Inconnu du grand public, Dieter Moebius a profondément bouleversé la musique électronique en repoussant les limites sonores de ce qui avait pu être fait avant les années 70.
C'est son ami Michael Rother – avec qui il avait fondé le groupe Harmonia en 1973 – qui a confirmé sa disparition sur Facebook lundi soir, sans pour autant donner d'indications sur les raisons de sa mort.
Né en 1944 en Suisse, Moebius a grandi baigné dans la musique classique de sa mère pianiste. Mais le déclic sonore se fait lorsqu'il entend les rythmiques rock endiablées de Chuck Berry, puis celles torturées du Velvet Underground.
Après des études d'art à Bruxelles, le jeune musicien suisse alémanique se retrouve en 1969 à Berlin-Ouest, où, progressivement, il fait du Zodiak Free Arts Lab son lieu de prédilection. Ici, le krautrock (littéralement « rock choucroute ») qui résonne – porté par des synthétiseurs proéminents et des arrangements minimalistes – n'en est alors qu'à ses balbutiements. C'est dans cette ville morne, mais qui célèbre l'arrivée du chancelier Willy Brandt, que Conrad Schnitzler et Hans-Joachim Roedelius invitent alors Dieter Moebius à former le groupe « Kluster ».
Expérimentations cérébrales
Le groupe se muera en « Cluster » au moment du départ de Schnitzler et de l'arrivée du producteur Conny Plank (Eurythmics, Ultravox), deux ans plus tard. Le duo continue de plus belle ses expérimentations cérébrales à base de sons lancinants et immersifs, remplis de réverbérations soniques et de guitares distordues angoissantes. Que ce soit avec l'album radical II ou le bien plus écoutable Zuckerzeit, le tandem devient rapidement culte.
En 1973, Michael Rother du groupe « Neu ! » se joint à eux. Le « supergroupe » Harmonia prend forme. Le séminal « Musik von Harmonia », avec sa pochette ressemblant à une publicité pour lessive, symbolise l'un des sommets de la musique expérimentale. Disparus pendant près de vingt ans, il faudra aussi attendre 1997 pour que les enregistrements de l'album Tracks and Traces (1976) fassent de nouveau surface.
Jamais loin des épopées sonores hypnotiques, la légende de l'« ambient music », Brian Eno, collaborera avec Dieter Moebius à plusieurs reprises, avec Cluster comme avec Harmonia, notamment pour les apaisés et lancinants Cluster And Eno et After The Heat.
Insatiable chercheur de sonorités nouvelles, le savant-fou Moebius était aussi l'auteur de plusieurs albums solos, dont Ding en 2011 ou encore Nidemonex l'an dernier. L'apport de cet artiste à la musique moderne est inquantifiable tant il est massif et pléthorique. Si David Bowie est tombé amoureux de Berlin en 1976 – et que son album Low a vu le jour – c'est un peu à cause, ou plutôt grâce à la musique cosmique et oppressante de Dieter Moebius. Sans lui, le krautrock n'aurait définitivement pas eu la même saveur et la musique électronique pas le même visage aujourd'hui.
Cluster - Hollywood
Harmonia & Eno '76 - Welcome
Eno.Moebius.Roedelius - The Belldog
Après des études d'art à Bruxelles, le jeune musicien suisse alémanique se retrouve en 1969 à Berlin-Ouest, où, progressivement, il fait du Zodiak Free Arts Lab son lieu de prédilection. Ici, le krautrock...

