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Disparition

Nersès Bedros XIX : un rassembleur attentif aux signes des temps

« Soyez des précurseurs du Second Avènement » : ses dernières recommandations, le catholicos-patriarche des arméniens-catholiques les a réservées à l'Ordre de Malte au Liban.

Le patriarche Nersès Bedros à la grande messe du 12 avril, à Rome, avec le pape François. Photo AFP

Il est mort en serviteur, le tablier ceint autour des reins. Le catholicos-patriarche des arméniens-catholiques, Nersès Bedros XIX, est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi, victime d'une crise cardiaque. Quelques heures plus tôt, cet homme de Dieu qui a marqué l'histoire de son Église avait célébré une messe solennelle en l'église Saint-Élie, place Debbas, à l'intention de l'Ordre de Malte au Liban. Élu patriarche de sa communauté le 7 octobre 1999, Nersès Bedros XIX, né au Caire le 17 novembre 1940, aura gouverné son Église comme patriarche durant 16 ans. Des années durant lesquelles il s'était laissé conduire par l'Esprit Saint, attentif aux signes des temps.
Le patriarche Yazigi a rappelé hier, dans une note de condoléances, l'une des particularités de son patriarcat : « L'ouverture aux autres ». De fait, comme l'attestent ses proches, le patriarche Nersès Bedros a suivi avec beaucoup d'attention, et d'inquiétude, ces dernières années, l'évolution de la situation au Moyen-Orient, et réfléchi au rôle que les chrétiens pouvaient y être appelés à jouer. L'importance cruciale de l'œcuménisme, en ces temps troublés, ne lui échappait pas.

La place des laïcs
Tout au long de ses années patriarcales, Nersès Bedros XIX n'a pas cessé non plus de réfléchir à la place des laïcs dans l'Église et à manifester son intérêt pour les mouvements ecclésiaux nés dans le sillage du concile Vatican II, notamment pour le renouveau charismatique. Inutile de dire que l'Arménie le hantait jour et nuit, qu'il a fortement encouragé les écoles catholiques et les médias chrétiens, s'employant en outre à faire aboutir, à Rome, la cause du bienheureux évêque Ignace Maloyan, martyr du génocide de 1915, ainsi que celle de saint Grégoire de Nareg, proclamé Docteur de l'Église universelle.

Le rassemblement arménien à Rome
Le patriarche Nersès Bedros avait été en particulier le promoteur, puis la discrète cheville ouvrière, du grand rassemblement de Rome du 12 avril dernier, au cours duquel le pape avait célébré une messe commémorant le centenaire du génocide arménien de 1915. La messe avait regroupé, autour de l'autel papal, le patriarche Nersès Bedros et les deux grands chefs de l'Église arménienne apostolique Karékine II, catholicos de tous les Arméniens, et Aram Ier, catholicos de la Maison de Cilicie, en présence du président arménien Serge Sarkissian.
À cette occasion historique, dans un message adressé à l'assemblée réunie dans la basilique Saint-Pierre, le pape François n'avait pas hésité à qualifier les massacres d'Arméniens par le gouvernement des Jeunes-Turcs, à partir de 1915, de « génocide ».
« Au siècle dernier, notre famille humaine a traversé trois tragédies massives et sans précédent. La première, qui est largement considérée comme "le premier génocide du XXe siècle", a frappé votre peuple arménien », avait déclaré le pape lors de la messe dite pour le centenaire du génocide, citant un document signé par son prédécesseur, Jean-Paul II en 2001, « Occulter ou nier le mal, c'est laisser une blessure ouverte saigner sans la panser », avait-il expliqué en ouvrant la cérémonie.
Ordonné prêtre au Caire, en 1965, le patriarche Nersès Bedros avait longtemps assumé des charges pastorales en Égypte, avant d'être élu chef de son Église. Après son élection en 1999, entre 2001 et 2005, il avait effectué de nombreux voyages pastoraux pour rendre visite aux colonies arméniennes dispersées aux quatre coins du monde. C'est ainsi qu'il s'était rendu en Jordanie, en France, en Suède, en Australie, en Pologne, en Ukraine, en Iran, en Syrie, en Égypte, en Terre sainte et en Amérique du Sud.
Le patriarche avait par ailleurs accompagné le pape Jean-Paul II au cours de ses voyages apostoliques en Égypte (février 2000), en Jordanie (mars 2000), en Syrie (mai 2001) et en Arménie (septembre 2001).

