Les développements survenus dans la région du Moyen-Orient depuis 2011, appelés printemps arabe, ont nécessairement eu une influence directe sur le cours de la politique au Liban. La situation actuelle est à beaucoup d'égards un aboutissement. Un effort de perception laisserait peut-être repérer le conducteur des bouleversements tragiques.
Le monde vit les derniers jours de l'ère moderniste ou industrielle, l'ère ayant dominé depuis l'avènement de la machine et fait évoluer les structures de l'ère prémoderniste à celle moderniste entamée dans les débuts du XIXe siècle. En effet, l'apparition insistante, dominante et presque insidieuse du numérique aux dépens de la machine indique fermement le passage du monde vers le postmodernisme et l'ère postindustrielle. Le maître du nouveau management, Peter Drucker, a introduit le concept de postcapitalisme ou l'économie de la connaissance (knowledge economy). Un autre, Jac Fitzenz propose déjà des définitions pour le capital humain et le capital intellectuel. La machine, instrument (tool) de l'ère industrielle, fut le prolongement de la force physique de l'homme, alors que le numérique reflète toute la puissance de sa force nerveuse.
Les certitudes établies durant plus d'un siècle grâce à la pérennité de la machine, donc de l'ère industrielle et de toutes ses émanations socio-idéologiques, sont naturellement ébranlées, mais violemment. Lorsque Nietzsche prophétisa le crépuscule des idoles, il s'attaquait à la plus cimentée des certitudes, car représentant un fondement et un monument issus de l'ère moderniste, l'ère de la machine.
Le monde entrant dans l'ère postindustrielle ou numérique assiste ébahi à l'écroulement des certitudes comme ce que l'attaque du 11-Septembre causa aux Twin Towers à New York, en 2001.
Nietzsche ne visionnait pas les idoles dans leur sens humain, mais surtout les certitudes dans les croyances et avant tout les présomptions figées et imposées d'une façon autoritaire devenues en ce moment caricaturales lorsque martelées.
Un des exemples les plus déterminants à suivre est bien celui des États-Unis d'Amérique. Ronald Reagan avait été élu président en 1980. Les Américains, en particulier les démocrates, ainsi que les autres terriens, réalisèrent peu l'avènement d'une nouvelle période centrée sur un néolibéralisme évoluant ultérieurement vers l'ultralibéralisme ainsi que sur le culte foisonnant du Waspisme comme sur une politique étrangère offensive usant même de la force armée non plus pour défendre les États-Unis contre les manières « maléfiques » de l'ex-URSS mais surtout pour répandre les fermentations de la nouvelle période à travers les recoins de la planète.
Mais s'est-il fait qu'en 2008 Barack Obama a été élu à son tour président des États-Unis après l'entrée du pays dans une crise financière dégénérant en une crise d'économie réelle provoquant plusieurs des corollaires sociaux. Barack Obama s'est fait réélire en 2012 malgré le rappel de tous les néoconservateurs du monde, américains, européens, arabes, israéliens et... libanais.
Une coïncidence ? Ou bien, les États-Unis sont entrés dans une nouvelle période, car toujours en précurseurs par rapport aux autres terriens. Les changements apportés par l'administration Obama sont majeurs, et plus seulement « incremental », notamment par rapport aux politiques des mandats l'ayant précédé depuis 1980. « Community Oriented » est devenu le motto des propositions en économie. C'est en opposition à « Community Gated » sévissant avant la grande récession de 2008. La culture des non-wasps devient peu à peu partie intégrante de l'échelle des valeurs. La politique étrangère cherche à évaluer les situations en respectant les conditions tangibles et en y ajustant les intangibles. C'est surtout le début de la consécration de l'individualité (à ne pas confondre avec l'individualisme), donc le respect de l'itinéraire propre de chacun en l'assumant comme un référentiel autonome à ce chacun. Est-ce fortuit qu'un candidat à l'investiture démocrate, Bernie Sanders, se dit ouvertement « socialiste » ?
Le printemps arabe a, à son tour, soumis les structures de plusieurs pays de la région à un ébranlement des certitudes accumulées durant plus d'un siècle. L'ère numérique ou postindustrielle remet en cause les pérennités des idéologies échafaudées en vue de centraliser l'expansion de la machine dans les régions les plus éloignées et les plus traditionnelles. Des couches sociales hégémoniques ont vu leur pouvoir ainsi que leur légitimité bousculés. Leurs certitudes autrefois des valeurs ajoutées deviennent un passif étouffant.
Qu'en est-il du Liban ? Relics, un des premiers albums du légendaire groupe Pink Floyd du temps de son fondateur Syd Barett, se referait déjà à la décrépitude des émotions, les Libanais voient-ils déjà les reliques des structures de son ère industrielle et moderniste, et les décrépitudes des certitudes accumulées depuis avant 1840 ?
Le plus angoissé car peut-être le plus artiste des acteurs politiques libanais capterait-il déjà des ondes dans ce sens ? En tout cas Walid Joumblatt s'est mis en « état d'urgence ».
Ibrahim GEMAYEL


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
OU : L'ÈRE DE L'ABRUTISSEMENT À L'ÉCHELLE DE LA PLANÈTE !!!
11 h 12, le 27 juin 2015