Certains hommes ont un heureux caractère, et des dons qui leur permettent de s'élever au-dessus de l'adversité et d'échapper à la monotonie de l'existence ; ils ne restent jamais au niveau des ressentiments mesquins et des commérages, mais discutent de grands principes et d'idées générales. On ne peut pas abattre ces gens-là, car ils ont un esprit supérieur, élevé, constamment enrichi par des apports nouveaux. En outre, ils comprennent le point de vue de leur entourage en sachant ne pas faire prévaloir le leur et ont en commun un certain nombre de caractéristiques. On en relèvera les plus importantes au fur et à mesure du développement de la question.
D'abord ils ne se croient pas obligés de percer à tout prix. Ils choisissent d'instinct la voie la plus naturelle pour trouver de nouveaux centres d'intérêt : celle de la fascination et de l'émerveillement. Ils ne forcent pas à un perfectionnisme rébarbatif. Certains d'entre eux s'infligent des courses faites de longues et agréables promenades. Il est vrai d'ailleurs que toute recherche suivie avec persévérance est préférable à l'ennui ; mais nous avons besoin de sujets « stimulants » beaucoup plus que des sujets « stimulés ». Une attitude détendue favorise spontanément la curiosité intellectuelle et, en conséquence, l'épanouissement de nos facultés.
Par ailleurs, ceux-ci savent mettre à profit leurs moments d'inspiration. Les grands eux-mêmes ne touchent au sublime que par instants. Il est faux de croire que le génie se manifeste à jet continu : les êtres exceptionnels connaissent des temps morts où ils partagent la vie comme de simples mortels ; mais dès qu'ils sont saisis par l'inspiration, ils abandonnent tout pour s'y consacrer.
Les périodes où l'on atteint « l'excellence » sont parfois brèves : animé par « le souffle divin », l'artiste sent alors ses facultés créatrices se sublimer et connassant la valeur de ces moments-là, il en tire parti, contrairement à tant d'autres qui les gâchent.
Chacun de nous connaît ces instants où tout semble aller à merveille : le travail se fait tout seul, on se sent fort et confiant, les difficultés s'évanouissent. Il faut apprendre à les exploiter quand ils surviennent. Et ce qu'il faut remarquer, c'est qu'ils vont souvent de pair avec l'apparition d'occupations nouvelles et passionnantes.
De plus, ils savent eux aussi suivre le courant naturel de leurs intérêts. Tout le monde sait que chaque jour nous réserve des surprises qui nous entraînent : un livre qui nous touche ou une conversation intéressante avec un nouvel ami ou bien encore un film de cinéma illustre et fécond peuvent tous nous élever au-dessus de nous-mêmes et nous faire découvrir tout un tas de nouvelles idées.
Ainsi, ces personnes observent leur prochain pour s'en inspirer, c'est-à-dire des gens à l'esprit dynamique et inventif qui s'enrichissent souvent grâce au contact des autres aussi bien que d'eux-mêmes.
Chacun de ceux que nous rencontrons s'intéresse à ce sujet ou à un autre qui nous est étranger. Il suffit de tendre l'oreille pur savoir lequel. Peut-être aurons-nous l'occasion de nous tourner à autre chose en écoutant notre interlocuteur nous parler de ce qui le passionne, se laisser porter par le courant des autres sans souci de son origine. Quand on est libre durant les jours de congé de l'année, on prend conscience de l'emprise que peut exercer un nouveau centre d'intérêt. Certaines disciplines telles que la religion, la philosophie et l'art élèvent particulièrement l'esprit car l'homme s'y dépasse. Les phénomènes de langage sont également dignes de la partie et de notre attention. Les mots ont une grande chaleur et une dimension qui remonte à leur origine. Prenons comme exemple les encyclopédies, l'informatique ou les dictionnaires, ou bien encore « Internet » qui peuvent nous offrir des millions de millions de mots et des milliers de thèmes qui peuvent à leur lecture et aux vues de leurs illustrations nous rehausser.
Évidemment, bien peu de personnes égaleront jamais ces esprits pleins d'ardeur et d'élévation qui sont trop à l'étroit sur notre univers, mais au fond de nous-mêmes dort une soif de « l'immortalité ».
Cela nous fait penser à la fable du jeune aiglon arraché à son nid, qui vit enchaîné à un perchoir. Aimé et bien nourri, il se résigne à son sort jusqu'au moment ou une aigle apparaît, au loin dans le ciel : chaque jour, elle se rapproche un peu plus en décrivant des cercles de plus en plus bas jusqu'à venir, enfin, frôler et toucher l'aile du captif qui, à ce contact, tire d'une façon rigoureuse sur son pieu et avec une telle force qu'il l'arrache, se libère et s'envole librement dans l'espace.
Quelle que soit notre pesanteur d'êtres terrestres, nous savons qu'il y a un peu de « Ciel » en nous. Peut-être ne sommes-nous pas capables d'arracher notre pieu ; mais il y a des moments où une aile vient nous toucher et nous fait rechercher à tout prix l'ambition de nous envoler nous aussi.
Sylvain THOMAS


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