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Moyen Orient et Monde

Des Libanaises à Liège, sans la moindre aide de l’État

FMLF

Venues de leur propre initiative, les jeunes femmes ont représenté avec fierté leur pays au Forum mondial de la langue française.

A. A. | OLJ
28/07/2015

Alors qu'au Liban, on continue de crouler, honteux, sous le poids des ordures, à Liège, une poignée de Libanaises représentaient avec fierté leur pays au deuxième Forum mondial de la langue française. Qu'elles fassent partie du comité d'organisation, soient porteuses de projet ou participantes aux différents ateliers qui ont eu lieu durant cet événement international qui a regroupé près de 1 200 jeunes venus de 100 pays, ces Libanaises ont su représenter à merveille le dynamisme, l'enthousiasme et la créativité de leurs concitoyens.
Chose toutefois intéressante à noter : toutes sont venues à Liège de leur propre initiative, sans aucun soutien de la part des autorités libanaises, en l'occurrence les ministères de l'Éducation et de la Culture, inexplicablement et royalement absents et défaillants à ce niveau.
« Nous avons essayé de représenter notre pays. De présenter une belle image du Liban à tous les niveaux, et de montrer aux autres participants que notre pays est riche en diversité et en culture », affirme avec beaucoup d'enthousiasme Hala Eid, responsable pédagogique dans une école catholique privée au Liban, et coordinatrice de français dans le cycle primaire.
Elle explique que la présence libanaise au Forum est le fruit d'initiatives personnelles. Aucun soutien ou encouragement des autorités locales n'a eu lieu.
« Nous avons fait beaucoup de rencontres intéressantes, et participé à plein d'ateliers aux idées extraordinaires, notamment dans le domaine de l'éducation », ajoute Hala Eid. Selon elle, « le Liban n'est pas loin de ce qui est proposé ici. Nous faisons un travail important dans nos établissements scolaires ».
Une idée confirmée par Hanaa Yatama, étudiante en master du FLE (Français langue étrangère). Bien que non porteuse de projet, elle a quand même présenté son blog lors d'un atelier, une initiative de partage intéressante qui note, selon elle, que le Liban n'est pas à la traîne dans le domaine.

Le plat de « kechek »
Katia Éliane a été la seule Libanaise porteuse de projet, dans le cadre d'un atelier intitulé « Français et langues étrangères : interactions et influences, emprunt et création de mots, camfranglais et désambiguïté ». « Je travaille le contact de la langue arabe avec la langue française dans les œuvres romanesques, notamment d'Amin Maalouf, Alexandre Najjar et Ezza Agha Malak. Les auteurs francophones libanais utilisent parfois des termes arabes dans leur discours. Ces termes forment une certaine ambiguïté pour les lecteurs qui ne sont pas arabophones. Mon travail, qui est le sujet de ma thèse de doctorat à l'Université libanaise, consiste à voir par quel moyen ces termes sont désambiguïsés. En écrivant, par exemple, un plat de kechek, l'auteur utilise un complément de nom (plat) pour faire comprendre aux lecteurs non arabophones qu'il s'agit d'un plat libanais. Un autre auteur utilise le mot dajar suivi par sa traduction, ennui. »
Katia a, elle aussi, présenté son projet à titre individuel, et elle a été choisie pour le donner en partage durant le forum, très réceptif aux idées multiculturelles. Selon elle, le public a apprécié son exposé, surtout qu'elle a parlé d'auteurs connus, comme Amin Maalouf, qui combine son identité libanaise avec sa francophonie.
La jeune Libanaise a également profité du forum pour élargir ses connaissances dans ce domaine, découvrant ainsi qu'il existe des auteurs francophones camerounais et sénégalais semblables aux libanais.
Alia Noueihed Nohra prépare son master en art visuel à l'Alba. Grâce au forum, elle a pris contact avec plusieurs porteurs de projet venus de pays francophones. Elle espère avoir des échanges fructueux pour d'éventuels projets professionnels qui pourraient se réaliser. Alia insiste sur le lien linguistique très fort, puisqu'au Liban, les francophones sont nombreux, surtout parmi les artistes.

Le prochain forum au Liban ?
Pascale Asmar est enseignante à l'Université Saint-Joseph (USJ). Elle a déjà participé au premier Forum mondial de la langue française qui a eu lieu en 2012 à Québec. Elle a été choisie avec une Camerounaise et un Congolais pour faire partie du comité d'orientation du forum de Liège pour placer les jeunes au centre de l'action du forum et de l'OIF (Organisation internationale de la francophonie).
Selon elle, un troisième forum devrait avoir lieu dans les années à venir. Son importance est d'autant plus marquée que les participants souhaitent qu'il soit organisé dans un pays du Sud.
Selon elle, « le Liban est le pays qui peut promouvoir la francophonie dont a parlé la secrétaire générale de l'OIF Michaelle Jean, lors de l'ouverture du forum, une francophonie axée sur l'ouverture, la tolérance, la paix. Beyrouth, ville multiculturelle et multilingue, pourrait profiter de ce statut pour demander l'organisation du 3e forum au Liban. Mais il revient à l'État de le faire. Ainsi, un travail institutionnel doit être entrepris par le gouvernement libanais et par la représentante personnelle auprès de la présidence de la République, Fadia Kiwane, pour promouvoir la candidature libanaise auprès de l'OIF ».
Il faut rappeler que le Liban a raté plusieurs occasions par le passé pour présenter des candidats dans des institutions régionales ou internationales, à l'instar de l'OIF ou de l'UPM (Union pour la Méditerranée).
« J'espère vraiment que le Liban reprendra sa place centrale au sein de la Francophonie », déclare Pascale Asmar, ajoutant : « Tout le monde parle de la contribution de Charles Hélou, s'émerveille de l'organisation du sommet de 2002 et des Jeux de la francophonie, etc. On doit exploiter notre seule richesse, à savoir la culture et notre diversité », conclut-elle.

 

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