désir de revanche, l'odeur du sang. Les hommes les plus impulsifs, les plus costauds, les plus violents répondent à l'appel. Les gros bras, les voyous, les combattants apparaissent dans chaque quartier. La majorité silencieuse acquiesce. L'instinct de survie est le plus fort. Quelques mois, quelques années. Les chefs de milice, les seigneurs de guerre occupent la place. Ils font la loi. Ils sont la loi. La pyramide sociale est inversée. Les gens honnêtes, éduqués, travailleurs sont désormais invisibles. Les voyous, les voleurs, les criminels dominent. Pillages, massacres, vols, viols, lynchages. Tout y passe, mais personne ne semble en mesure de l'emporter. Après 15 années de violence absurde, la guerre s'arrête. Tout comme elle a commencé. Sans raison apparente. Une amnistie générale est promulguée. Les seigneurs de guerre sont absous de tous leurs crimes. Ils restent au sommet de la pyramide. Ils y sont encore. 25 ans après la fin de la guerre. Ce sont eux qui nous dominent. Et leurs valeurs aussi. Combien de temps encore ?
Nos lecteurs ont la parole - Karim Monsef
Le renversement des valeurs
OLJ / le 14 août 2015 à 00h00


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef