Il a beau se tourner, se détourner, se retourner, se contorsionner, d'alliance en alliance, il demeure identique à lui-même et rejoint son point de départ. Réfractaire compulsif à tout changement, en dépit de la couverture qu'il se donne, il méprise et rejette tout ce qui ne reflète pas sa propre volonté, ses propres désirs. Avatar d'un Napoléon déchu jusqu'à l'exil, il porte en lui la marque indélébile des ambitions inassouvies. Après un parcours riche en guerres intestines, un chemin traversé par un nombre incalculable d'autocars scolaires sillonnant les routes pour sa propre gloire avec musique et drapeaux à l'appui, et la trajectoire de quatre décennies catastrophiques pour son pays, son ego en ressort plus fort que jamais. Aujourd'hui comme hier, ce sont des apparitions publiques, appuyées de déclarations contradictoires mettant en exergue la morale de ceux qui ne sont pas du même avis que lui, alors que sa conscience est escamotée lorsqu'il s'agir d'élire un président de la République pour son pays. Aujourd'hui, comme hier, c'est un appel à la rue pour régler une affaire de nomination (qui se trouve être au demeurant une affaire de famille). Les chrétiens sont-ils donc devenus des moutons de Panurge pour se jeter aveuglément dans cette mer de complots qui se prépare à eux ? Sont-ils aveuglés au point de se laisser encore entraîner à la haine de l'autre pour satisfaire cette soif de pouvoir toujours inassouvie, conforme à elle-même comme la surface lisse de ce ruban à une seule face ?
C'est en bouclant un ruban dans l'espace qu'August Ferdinand Möbius, éminent mathématicien et astronome, découvrit en 1858 que celui-ci avait une seule face, alors qu'apparemment il devrait y en avoir deux. Quelle que soit la torsion faite à ce cercle, il aura la même surface au début et à la fin. Il suffit pour cela de prendre un stylo et de tracer une ligne sur une face et l'on constate que l'on ferme la boucle sans avoir quitté cette même face.
Il en est ainsi de ces politiciens qui, quelle que soit leur appartenance politique ou communautaire, nous donnent l'impression d'agir pour le changement, alors que nous avons chaque jour la preuve de leur incapacité à régler les problèmes sociaux et à quitter le pouvoir en le passant à d'autres. Par conséquent, la politique du Liban demeure dans le vague et dans la monotonie, en dépit des conflits régionaux, de l'exode des chrétiens, des avancées géographiques de ces extrémistes fanatiques Daech, du danger à nos frontières, de l'invasion de notre pays par un million et demi de réfugiés. Les députés, malgré une Constitution bien claire, au mépris de l'alternance des pouvoirs et de toute démocratie, violent par deux fois la loi en prorogeant leur propre mandat : une première fois le 31 mai 2013 sous une pluie de tomates et une seconde fois, à l'ombre de manifestations, le 5 novembre 2015, lorsqu'ils votent la prorogation pour deux ans et sept mois. Les prochaines législatives se feront donc le 20 juin 2017. Quant aux ministres, c'est la même dérision qui est constatée de leur part concernant notre Constitution libanaise. Depuis la naissance du cabinet du Premier ministre Tammam Salam le 15 févier 2014, le gouvernement demeure, et ce en dépit de la fin du mandat du président de la République. Ces 24 ministres continuent de diriger le pays en s'accaparant ipso facto les prérogatives présidentielles.
Le problème nous interpelle et nous touche profondément en tant que citoyens libanais, et nous sommes rattrapés par la conjoncture des conflits à cause exogène et endogène. Quelles que soient les décisions politiques prises, les positions stratégiques adoptées, la ranimation de l'économie libanaise effectuée (cette dernière aux soins intensifs, dit-on, et qui ne retrouvera son taux de croissance qu'en 2019, d'après le FMI), le vrai changement ne peut survenir qu'en renouvelant la classe gouvernante. Les anciens devraient s'effacer et transmettre le pouvoir aux plus jeunes. Ce sont les méthodes dépassées, les tactiques trompeuses, les administrations corrompues, le protectionnisme communautaire qui rongent le pays de l'intérieur. Ce manque de transparence s'étend comme un virus et contamine toute une classe politique, mais il n'a pas encore atteint cette tranche d'âge qui espère en un monde meilleur, qui rêve d'un avenir prospère pour le pays, cette génération qui étudie et travaille à faire connaître le nom du Liban, à le servir, bref... à être patriote. Car le patriotisme est l'apanage de l'avenir. C'est cette caractéristique qui démarquera un Libanais d'un autre. C'est cette caractéristique qui fera d'un Libanais un fervent citoyen ou un « asservi » à une nation étrangère.
Quant aux deux leaders, chrétiens et ennemis, je leur dis : Que nous importe votre « déclaration d'intentions », si celle-ci n'a pas de conséquences tangibles sur le terrain politique. Elle ne peut être considérée que comme un règlement de comptes entre vous deux. Car vous en avez des procès entre vous depuis toutes ces années ! Ne dit-on pas que l'enfer est pavé de bonnes intentions ?
Montrez votre bonne foi au peuple libanais et élisez-nous un président pour notre république, choisi parmi la nouvelle génération libanaise d'hommes instruits de notre société civile, de ce peuple qui ne veut plus de votre guerre mesquine qui rabaisse le niveau intellectuel du Liban. Que toutes les institutions civiles fassent entendre leur voix par des pétitions et exigent un président. Quant à vous ministres et députés, vous ne nous représentez plus depuis belle lurette. Vous êtes là chaque jour inventant des raisons pour traîner dans les ruelles d'un pouvoir à l'agonie. Le pouvoir est au peuple, et comme le disait un sénateur romain : « Le véritable cœur de Rome n'est pas dans le marbre du Sénat, mais dans le sable du Colisée. » Et s'il nous faut descendre dans la rue, ce ne sera pas pour de basses raisons politiciennes mais pour la gloire de notre pays, pour la liberté du Liban, pour demander sa neutralité parmi toutes ces guerres expansionnistes qui nous entourent. Pour demander que la protection de l'Onu s'étende sur tout le territoire libanais. Car notre pays ne peut être un satellite iranien, ni une province syrienne, ni une orbite saoudienne. Notre Liban, cette terre de nos aïeux, ne peut être qu'une nation libanaise et arabe avec à sa tête un président neutre sorti des rangs de notre société civile.
P.S. : ce que vous avez de mieux à faire, Messieurs les députés, est de vous enfermer tous dans l'hémicycle jusqu'à ce que vous ayez accompli votre devoir envers votre nation et ce pour quoi vous avez été élus.
Molly SELWAN


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Oui, mais bon, un peu de sang-froid svp !
11 h 22, le 11 juillet 2015