Le président des Forces libanaises, Samir Geagea, entouré du député Ahmad Fatfat (à gauche) et du député allemand Roderich Kiesewetter (à droite). Photo Aldo Ayoub
Une conférence sur les moyens de lutter contre le fanatisme et d'affronter l'instabilité au Moyen-Orient s'est tenue hier à Maarab, en présence d'un grand nombre de ministres et députés, et avec la participation d'une délégation du Parti chrétien démocrate allemand.
Modérée par le directeur général de la radio al-Charq, le journaliste Kamal Richa, la conférence s'est ouverte sur une allocution du président des FL, Samir Geagea : « Les différents types de Daech observés depuis le XXe siècle ne sont pas nés d'aujourd'hui. De nombreuses républiques exercent en effet le terrorisme bien avant l'État islamique, à la différence que celui-ci le fait ouvertement. »
Il a ainsi précisé que « le terrorisme ne devient visible que lorsque prévaut le chaos. Ainsi, par exemple, les États-Unis n'ont pu combattre le terrorisme en Irak, en dépit de la puissance de leur arsenal, et ont donc préféré armer des factions militaires pour affronter le terrorisme, et c'est cette option qui a finalement réussi. Autrement dit, l'on ne peut saper le terrorisme qu'à travers l'environnement où il se trouve. »
Le lien entre le chaos et le terrorisme paraît clair en Syrie. « Au cours des six premiers mois ayant suivi le déclenchement de la révolution en Syrie, les manifestations étaient toutes pacifiques, et près de 10 000 révolutionnaires ont été tués par le régime avant même que l'affrontement sur le terrain n'ait lieu entre le régime et les rebelles. C'est ensuite que régna le chaos, propice au ralliement des organisations terroristes, qui se sont élargies et développées jusqu'à l'émergence de l'État islamique », a-t-il souligné. En somme, pour le président des FL, « nous ne pouvons vaincre l'État islamique tant que la situation en Syrie demeure telle quelle ».
Il a recommandé de « tirer les leçons du passé. La guerre militaire ne suffit pas à elle seule et doit s'accompagner d'un réajustement des circonstances et des facteurs ayant conduit à cette expansion du terrorisme ».
Il a ainsi prié les gouvernements concernés de « prendre en compte les réalités irakienne et syrienne pour élaborer et mettre en œuvre une solution permanente au terrorisme et au fanatisme, afin de rompre le cercle vicieux où nous nous trouvons ».
Relire le Coran
Dans ce contexte, le président du Rassemblement des ulémas libanais, le cheikh Abbas el-Jawhari, a disséqué l'environnement favorable au terrorisme : « La pauvreté et le chômage, les horizons fermés, le report de la résolution du conflit israélo-palestinien, mais surtout l'environnement d'oppression qui domine notre région, à travers les entités baptisées faussement États. Ces soi-disant États sont en réalité des gangs qui contrôlent les pays et pillent le peuple par le biais du clientélisme (...) ramenant nos sociétés à l'époque tribale. »
Selon lui, « la renaissance arabe ne sera jamais initiée sans l'abandon de l'idée qu'un individu n'est entièrement citoyen que s'il appartient à la communauté dominante ». Si « le texte religieux (en l'occurrence, le Coran), peut aussi bien véhiculer un appel à la paix qu'un appel à la guerre », il est nécessaire que « des hommes de religion éclairés et réformistes en fassent une lecture humaniste ». Dans ce sens, le directeur du centre d'études et de médias islamiques, le juge cheikh Khaldoun Araymet, a estimé qu'il « n'existe pas sur cette terre de minorités », aussi bien les chrétiens que les musulmans « étant victimes du terrorisme ».
Le député allemand, Roderich Kieswetter, a souligné qu'un « message clair doit être adressé au président syrien Bachar el-Assad, qui a tout fait pour aggraver la situation humanitaire en Syrie. C'est lui qui est responsable de la situation tragique des réfugiés. Il doit par ailleurs cesser de compter sur le soutien occidental indirect pour combattre l'État islamique. Il est essentiel que l'Iran change de stratégie par rapport à la Syrie, dont il continue de soutenir matériellement le régime ».
Harb
C'est au niveau du rôle des institutions et de l'armée libanaise que s'est placé le ministre des Télécommunications, Boutros Harb. Il a mis le doigt sur « les problèmes de fanatisme et d'instabilité latents dans notre société même », qui menacent de la déchirer.
« Certains parmi nous sacralisent les frontières du Liban, sa souveraineté et son État, tandis que d'autres y perçoivent un signe de repli, antinomique de la oumma dans laquel ils croient (...). Certains s'attachent à la légitimité des institutions, alors que d'autres estiment tenir leur légitimité des armes illégales, ou d'une rue qu'ils mobilisent au gré de leur volonté de saper la Constitution et les lois. Certains créent leur propre État et leur propre armée, sous prétexte de libérer les territoires occupés par l'ennemi, et ne manquent pas de diriger leurs armes contre les citoyens pour leur imposer leur politique, ou de s'impliquer, avec leurs armes, dans une entreprise de protection du régime syrien. Certains paralysent la Constitution ou le quorum des séances électorales, en s'appuyant directement ou indirectement sur la force des armes illégales. Et le plus dangereux est que ces pratiques ont lieu dans la souffrance silencieuse du peuple, face à une caste politique qui traite ces anomalies comme des choses ordinaires. »
Il nous faut donc « nous entendre sur les notions de fanatisme et d'instabilité », a-t-il souligné. Sauf que la présidentielle est le préalable nécessaire à cette entente. « Seule l'élection d'un président est la pierre d'angle du projet d'édification de la nation », a-t-il souligné, appelant à affronter les boycotteurs par les moyens démocratiques, y compris les manifestations.
Il reste que, pour le député Bassem Chab, membre du courant du Futur, le Liban « a réussi à se prémunir de la tempête régionale », en grande partie grâce à la cohésion de l'armée, mais aussi grâce aux chrétiens, « qui constituent une barrière politique et géographique entre les deux blocs démographiques chiite et sunnite ».
L'ancien ministre, Sélim Sayegh, a proposé une feuille de route basée principalement sur un mécanisme de dialogue efficace et largement participatif, « dont le Liban peut être l'espace de prédilection ».
Ont également pris la parole le directeur du centre d'études et de médias islamiques, le juge cheikh Khaldoun Araymet, ainsi que l'analyste militaire et stratégique, le général à la retraite, Nagi Malaeb.


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Il faut préciser que c'est suite à l'émergence du Khomeinisme intégriste chïïte en Iran, que l'intégrisme sunnite s'est développé à partir de l'Afghanistan....
10 h 05, le 23 juillet 2015