Chaque année, l’Association de protection des consommateurs publie un indice fattouche qui mesure le prix des ingrédients de cette préparation pendant le mois de ramadan. Photo PHB
C'est le marronnier de ramadan : chaque année, les commerçants sont suspectés de profiter de cette période de fêtes pour augmenter leur prix. Et 2015 ne fait pas exception : dès le premier jour du mois de jeûne, l'Association de protection des consommateurs (APC) a fait état d'une montée fulgurante des prix du poulet et de son indice fattouche. « Chaque année, aux alentours de la période de ramadan, cet indicateur mesure, à un rythme hebdomadaire, le prix des aliments nécessaires à cette préparation alimentaire emblématique », explique à L'Orient-Le Jour le président de l'APC Zouhair Berro.
Querelle de chiffres
Selon lui, cette hausse serait intervenue brutalement, entre le 5 et le 16 juin, soit deux jours avant le début de ramadan. Le prix de la laitue aurait ainsi augmenté de 29 %, la tomate de 50 %, le radis de 67 %, la coriandre de 43 %, tandis que le persil et le pourpier auraient vu leur prix doubler. Le poulet a pour sa part augmenté de 28 % sur la même période. Seule la viande bovine a baissé de 3 %. Ces variations seraient restées stables depuis le début du jeûne.
Mais ces chiffres sont considérés comme « irréalistes » par le ministre de l'Économie et du Commerce, Alain Hakim. Entre le 11 et le 18 juin (premier jour de ramadan), le bureau technique des prix du ministère a ainsi fait état d'une baisse de la plupart des prix des aliments concernés : qu'il s'agisse du persil
(- 7 %), de la laitue de (- 2 %), ou de la coriandre et du pourpier (- 1 %). Le prix du radis serait resté, lui, stable ; et une hausse aurait été constatée sur ceux de la tomate (+ 7 %) et du poulet (+ 1 %). « Cette différence très nette entre nos chiffres et ceux de l'APC est probablement due au fait que leur méthodologie n'est pas vraiment méticuleuse », affirme M. Hakim à L'Orient-Le Jour.
Un avis partagé par le président de l'Association des commerçants de Beyrouth, Nicolas Chammas : « Le problème réside dans l'échantillonnage utilisé. Une démarche scientifique doit prendre en compte différents critères liés au prix, un nombre suffisant et diversifié de points de vente, et respecter une bonne répartition géographique. Enfin, il faut toujours avoir recours au même échantillon. Je doute que toutes ces conditions aient été respectées. » L'APC indique à cet égard que son indice fattouche repose sur une enquête réalisée dans cinq supermarchés de Beyrouth et de sa banlieue. Soit un échantillon bien plus réduit que celui de son indice trimestriel des prix à la consommation qui mesure les prix de plus d'une centaine de produits de première nécessité dans les étals de 88 magasins.
Marges illégales ?
Reste que cette bataille statistique ne s'arrête pas à la seule période de ramadan. Pour Zouhair Berro, cette période serait révélatrice d'un comportement quasi généralisé des marchands de détail à Beyrouth, qui dégageraient des marges démesurées par rapport au prix d'achat versé à l'agriculteur. Selon lui, les commerçants généreraient ainsi des marges allant jusqu'à 344 % sur le persil, 300 % sur la laitue ou 72 % sur la tomate. Une affirmation catégoriquement démentie par Nicolas Chammas : « Le Liban est aujourd'hui dans une situation proche de la déflation, les commerçants n'ont donc pas la capacité d'augmenter leurs prix sans que cela n'affecte la demande. S'il est vrai qu'aux premiers jours du mois de jeûne, le bond de la demande peut entraîner un certain pic au niveau des prix, il s'agit d'une hausse exceptionnelle et très temporaire, pas d'une règle générale. »
Et l'enjeu n'est pas qu'économique : un décret de 1983 (modifié en 2005) interdit les marges commerciales supérieures à 50 %, sous peine d'amende ou d'emprisonnement. « En suivant les prix, le bureau technique joue un rôle de lanceur d'alerte vis-à-vis de la direction de protection du consommateur qui sera alors chargée de pénaliser les infractions. Par ailleurs, le bureau travaille sur une étude approfondie des marges réalisées sur les cent produits les plus consommés au Liban, afin de mettre en place une procédure spécifique de vérification », indique Alain Hakim, qui invite donc l'APC à lui communiquer les noms des établissements en cause pour que ses services puissent vérifier leurs chiffres. « Ces prix sont la réalité du terrain, nous laissons donc les consommateurs constater par eux-mêmes s'il y a bien eu une hausse », rétorque Zouhair Berro.
Pour mémoire
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