L'Ordre de Malte
Sa dernière messe, le patriarche Nersès Bedros l'a célébrée mercredi 24 juin en fin d'après-midi à l'intention de l'Ordre de Malte au Liban, qui fêtait ce jour-là la nativité de saint Jean-Baptiste, son saint patron. Dans la tradition apolitique de l'Ordre hospitalier, la messe avait réuni autour de l'ambassadeur de l'Ordre souverain de Malte au Liban, Charles-Henri d'Aragon, et du président de l'Association libanaise des chevaliers de Malte, Marwan Sehnaoui, des officiels. On notait en particulier la présence de Abdel Latif el-Zein (représentant le président de la Chambre) et Nabil de Freige (représentant le Premier ministre), ainsi que des représentants de toutes les communautés religieuses chrétiennes, mais aussi non chrétiennes auxquelles l'Ordre hospitalier est associé dans le service des pauvres et des malades (fondation Imam el-Sadr, Dar el-Fatwa, Maison druze et Fondation Cheikh Abou Hassan Aref Halawi).
Au cours de sa dernière homélie, Nersès Bedros, comme dans un pressentiment de son propre départ, avait affirmé : « Nous sommes souvent étonnés du comportement de Dieu, qui agit selon Sa sagesse et nous, comme Jean-Baptiste, selon la sagesse humaine. Dans ce sens, nous rencontrons des chrétiens qui ne prient plus, car ils sont déçus de ce que les choses ne se réalisent pas comme ils l'auraient espéré (...). Or (...) beaucoup de chrétiens n'ont pas encore compris que Dieu n'empêche pas le mal que les hommes font, puisque Dieu respecte la liberté de l'homme. Mais Dieu a envoyé son Fils unique pour le salut de tout homme, tout en respectant sa liberté. En ce sens, nous aussi avons parfois des déceptions, car notre logique sur le plan divin n'est pas illuminée suffisamment, elle est souvent dominée par des idées préconçues. »

Chaque chevalier, chaque dame...
« Je souhaite que chaque chevalier et chaque dame de l'Ordre souverain de Malte, ainsi que tout chrétien comprenne la vocation de saint Jean-Baptiste et qu'il renouvelle son engagement chrétien, pour comprendre chaque jour la volonté de Dieu, pour ne pas se scandaliser devant le mal qui nous entoure, quel qu'il soit, surtout celui qui est accompli contre les disciples du Christ. Et les exemples ne manquent pas. »
« Le premier temps du royaume de Dieu a commencé à la résurrection du Christ et se terminera à la fin des temps. Et comme Dieu a choisi Jean-Baptiste comme précurseur de Jésus au premier temps du royaume, le Christ ressuscité choisit ses disciples pour en faire les précurseurs de son Second Avènement. »

 

Pour mémoire
Sous l'évocation du génocide arménien par François, pointe la cause des chrétiens d'Orient


Il est mort en serviteur, le tablier ceint autour des reins. Le catholicos-patriarche des arméniens-catholiques, Nersès Bedros XIX, est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi, victime d'une crise cardiaque. Quelques heures plus tôt, cet homme de Dieu qui a marqué l'histoire de son Église avait célébré une messe solennelle en l'église Saint-Élie, place Debbas, à l'intention de...

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Amen ! ! !

ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

07 h 56, le 26 juin 2015

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  • Amen ! ! !

    ANTOINE-SERGE KARAMAOUN

    07 h 56, le 26 juin 2015